Des aiguilles

Le jour demeure crème, tout s’assemble dans une sorte de brume les lunes les illusions les vies, tout se ressemble et tout est si près de la différence, tout est moi et tout porte vers toi, tel un balancier d’horloge mais cette horloge est ici un coeur, un coeur autre ou un coeur soi, qui s’effeuille et se parle peu, qui se ment dans chaque regard porté, comme une autre main que soi posée sur une autre main que soi, je ne suis plus nul part là.

Assis contre soi les mains saccageant chaque geste, où tout se bloque, où tout se gène, se gèle si c’est de saison, un temps pour un lieu, pour d’autres lieux, et je pose peu, j’ai peur en fait, oui peur en cette période de fêtes, ces mains qui m’abandonnent comme ma vie change, comme mes sentiments divergent, se chassent ils d’un corps ce coeur et ces mots ? Se hantent-ils ailleurs, dans un fantôme d’âme, une étoile noire qui brille au fond de mon coeur en compagnie de mon propre fantôme d’or terni ?

Je viens de finir la relecture de Vie secrète de Quignard et tout depuis que je le lis me porte ailleurs, me transporte dans un monde je qui est si loin du monde moi, et que je désire ce Sire de Se pour être ou pour avoir, et que je devienne enfin ce que je dois en perdant tout de moi, et tout autour.

Il faut se parler mais faut-il communiquer à tout prix, alors que quelque part on a toujours fait chemin sur un équilibre quasi parfait de nos incapacités, peut-on se construire comme on se donne, à petit peu, en avançant en douceur ?

Et comment lors que la violence s’encre dans mon corps, maculant les nerfs d’une écriture runique qui vainc chaque de mes espoirs, comment lors qu’une âme autre s’est permis la naissance à mes yeux, comment continuer sans se mentir ? Continuer sans fuir, conti-muer sang fuir ?

Oui comment sur les aiguilles plantées dans ma moelle épinière voir autre chose qu’un signe pointu du destin, qui force le changement dans la pensée autant qu’il frappe le corps, c’est fuir le mal qu’y faire face, repenser chaque minute, chaque seconde d’une mémoire en fuite comme une rivière fuyante dans une grotte souterraine, mais j’épluche tout ce que j’y trouve et si un bout de ce Sire de Se y figure sur une page j’arracherai moi-même l’os sur lequel il est gravé.

J’ai un devoir d’être, j’ai un devoir d’amour pour me pousser à tout cela.

Sincérité

« Vis comme si c’était le dernier jour… » voilà donc ce que je prévois de prendre comme devise, je sais, je sais, c’ est pas très nouveau, mais cela semble s’ imposer au regard du temps vivant, encore un peu vivant.

J’ai réussi à poser les mots, à les dire même, trouver un regard qui serait aimant, acceptant, un regard qui serait pas seulement dans l’amour, mais dans l’ être, ce genre d’amour que les anciens parait du nom de philae et agapè, je sais c’est un peu galvaudé, et même j’en connais une qui va encore se marrer en me lisant, qu’elle se rassure je me marre aussi en la lisant, au moins quelques moments d’ humour dans un monde en moi qui se délite.

Certes je ne suis qu’un homme, ni pire, ni meilleur que les autres, habité par des démons que je promène souvent, dernièrement dans mes mi-nuits à l’ école des fous je les ai même laissé sortir, sortir loin, tant que j’ ai eu la tête pleine d’eux après et que ça m’a gâché une nuit. Pas grave, pas grave, je reste un adepte de la chair même quand je suis le pourvoyeur des cendres, oui où trouve-t-on les cendres croyez vous ? Dans le silence peut-être, car à les laisser monter en moi j’ ai presque étouffé.

Et puis tant que je peux taper sur ce clavier, j’ ajoute que cette école des fous était un texte tout extrait de moi, tout, avec bien sur les excès de la langue, mais tout extrait que c’ est pour ça qu’il a fait tant mal.

De quoi sera fait demain ? quand je parlais du couteau pour laver je le pensais, fort. Couper la main qui gène, couper l’autre, car ça fait mal aussi par là, tout couper, ne rien laisser, tout mettre à nu de chair dans la baignoire, et ensuite la laisser rentrer qu’elle s’écrie: « Ô, Moignons, trop moignons ! « , cruel, oui cruel, pour moi qui serait encore là alors que je ne voudrais plus l’ être, et je prie mes lecteurs habituels de relire un texte de moi ancien « Fermer les yeux », cendres à verser dans une mer bretonne, oui, voilà ce que je veux, et c’ est en écoutant Les Innocents « L’autre Finistère » que je me suis pris à déverser, retour à une celtitude que je voudrai voir perdurer pour mes cendres futures. Est ce un testament ? est ce autre chose qu’un délire ? et pourquoi ? il y en a peu qui le savent, même pas moi, car l’ avenir est indécis autant qu’ il est imprécis, mais voilà je pose tout en sincérité, tout en vrai, tout est le parent de si peu d’ art. Une volonté en mots. Une voix pas si triste que ça d’ailleurs, une voix nécessaire à un moment lui aussi nécessaire, nécessité fait voix, non ?