Remix—La chanterelle

Pant—-remix du grand 1dex& «Chanterelle »
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J’arrive sur le sol comme une nuée sur le seuil. Je pose un seul regard ignoré sur la porte, la rue est « ignorable », la rue est sagace, peuplée des ombres de la réalité moderne, pas celle de Modène, celle de la rue « 18 salissures à la une », « 18, vomissures à la lune » .
J’avance comme on tombe, c’est vrai que je bois trop, déjà c’est trop, y penser encore avant c’est trop, toujours trop. Mais le blues comme le rock ça lamine, le blues écartèle, et le rock avide des dissections solitaires, voire des aversions solidaires, ça fait mal, ça découpe, ça lacère comme une coupe en vif sur l’onde, et tu sais que c’est vrai, déjà trop vrai, d’avance c’est vrai.

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Vos gestes me blessent—ReMIX.

Comme réponse au magnifique texte de Lisa Anna, du même titre, mais vu du coté masculin. Mais pour une fois, je reste dépassé par la qualité de son texte, et mes mots sont bien en dessous, mais bon, j’arrive plus à améliorer. Ferai je mieux la prochaine fois ? là, las, la fatigue actuelle ne me permet guère plus.

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Les draps sont noirs comme la souffrance du monde, et les rumeurs qui sourdent de nos cœurs ne sont que pâles au rapport de cet éternel paradoxe. Harassé, je me dévore dans vos soupçons, me caressant de vos humeurs.
Votre corps est blanc, il est sultan, émir qui se voile comme une fille, non, une sultane, une sati, qui brûle vivante pour son amour. Un seigneur de fer blanc qui brille au levant, qui se pare de rose dans le soleil de l’aube, illustration d’un sommeil lumineux, d’une aura surprise, comme un de ces pochettes d’antan, ces délicieux cornets, de décors et de rubans habillés, et d’un trésor simple dans le cœur. Un anneau, une croix, un cercle d’amie, donnez moi ce cadeau là, ce havre gris pour un cœur gras.
Vos doigts sont gris, presque noirs, teintés d’obscur, ils ont erré sur ma peau lisse, sur ma peau salie de mes tracas, tous noirs charbon, tous sombres et miséreux, tous en attente, pas en détente. Noir de soupirs, oui cela salit, c’est indécent, tous les soupirs se déposent en couches multiples, j’attends de votre bouche et de vos mains, une douceur émerveillante et nettoyante, purifiant l’organe impur de vos talents, de votre amour.
S’il est un cri qui me supporte, c’est un gémissement qui vient soudain, quand je frôle indélicat mais si doucement, cette aine en attente, au havre voisin. Je vous regarde, je vous sustente, je suis une outre d’où coulera le vin, tout renouveau à chaque fois pour notre folle ivresse.
Approche infante, c’est l’innocence que je veux faire disparaître dans ces yeux là, c’est l’arrogance de ces seins dressés, que je veux faire ployer sous mes mains dévoreuses, qui telles les ogres de barbarie, souffrent de si foisonnante faim, qu’elle est sans fin. Folle et folie cette musique qui se précipite dans les flots de mon sang. Que soulèvement d’envie après une autre, je reviens encore et encore, puiser la sève de mon festin.
Approche distante, mathématique, équationnelle, sensationnelle, approche distincte, non à propos, multipliée, non divisée. Logarithmique comme matricielle, ainsi j’approche, c’est un calcul, c’est un segment, un vecteur, une cadence. Vous êtes douceur, non sans douleur, c’est aussi mon désir, qui vous déflore, non sans calcul, je le devine à votre sourire, jamais contraint, jamais atteint, le flot de désir, n’est jamais à subir, « hasta siempre », fier compadre, qui se soumet ? Encore et jamais, encore et à jamais.
Pas un Tango, pas une samba, non, un trémolo dans la voix, un flamenco, whisky soda, cuba libre, combat libre à livrer, pour un coup d’alcool, pour une sueur indécise/imprécise…alors je recommence, au garde à vous petit soldat d’amour, au garde à nous charmante soldate de ces beaux jours…
Ce n’est que vous, pas une autre, même quand je ferme les yeux, dans ma nuit vous êtes là, est ce une présence ? Est-ce une rémanence ? Je ne sais, j’ai tout oublié, enfin je ne sais plus, ai-je oublié mon nom, mes souvenirs ? Non je n’ai plus de non, plus que des acquiescements, des cris subits, altérés, poussés vers l’altérité de mes mains ; ai-je encore perdu mon identité ? Ne sais je plus où poser mes doigts, laissez moi faire, je veux bien faire, je veux surtout recommencer, mais ai-je déjà commencé ? Je ne sais plus, c’est un tourment, c’est ma mémoire qui se fait lasse, c’est mon corps qui prend toute l’énergie de ces instants, non, je ne sais plus, ce n’est pas mon corps, c’est le votre, qui prend mon souffle et me donne soif, si soif, que mon souffle s’enflamme, je le vois bien. Votre peau est sèche sous ma langue, elle me donne encore plus soif, cette chaleur me réconforte mais laissez moi plonger enfin dans l’ivresse de vos liqueurs. Ce souffle de feu, laisse la flamme sur cette femme, laisse le feu dans les recoins, dans les plis et replis. Havre de paix transformé en volcan, le feu, la lave, tout est soudain, mais je les sens vous arriver.
Trop de chaleur, éloigne moi, repousse toi, repousse en moi ce cancrelat, qui avide à l’infini, recherche toute humidité pour en refaire une source où nidifier. Racines, entre tes jambes, je veux semer une autre moitié de nos souvenirs, y renfermer, un peu de nos trésors, un rêve de silence or et noir, une caresse d’ivresse, une délicate et féline envie. Racines, lasse des tiges, tu te fais lianes, te voilà autour de moi, tout autour. Je ne vois plus où sont vos mains, vos dents, vos bouches, non je délire, encore que dans la folie de ces instants, vos bouches sont multiples, car il n’y a pas/plus de temps, pas/plus de tempo, on le recherche, on le reconstruit, on se dévore, on se sustente, on se décorpore, on s’incorpore, nouvelle armée, des « faites l’amour jamais la guerre », faites l’amour c’est une guerre, mais de guerre lasse tout le monde gagne, jamais de vaincus, jamais de vains culs.
Mais vous à l’inverse mon envie ne fait que s’enfler, elle est sortie de moi, elle s’engouffre dans vos Abymes, dans vos limbes, et le vent s’amplifie, c’est la tourmente pas les tourments, pas les affres, pas les détails, encore que le souffle est ce « ruah » qui créateur génère les désirs à chaque instant.
Votre peau est de pêche, de pêche comme le fruit, douceur si enivrante, qui légère à ma main, titille sans fin, ces quelques nerveuses terminaisons, mais, que nenni, je ne veux pas de terminaisons quand il s’agit de vous, je ne veux que des commencements, des temps gelés que l’on se vautrerait à réchauffer, des hivers secs allongés sur le sable, sous la peau de cette lionne que j’ai abattue, avant que vous ne m’abattiez avec ce sourire, ce soupir, cet ennivrement foulé dans les poignets de l’indécence. Délit de plaisir, aucun ne dénie ce désir, nue sur le sable, je vous dévore, mes dents sont longues et acérées, elles aiment vos chairs, vos monts et décors, vos rives, et vos rivières, vos torrents et vos fleuves, et dans votre jungle, l’humide saveur se délivre en moiteur, la rive y est douce aussi, mais les parfums ne valent pas la saveur, ils sont au-delà du désirable, du souhaitable, ils sont fleurs bleues, roses et mauves, ils sont porteurs de chaleur et de vanille, de fraîcheur et d’ananas, de feu et d’orange, de glace et de passion…
De pêche comme maritime, vous êtes le cotre, la felouque, et moi allongé sur le pont, je regarde le mat qui se dresse fort et cette voile qui porte le vent et l’indolence, et la violence de la tempête, et cette brise qui se fait mistral, qui se fait tourmente ne m’enlève pas mes sourires, même s’ils se figent, c’est par l’effort. Ce doux effort qui se fait violence pour avancer dans la tempête, qui se fait souffrance et ne pense qu’à cette jouissance à venir. Je vois le but, c’est dans le noir, mais je vois les îles de Lérins, c’est en tendresse, déchirées les cotes se donnent enfin à mes rega rds, c’est délivrance, c’est perte de cadence.
De pêche comme le pêché, pénitente et soumise je vous vois avancer le regard, pénitente et soumise je vous vois baisser les yeux, mais, assez ! Ne regardez pas dans ces lieux là ! Point n’est besoin, fermez les yeux, folle ! laissez vos mains c’est une instance, laissez vos mains faire le silence,et casser le rythme de mon sang, ce sang qui frappe mon instrument, fait s’abattre entre nous, une symphonie en espoir, une ode à l’espoir, une chanson pour recommencer.

Pant 2004-08-28

Vos gestes me blessent

Vos gestes me blessent, vos mains me parcourent et s’emportent je vous sens m’envahir, et graver sur le bord de mes lèvres vos messages insolents, confidences omniprésentes.
Notre bal mortel a commencé…
L’indécence de votre désir : goutte à goutte lent et froid, rythme des aveux singuliers, mes veines lâchent, vos espoirs me plaquent au murs, je sens mon corps s’effondrer sous la force de vos caresses.
Vous êtes glacé mon amour ! venez chauffer le bout de vos doigts, coussins de chat! je vous confie ma tiédeur, aussitôt votre petit cœur de caméléon se glisse comme un hussard au plus loin de ma chaleur, de mes couleurs.
Je vous attends, vous interroge, ce soir, ni verbe ni mot, croiser votre regard ardent et lumineux, étreindre la nuit qui portera votre voix. Vous êtes mon aube rare, mon jeu de miroir.
Vous espérez des cris, et des sursauts, ce soir, je vous offre mes plus grands silences, à vous mon plaisir muet.
Vous m’étoufferez pour me faire crier, la glace et le sel pour m’obliger à hurler, j’avalerai mon extase pour en inonder votre bouche et vos mains cette nuit n’aura qu’un cri: le votre; supplique magnifique! souffrance aiguë, incommensurable jouissance du plaisir annoncé, consommé, certitude déclarée fondue dans les nimbes de mon «absence». Votre rage, hôte de ma de jouissance, vacillera contre mes jambes que vous aimez si blanches, lianes sinueuses dans le terreau de votre corps.
Vos draps noirs, sont comme le sang qui me parcourt et me pare, l’orchidée sombre, s’attarde mi ouverte, demi éclose dans l’écueil de vos mains de centaure, vous aimez en froisser chaque pétale, vous assurer de mon obéissance, vous pourriez en presser l’infini breuvage maintenant, mais vous choisissez l’attente, vrai plaisir, ultime grâce des corps qui se sculptent l’un l’autre dans le manque.
Dans l’ombre : vos yeux, gouffres de fantasmes ! pillent chacun de mes délires … sous les grammes de mes soies votre souffle, me coupe de la nuit. Propulsé vers d’autres lumières, plurielles et cadencées, mon corps sans parole cherche un enchevêtrement définitif, une apnée magique.
Vous investissez mes reins comme le banc d’une église repos d’un ange avant l’attaque du guerrier!
Nous nous attendons, nous détachons, Rodin, Henner, Fromentin, nous guettent, les murs résonnent de l’improbable mélange des pastels, des sanguines, et de vos bras, passagers clandestins de mon corps nacré. Coquillage pour collectionneur d’algues et d’étoiles abandonnées, cadeaux d’un corps à cœur aux moissonneurs des grandes marées.
Qui connaît mieux qu’un pêcheur de hasard, la couleur des yeux des femmes coquillages ? couleur du néant, couleur de celles qui le regarde.
Le temps emprisonne les nuits d’amour, comme les larmes grenat de ceux qui préfèrent les ponts ou les rames glacées d’un quelconque métro…
Vos mains me touchent, vos mains me baignent et me douchent au milieu du plus désastreux vacarme organisé sur la planète, l’espoir de notre nuit se joue dans un écrin de douceur et de douleur, prenez moi dans vos bras c’est là que j’ai envie de voyager!
Votre peau sent le vent et l’orage, faites de la mienne, l’empreinte sombre de votre linceul, puisque mon amour nous partageons la même peur : la puanteur de la mort!
Plantés dans le corps l’un de l’autre, votre iris catalan, uni au de sang de ma vie qui fut bleu en son temps! se fige, vers l’obsédante image du dernier voyage, danse ultime, assaut final incontrôlable, le vent et le feu à en crever.
Vos mains se font plus rudes, violentes et fortes, m’arracher de votre corps me tuerait , je me laisse porter par votre peur et son étreinte, seul espoir d’une éternité contrainte.
Etendus, dans le silence d’une fusion insolite, vous me déchirez pour que le temps n’existe plus, pourquoi me rappeler à l’ordre ? votre désir m’inonde, la charge glacée de votre effort me propulse, à en perdre l’esprit, mon maître m’emporte vers la mort, loin dans le tourbillon de ses yeux de jais.
Souvenez-vous de « la tentation de St Antoine » de Gérôme Bosch,
envolons nous, loin de la vie sur le poisson géant de ce triptyque de perfection et d’hérésie.
La mort n’a plus d’odeur mon cœur, mon amour, ma douceur, vous aimez mon parfum depuis si longtemps, aujourd’hui voulez-vous vraiment en connaître le nom ?
Serrez-vous contre moi, et parcourons enfin sur notre animal ce monde qui nous exaspère.

LISA_ANNA

Remix-Cavale version Private Joker

Elle… marche dans la ville anonyme, flâne, garde les yeux au ras, du bitume, refuse les regards, s’interdit l’espoir : d’une rencontre, d’un sourire, d’un hasard, qu’importe. Elle connait l’humain, se sent trop bien seule : prendre le risque d’un échange de non-compréhension ? Inutile.

Les pas… qui guident vers rien, marcher au gré des envies, pas errante, pas perdante. Simplement marcher, encore, et penser encore… marcher, penser… marcher encore, penser encore… marcher, penser… encore… marcher, penser… cerveau à terre, pieds dans la tête… encore. Entendre les rumeurs de la foule autour, rien d’hostile, mais comme la vie, cette vie, tellement futile. Parfois, s’arrêter devant une vitrine, regarder le reflet, aussi en profiter pour vérifier que nul ne fait attention à toi… réflexe simple, prudence, instinct de survie acquis dans un reste d’autre vie. En jeans usé et vieux blouson, se vouloir invisible, pourtant savoir, sentir qu’on ne passera pas inaperçu. Trop différente, port de tête trop fier, démarche trop altière peut-être… mais un seul regard de ces yeux noirs découragerait les plus entreprenants, ces chiens.

Là-bas, à quelques pas, un homme assis, à même le trottoir, à ses côtés un chien, berger allemand. Regards tristes et doux. Et la pancarte “j’ai faim

Remix-Cavale version Pant

La poursuite n’est pas une suite, elle n’est qu’une alternative, un essai, un mot tracé, placé sur un instant, et un instant ça gèle, ça casse, ça se brise, et ça disparaît.
Elle marche, elle pose un pas après l’autre, se cachant derrière chacun de ses pas, tentant de disparaître aux autres, de flâner en elle-même, de se faire une déraison dans une raison, une apparition dans une autre dimension. Et les yeux sont loin, perdus, loin de tout espoir. C’est quoi l’espoir quand tout est désolé ? le ciel, les murs des maisons, les rêves des gamins. L’espoir de rencontrer un humain, se promener dans la cité comme le vieux Diogène dans son antique passé. Elle se plait à voir dans sa tête un homme qui lui sourit, c’est beau un homme, c’est beau un sourire, et cette alliance de l’homme et du sourire a quelque chose d’artificiel dans sa tête, l’image déjà se vrille, se disloque, et se colle sur une sorte de fenêtre de laquelle prismatiquement elle aperçoit l’extérieur qui lui nuit autant que la nuit emporte le vent du soir.
Elle perçoit les bruits de la cité autour d’elle, des bruits qui l’entourent, qui s’écartent, comme des voix. Oui si c’était ça, des voix, des êtres autour, des motivations, des ambitions, des actes, des déloyautés, des êtres dénoyautés, perdus en eux-mêmes, perdus aux autres, si lâches quelques part que leurs moindres actions perdent toutes les possibilités d’une possible rédemption. Ils se damnent ces bruits d’être, ils se brisent en mille morceaux comme les bruits qui les composent. Voilà, en fait, comme ils se composent, ils finissent par se décomposer, chairs inutiles autour d’un vieux tourment périmé.
Dans sa tête quand même, un ange veille, et surveille, et guette, et tente de suivre les événements comme il se doit. La fuite est un acte délicat, et les yeux que l’on croise ne sont pas tous neutres, il y a des traîtres, des vrais lâches, qui se transforment si facilement en pourvoyeur, à défaut de rester de molles choses et des pauvres voyeurs.

Elle a juste eu le temps de se vêtir d’un vieux jeans, et d’un vieux et antique cuir. Les ustensiles de l’unitaire ami de la survie. Dans sa tête encore, veille aussi un guerrier, un étranger au regard dur, qui utilise ses yeux noirs à elle pour distraire les rares passants qui la regarde, pour briser une avance, pour casser un geste, une amorce de contact. Efficace le bestiau, brûlé, et roussi, mais dur et sec. Il est fier aussi ce guerrier de chevaucher ce corps là, souple, élancé, un port de reine, une allure qui se remarque en temps ordinaire, voilà l’importance de la présence du guerrier et la fierté de son efficacité.

Là au bord du trottoir, un œil s’ouvre, un mot surgit : « faim » ; ce mot raisonne en mille lieux dans son crâne, fragilise le guerrier qui ferme les yeux, perd de sa présence, la jeune fille d’un sursaut d’être resurgit dans ces yeux là, et regarde devant elle. Un vieux type, crasseux, vêtu d’un loden trop court, trop épais, trop poisseux de crasse, et un chien, un berger allemand étique. Une pensée dans sa tête, qui a faim, qui ? le chien ? le vieillard ? Merde je ne suis pas présente, je loupe tout ce qui se passe autour de moi dans cette putain de réalité, je vais finir par me faire poisser. mais, un geste s’amorce derrière cette pensée rageuse, un vrai mouvement, une réalité non relative, un acte pur, elle se dirige vers la baraque a frites proche de là et commande deux hot-dogs avec les derniers soupçons de menue monnaie qu’il lui restait dans la poche. Elle revient vite vers le vieux et lui donne les deux sandwiches. L’homme aussi a ouvert les yeux, une pauvrette, une vraie femme, mais une pauvrette. Un sourire pur s’amorce, et ouvrant large la bouche, il s’écrie merci. Il donne ensuite rapidement les sandwichs au chien, qui timide est resté couché aux pieds de son maître, de son compagnon, de son ami. Et qui d’un coup de dents, avale la manne.
-Une sèche ? Lui demande-t-elle, et un geste de la main plus tard elle a déjà repris son chemin. Bon disons plutôt que c’est le chemin qui la reprend, et elle espère à toute force qu’il va bien vouloir la garder.

Ça fait un moment qu’elle déambule, remontant sans arrêt inutile cette longue rue. Et elle commence à avoir soif. C’est sur, c’est pas les bars, les tavernes, les estaminets qui manquent dans cette putain de cité mais… les cris, les odeurs grasses de sueurs, les mal lavés, les grimaces, les gestes sourds, et la violence de la foule, ça la paralyse. Tout se gèle en elle, les pieds d’abord, les mains qui se ferment en poings, et ses poumons qui se bloquent. Pour couronner le tout, la soif s’engouffre conquérante dans la débandade générale, elle s’impose, elle veut disposer, elle veut, elle veut.
Mais le guerrier n’est pas humain. Il sait quoi faire, et provoque, et indispose, et fait naître la souffrance. Et il penche le regard vers la droite, au loin. Une fontaine publique sur cette petite place. Il contraint le corps a obéir, et tout redémarre vers cette satisfaction annoncée, cette récompense aqueuse.
Le soir tombe derrière ses pas, lentement mais sûrement, l’été en douceur acquise se charge des parfums de l’événement. Les odeurs de la rue maquillent la prestance du soir, et affadissent l’odeur des lys. Les odeurs de cuisine, celles d’échappement des moteurs, tout se mêle, et voile en une brume funeste toute sa vigilance.

Une petite fête foraine siège là à deux pas. Des enfants, des enfants et des rires, des enfants et des poneys, et encore des rires, et des cow-boys, et toujours les rires. Ces rires sont là et consacrent le moment, sacralisent l’instant. Elle se laisse prendre au jeu de ces rires, elle s’ensommeille en souriant. Et d’ajoutent au doux rêve une envie de repas, une douce mousse, une blanche de Brugges, un instant de repos, un moment de paix, bercé par les rires de ces enfants. Se laisser aller un mince instant, hériter enfin du repos, garder le plaisir de l’instant, et le consommer en un ultime repos repas.

Mais les angoisses réapparaissent, ressurgissent en un éclair vif, effacent en un instant la présence des rires et des enfants. Où va-t-elle dormir ? Elle ne peut pas rester là, faut partir, loin plus loin, encore plus loin, ici tout est prêt, tout se referme. Elle se redresse, un mot résonne dans sa tête…fuir ! fuir !

Une main se pose rugueuse sur son épaule, et achève là cette fuite éperdue. Et là tout est perdu. Uniforme bleu, un képi. La fin. Liberté tu n’est pas réelle, tu n’est qu’un rêve, une envie, un espoir, et comme telle, tu es encore déçu, tu restes l’étincelle de la flamme que l’ordre établi s’empresse d’éteindre de peur de l’incendie de la vie.

Les menottes. Le camion. La porte qui claque. La violence de l’impact de cette porte renferme en elle toutes ses émotions. Et c’est le masque mort du guerrier qui prend définitivement la place. Le regard sombre et vide. Lui seul, harangueur de la violence et du tourment, vindicatif dans la haine comme dans sa contre action, lui seul est à même de dire la tête haute en arrivant : « Home sweet home », quand il rentre en enfer…

C’est la fin de la cavale…

Pant

Remix-Cavale

Elle marche dans la ville anonyme, elle flâne… gardant les yeux au ras du bitume, elle refuse les regards, s’interdit l’espoir… l’espoir d’une rencontre, l’espoir d’un sourire… à quoi bon, elle connait l’humain, elle se sent trop bien seule, que pour prendre le risque d’un échange de non-compréhention…

Ses pas la guident vers rien, elle marche au gré de ses envies, pas errante, pas perdante… simplement elle marche, encore et pense, encore… elle entend les rumeurs de la foule autour d’elle, rien d’hostile, mais tellement futiles. Parfois elle s’arrête devant une vitrine, se regarde dans le reflet, en profite aussi pour vérifier que nul ne fait attention à elle… simple reflexe, simple prudence, reste d’instinct de survie acquis dans une autre vie… En jeans usé et vieux blouson, elle se veut invisible, et pourtant elle le sent, elle sait qu’elle n’arriva pas à passer inaperçue… elle est trop différente, le port de tête trop fier, la démarche trop altière peut-être… mais qu’importe, un seul regard de ses yeux noirs découragerait les plus entreprenants…

Là-bas, à quelques pas, un homme assis à même le trottoir, à ces cotés un chien, un berger allemand au regard triste et doux… et une pancarte : “j’ai faim