2006-Les parentelles.

Delphes

Tu avais ouvert la porte
presque Égaillée
nous nous sommes égarés
près de Philadelphie

Même si sans promesses
nous nous serions aimés à Delphes
sans garantie il est vrai
mais que de promesses
tu n’as pas su tenir

Pourras tu me dire ce qui brûle entre nous
moi j’y vois tes propres mots
tu parlais de sagesse peut être par politesse
tu parlais de nos jeunesses il y a deux mille ans
peut être par insolence oui
par sapience non

Mais nos caresses sous le sable
et de ces murs du château ivres
tu y avais ouvert une porte
moi qui ne supporte pas ce feu
je me retire du jeu
de craie d’ardoise tu les as effacés
tes mots mais
pour les vite remplacer
pour les si vite remparer

Même sans promesses
il y avait du coeur
celui que l’on veut maintenir
dans l’idée du respect
sans garantie il est vrai
c’est un peu comme une demande en mariage
on ne sait jamais qui lui tire les fils
à cette marionnette
elle qui se dit libre est ce qu’elle se lie aussi
dans la liberté comme dans la sévérité

Tu avais ouvert la porte
presque Égaillée

Nous nous sommes égarés
il y bien trop de murs à Philadelphie

P.06



Au nord

Je regarde encore tes yeux
mon rêve
si ton ventre naît de mes soupirs
le regard troublé
je vis ce soir encore un beau jour
nos baisers trop lourds encore
oui
encore
d’eux

Je souhaite en toi trouver ma vie
avec au nord
nos corps fresques alanguis
jeu
rêve et ce soleil qui là flamboie
rive au sol
nos chairs
nos envies nos larmes nos pas vers l’infini
oui encore
mes pas sur cette envie
à longer vers toi
le coeur loin qui plus rien ne subit
que nos désirs
c’est ainsi

P.06



Sous venir

Quelques jours et se souvenir
quelques jours et se soutenir
l’enfant qui n’a fait que s’enfouir
dans les limbes comme duels dans les livres à travers l’espace et les lueurs de mille pages dans les lueurs l’enfant apparaissait parfois dans quel espace oui dans quel espace se nicher ou se perdre ainsi la mémoire que l’on place que l’on déplace que l’on pose où dépose et quand donc tombe au fond d’un trou quand donc le moment s’efface pour lieu de protection de sauve garde qui se tient devant pour éviter le choc alors on ne peut que fuir
Quelques tours et s’en retourner toujours du dehors vers le dedans d’une chambre qui las n’est poing serré ni nuptiale juste lieu du sauve garde lieu que l’on sacrifie pour soi et mieux se retenir
Quelques moments où la lueur laisse derrière elle le festin pour ouvrir la grille ouvragée d’un jardin les fleurs ivres y dansent la sarabande cruelle qui douloie oui qui pousse la sourdine douleur à la loi naturelle lors la nature elle ne verse aucune larme dans ces moments où tout se larde dans l’envie de partir mais pas avant dix-huit ans oui tant à lui dire

Mais quelques murs loin nous éparpillent gomme ou poussière voilà les effets de la matière oui de la matière mais est-elle morte alors elle aussi ma mémoire enfuie ?

P.06



Mue

Elle est mue non qu’elle soit émue émue d’être nue ou nue d’être émue du soir au matin et de l’espoir qu’elle se perd en chemin lorsque de ses doigts oui comme elle le dit elle se doit elle oui donc comme elle le doit elle le dit et porte ses doigts à la bouche mal aussi mal qu’elle se fait en suite ou encore en fait mais pas dans le même sens car les mots sont des bulles de peinture pour elle et ses doigts qu’elle regarde sans cesse sans flemme sur ses doigts le regard essentiel oui des pinceaux comme des doigts et des toiles quand elle lève les yeux ce ne sont que des étoiles mais elle ne les rêve pas elle est émue elle était mue elle se tait elle se cale elle se casse de pleurs et ici par hasard ou à ce moment quand le regard perdu et levé vers les étoiles lorsque ici ou là par hasard la tasse se renverse et que le café n’y est pas lors la tasse était vide ou vie et même renversée elle ne peut que se révéler pas se relever pour toutes sortes de choses et d’autres encore

Elle s’enfuyait s’enfuyait et elle était nue comme elle le disait sans bouger ses doigts sur les pinceaux sur la toile le regard posé sur l’étoile du nord pas trop non pas trop elle était mue par elle ne sait plus rien ne sait car elle se sait émue alors elle s’enfuyait et les mots qu’elle se rêvait faisait couler des larmes comme elle était mue émue aussi encore alors elles coulaient de ses seins sur ses mains car elle les croisait ensuite avant de repartir de répartir de les poser les pinceaux sur le bord de la toile surtout quand elle est émue

Elle était libre tant qu’elle le voulait enfin elle le voulait surtout parce qu’elle le pensait qu’elle le voulait pas libre dans le sens de libre non dans le sens de l’idée qu’on se fait non pas de celle qui se fête c’était une vision de liberté voilà une vision comme celle que l’on se dit ou l’on se prête encore qu’une vision c’est personnel et qu’elle jamais elle ne prête elle donne plutôt des coups d’ailleurs ou d’ici par ailleurs elle est frappante quand elle arrive quelque part et quelqu’un part quand elle arrive c’est qu’elle est mue quand elle arrive qu’elle est émue aussi et qu’elle est encore libre d’être émue



Tomber

Tomber d’une fleur automne
même pour toi
c’est tomber d’une peur de l’homme
ici la sainte croix

Pleurer d’auteur en somme
même pour moi
c’est pleurer une douleur qu’on gomme
là ainsi le saignement c’est toi

Brûler c’t'ivresse qui bourdonne
mes mains au plein coeur
lourdes mes tempes
tenants² comme maintenant
mes dégoûts du temple

Tomber d’une fleur tristesse
ma fée qui se blesse
se retient à peine aux rideaux
si tu ris d’elle
toute cette eau glisse sur ma peau
aime là si d’un mot je porte plume d’une aile

P.06



À la chair II

Richard Morgiève in Vertig, Denoël

à écouter ici

« Un

Cette autre idée aussitôt effacée que somme toute j’étais programmé pour tout effacer et je me disais il y a la guerre en moi INTERPOL me flique à mort et je vais en crever et je me disais en luttant contre le blanc – ça y est c’est la guerre civile! Ça devait arriver ! J’étais.

Zéro

J’étais un palimpseste ? C’est ça ? J’étais effacé pour écrire et je pouvais toujours effacer pour écrire m’écrire être écrit ? Mais je ne voulais pas m’effacer pour donner la place à ? À qui à quoi ? Je voulais ce que j’étais ? Je voulais qui j’étais ? Mais .

Un

Ça parlait de mort depuis toujours ou presque de mort de peine de terreur et de folie le. »

Que nous sommes car deux coeurs voir même des yeux en soi tout se mélange et on ne se connaît jamais. Dans la chair il y a le prix à payer qui se manifeste, il y a la passion qui fait couler le sang, carmine passion liée aux cordes de nos attachements, tout nous attache tout nous attaque et ce n’est jamais vin car l’eau n’est pas à transformer elle est larmes.

Elle est l’arme celle du cou rage comme celle de la gomme aromatique, délivrant les caresses comme les parfums de menthe. Alors oui ode à la chair, car la chanson du sang est celle qui nous fait perdurer, et quand l’on se teinte d’encre les mots prennent aussi la couleur sombre du sang, du sans retour, du sans recours, du sans arrêt car on avance on s’efface certes mais jamais les mots tracés. Eux pour ailes. Si on ne s’efface pas on s’envo-i-le donc.

C’est dans l’écrit tür que se pose le Vertig et dans la perte qu’il se manifeste, mais comment dans le principe faire la fête à ce vide à ce manque qui ne comble pas le mot ? Dans l’ouverture de l’écrit se teinte une rupture des feintes, un ap-porte de mémoires en fuites comme en suites comme elles en suinteraient sans fin. Et dans ce suint quelle nautique cuisine ferait voguer l’Argonaute ? Même dans la belle époque moderne de l’induction rien ne remplacera l’incarnation, car il est part de l’Un dans sa carnation, dans son acceptation, dans sa vision de combler un vide d’air, et un vide d’R donne enfin à vider, non ?

P.06



A la chair,

l’aveugle de l’Aube in la Connaissance du Soir, Joë Bousquet

” beau monde où la lumière est la parabole du don de chair Pensée du monde où je passe enveloppé de ce qui pense [...] Tombe pour devenir la main qui te retient l’homme nait de rêver qu’il ne se connait pas Une femme est passée elle devient son rêve
Rend à l’homme une chair en se prenant pour lui”

Les mots ont besoin de la chair
comme l’émotion à ses besoins
dans l’incarnation

c’est le scion, le mont qui figure le Verbe, le coeur du temps en séquences, qui repose en cycle le conte et le pousse au mythe, aux besoins du désirs la chair, aux volontés de l’amour la chair, aux déli-r-c-es de la passion ou de la colère la chair encore, il n’est pas de pur esprit qui pourrait être Verbe, car sans vivre la chair il ne p-l-eut(x) plus sur soi mais seulement en soi.

Bousquet, Quignard et Morgiève, et voilà tout est Vertig quand les petits traités se retrouvent coincés entre le cahier noir et la connaissance du soir

Cri ton coeur est un passage où le mistral se meurt
dans ton horizon coule d’étranges lueurs
de la nuit non n’est plus celle qui sait des douleurs

Cri ton humeur ne vaut pas ton humour
dans cette triste histoire la chair ne s’habille qu’à rebours
mais dans les étoiles qui meurent la lumière n’a plus de retour

La chair c’est le vaisseau de nos transports
celle qui est aussi le port de nos écritures
quand je mets l’encre dans une gourmandise
je les entends les voiles de l’Argonaute et les cris de Jason
aucun marin ne peut nager vers l’aventure
s’il veut poursuivre et sur vivre c’est dans un vaisseau
qu’il fera n’être l’émotion, et dans les mots scions naîtront des arbres
aux écorces tendres ou rugueuses
comme les vents de notre coeur qui vagues mentent
par chassant les odeurs de nos marées comme celle de nos éclairs
de riz tombant aux bals de nos mariées.

Comment va la chair si elle n’expose plus d’émotions ?

Aux ignorants…

P.06



Remords

Et dans les mots quand dit il que tout s’enfuit
percés d’horizons des remords
et des sanglots lots blessés
qu’en corps ne m’use avant
si je me prédomine avant de pré nommer

Qu’en disent les remords
de nos sangs qui poussent trop forts

Alors j’entreprenais ma rage
mais les bois sont trop forts
ils poussent eux aussi
ils veulent eux par contre atteindre
avant de s’éteindre
maigre indifférence
qui s’épuise là dans le feu
excusez donc du peu

Qu’en disent les remords
de nos sangs qui poussent trop forts

Et dans les mots quand dit elle que tout s’enfuit
bercés de silences qui se veulent des renforts
ou des soupirs idiots pressés
qu’encore je ne m’use avant
si je me caresse avant de me connaître

Qu’en disent les remords
de nos sangs qui poussent trop forts
les maigreurs en tapant du poing
tout d’os

Amie prend ton temps
pendant que j’apprends
ou que sur la rive…
ou que sur la rive…

Hier

P.06



Deux saisons

Comparaître à rebours vers l’automne
brutal est le désir ainsi naissant
c’est en tétant que soudain c’est entêtant
la lune qui se vient revient redevient nue comme l’enfant ou l’enfance

Comparaître au bord du conte quand il est
en droiture suivant l’adroite ligne
c’est asile vers le même but que la cible tente de surnager

C’est l’automne.

Et dans la feuille rougissante il y a la flamme
et ses caresses au feu pour rendre la terre noire
quelle soit de croissance et lasse de diviser
le soleil lui dans sa lumière fait notre découverte

Et c’est le maintenant de printemps ?

P. 06