Remix-Cavale version Private Joker

Elle… marche dans la ville anonyme, flâne, garde les yeux au ras, du bitume, refuse les regards, s’interdit l’espoir : d’une rencontre, d’un sourire, d’un hasard, qu’importe. Elle connait l’humain, se sent trop bien seule : prendre le risque d’un échange de non-compréhension ? Inutile.

Les pas… qui guident vers rien, marcher au gré des envies, pas errante, pas perdante. Simplement marcher, encore, et penser encore… marcher, penser… marcher encore, penser encore… marcher, penser… encore… marcher, penser… cerveau à terre, pieds dans la tête… encore. Entendre les rumeurs de la foule autour, rien d’hostile, mais comme la vie, cette vie, tellement futile. Parfois, s’arrêter devant une vitrine, regarder le reflet, aussi en profiter pour vérifier que nul ne fait attention à toi… réflexe simple, prudence, instinct de survie acquis dans un reste d’autre vie. En jeans usé et vieux blouson, se vouloir invisible, pourtant savoir, sentir qu’on ne passera pas inaperçu. Trop différente, port de tête trop fier, démarche trop altière peut-être… mais un seul regard de ces yeux noirs découragerait les plus entreprenants, ces chiens.

Là-bas, à quelques pas, un homme assis, à même le trottoir, à ses côtés un chien, berger allemand. Regards tristes et doux. Et la pancarte “j’ai faim

Remix-Cavale version Pant

La poursuite n’est pas une suite, elle n’est qu’une alternative, un essai, un mot tracé, placé sur un instant, et un instant ça gèle, ça casse, ça se brise, et ça disparaît.
Elle marche, elle pose un pas après l’autre, se cachant derrière chacun de ses pas, tentant de disparaître aux autres, de flâner en elle-même, de se faire une déraison dans une raison, une apparition dans une autre dimension. Et les yeux sont loin, perdus, loin de tout espoir. C’est quoi l’espoir quand tout est désolé ? le ciel, les murs des maisons, les rêves des gamins. L’espoir de rencontrer un humain, se promener dans la cité comme le vieux Diogène dans son antique passé. Elle se plait à voir dans sa tête un homme qui lui sourit, c’est beau un homme, c’est beau un sourire, et cette alliance de l’homme et du sourire a quelque chose d’artificiel dans sa tête, l’image déjà se vrille, se disloque, et se colle sur une sorte de fenêtre de laquelle prismatiquement elle aperçoit l’extérieur qui lui nuit autant que la nuit emporte le vent du soir.
Elle perçoit les bruits de la cité autour d’elle, des bruits qui l’entourent, qui s’écartent, comme des voix. Oui si c’était ça, des voix, des êtres autour, des motivations, des ambitions, des actes, des déloyautés, des êtres dénoyautés, perdus en eux-mêmes, perdus aux autres, si lâches quelques part que leurs moindres actions perdent toutes les possibilités d’une possible rédemption. Ils se damnent ces bruits d’être, ils se brisent en mille morceaux comme les bruits qui les composent. Voilà, en fait, comme ils se composent, ils finissent par se décomposer, chairs inutiles autour d’un vieux tourment périmé.
Dans sa tête quand même, un ange veille, et surveille, et guette, et tente de suivre les événements comme il se doit. La fuite est un acte délicat, et les yeux que l’on croise ne sont pas tous neutres, il y a des traîtres, des vrais lâches, qui se transforment si facilement en pourvoyeur, à défaut de rester de molles choses et des pauvres voyeurs.

Elle a juste eu le temps de se vêtir d’un vieux jeans, et d’un vieux et antique cuir. Les ustensiles de l’unitaire ami de la survie. Dans sa tête encore, veille aussi un guerrier, un étranger au regard dur, qui utilise ses yeux noirs à elle pour distraire les rares passants qui la regarde, pour briser une avance, pour casser un geste, une amorce de contact. Efficace le bestiau, brûlé, et roussi, mais dur et sec. Il est fier aussi ce guerrier de chevaucher ce corps là, souple, élancé, un port de reine, une allure qui se remarque en temps ordinaire, voilà l’importance de la présence du guerrier et la fierté de son efficacité.

Là au bord du trottoir, un œil s’ouvre, un mot surgit : « faim » ; ce mot raisonne en mille lieux dans son crâne, fragilise le guerrier qui ferme les yeux, perd de sa présence, la jeune fille d’un sursaut d’être resurgit dans ces yeux là, et regarde devant elle. Un vieux type, crasseux, vêtu d’un loden trop court, trop épais, trop poisseux de crasse, et un chien, un berger allemand étique. Une pensée dans sa tête, qui a faim, qui ? le chien ? le vieillard ? Merde je ne suis pas présente, je loupe tout ce qui se passe autour de moi dans cette putain de réalité, je vais finir par me faire poisser. mais, un geste s’amorce derrière cette pensée rageuse, un vrai mouvement, une réalité non relative, un acte pur, elle se dirige vers la baraque a frites proche de là et commande deux hot-dogs avec les derniers soupçons de menue monnaie qu’il lui restait dans la poche. Elle revient vite vers le vieux et lui donne les deux sandwiches. L’homme aussi a ouvert les yeux, une pauvrette, une vraie femme, mais une pauvrette. Un sourire pur s’amorce, et ouvrant large la bouche, il s’écrie merci. Il donne ensuite rapidement les sandwichs au chien, qui timide est resté couché aux pieds de son maître, de son compagnon, de son ami. Et qui d’un coup de dents, avale la manne.
-Une sèche ? Lui demande-t-elle, et un geste de la main plus tard elle a déjà repris son chemin. Bon disons plutôt que c’est le chemin qui la reprend, et elle espère à toute force qu’il va bien vouloir la garder.

Ça fait un moment qu’elle déambule, remontant sans arrêt inutile cette longue rue. Et elle commence à avoir soif. C’est sur, c’est pas les bars, les tavernes, les estaminets qui manquent dans cette putain de cité mais… les cris, les odeurs grasses de sueurs, les mal lavés, les grimaces, les gestes sourds, et la violence de la foule, ça la paralyse. Tout se gèle en elle, les pieds d’abord, les mains qui se ferment en poings, et ses poumons qui se bloquent. Pour couronner le tout, la soif s’engouffre conquérante dans la débandade générale, elle s’impose, elle veut disposer, elle veut, elle veut.
Mais le guerrier n’est pas humain. Il sait quoi faire, et provoque, et indispose, et fait naître la souffrance. Et il penche le regard vers la droite, au loin. Une fontaine publique sur cette petite place. Il contraint le corps a obéir, et tout redémarre vers cette satisfaction annoncée, cette récompense aqueuse.
Le soir tombe derrière ses pas, lentement mais sûrement, l’été en douceur acquise se charge des parfums de l’événement. Les odeurs de la rue maquillent la prestance du soir, et affadissent l’odeur des lys. Les odeurs de cuisine, celles d’échappement des moteurs, tout se mêle, et voile en une brume funeste toute sa vigilance.

Une petite fête foraine siège là à deux pas. Des enfants, des enfants et des rires, des enfants et des poneys, et encore des rires, et des cow-boys, et toujours les rires. Ces rires sont là et consacrent le moment, sacralisent l’instant. Elle se laisse prendre au jeu de ces rires, elle s’ensommeille en souriant. Et d’ajoutent au doux rêve une envie de repas, une douce mousse, une blanche de Brugges, un instant de repos, un moment de paix, bercé par les rires de ces enfants. Se laisser aller un mince instant, hériter enfin du repos, garder le plaisir de l’instant, et le consommer en un ultime repos repas.

Mais les angoisses réapparaissent, ressurgissent en un éclair vif, effacent en un instant la présence des rires et des enfants. Où va-t-elle dormir ? Elle ne peut pas rester là, faut partir, loin plus loin, encore plus loin, ici tout est prêt, tout se referme. Elle se redresse, un mot résonne dans sa tête…fuir ! fuir !

Une main se pose rugueuse sur son épaule, et achève là cette fuite éperdue. Et là tout est perdu. Uniforme bleu, un képi. La fin. Liberté tu n’est pas réelle, tu n’est qu’un rêve, une envie, un espoir, et comme telle, tu es encore déçu, tu restes l’étincelle de la flamme que l’ordre établi s’empresse d’éteindre de peur de l’incendie de la vie.

Les menottes. Le camion. La porte qui claque. La violence de l’impact de cette porte renferme en elle toutes ses émotions. Et c’est le masque mort du guerrier qui prend définitivement la place. Le regard sombre et vide. Lui seul, harangueur de la violence et du tourment, vindicatif dans la haine comme dans sa contre action, lui seul est à même de dire la tête haute en arrivant : « Home sweet home », quand il rentre en enfer…

C’est la fin de la cavale…

Pant

Remix-Cavale

Elle marche dans la ville anonyme, elle flâne… gardant les yeux au ras du bitume, elle refuse les regards, s’interdit l’espoir… l’espoir d’une rencontre, l’espoir d’un sourire… à quoi bon, elle connait l’humain, elle se sent trop bien seule, que pour prendre le risque d’un échange de non-compréhention…

Ses pas la guident vers rien, elle marche au gré de ses envies, pas errante, pas perdante… simplement elle marche, encore et pense, encore… elle entend les rumeurs de la foule autour d’elle, rien d’hostile, mais tellement futiles. Parfois elle s’arrête devant une vitrine, se regarde dans le reflet, en profite aussi pour vérifier que nul ne fait attention à elle… simple reflexe, simple prudence, reste d’instinct de survie acquis dans une autre vie… En jeans usé et vieux blouson, elle se veut invisible, et pourtant elle le sent, elle sait qu’elle n’arriva pas à passer inaperçue… elle est trop différente, le port de tête trop fier, la démarche trop altière peut-être… mais qu’importe, un seul regard de ses yeux noirs découragerait les plus entreprenants…

Là-bas, à quelques pas, un homme assis à même le trottoir, à ces cotés un chien, un berger allemand au regard triste et doux… et une pancarte : “j’ai faim