Narcisse

« Coule de tes yeux cette encre rare et unique, bouleversante et colorée de pur, de merveilleux, de cruel, de languide, de prodigieux, de doux, de violent, de vrai, de vie. Roule de tes yeux la vie sur tes joues que je voudrais tenir entre mes mains quand tu pleures. Et pleurer avec toi, pleurer notre non-sens, notre absurde, notre inhumanité. Coule la vie dans ma gorge, dans mes mains, sur mon cou, mon corps, mon cœur, coule la vie d’un humain, le seul que j’ai aimé. « J’ai aimé », ce passé merveilleusement composé rassure mon présent cadenassé aux sentiments, dire « j’aime » me bouleverserait tant. Vivre avec quelqu’un au-dedans de soi, tu ne me quittes jamais, tu es là, ancré dans mon vague à l’âme, roulis de nostalgie, déferlement d’amour qui s’écrase au silence des rochers froids que j’ai rassemblé tout autour de ma plage. » Marie Dorléan.

les villageois
assis en désespérance
en désarroi
manque de pavois sur ciel
l’amitié nous déshabille lentement
forcément
large au milieu la vie nous deux brise le ciel
de ses mots
comme lundi demain brise l’ombre sur mes mains

les villageois
assis en presque errance
en robes bleu-mauve
pour ne pas risquer l’osmose
rayer encore le calendrier
le jour qui fuit
et lent demain

alors ton coeur qui se recompose
au dedans de toi
il est déferlement
et finesse sûrement

lune est cruelle
à l’or comme obscure
l’idée de ton corps sur mon ombre
qui masque ma mémoire vagabonde

vague à bonde sur ma mare
en baignoire
laisser couler le souvenir
et lentement le masquer
l’oublier
mais jamais toi
mes larmes sur le palier
et le people sait que j’ai plus d’estime
que j’ai plus aucune rimes
que mes mains se devinent
lasses et mesquines
alors ma vie
alors mon amour
alors cette histoire
ces quelques mots là
si la
comme j’aurai mettre las
ici enfin ici-bas
mes presque larmes et des mots qui les désarment
comme je voudrai te revoir
ne plus finir dans le noir
danse noir
couleur vénéneuse
comme une marque sur ma peau, ma chair, ma viande bien
baveuse
en dehors de l’aube
de la vie si mauve
lorsque chacun se sauvegarde
en lâchant les chiens
my heart with nothing
en léchant les miens

mielleux comme pluvieux
c’est tortueux
mais il faut composer
pour comprendre
et se dire que je porte
mes vers en suspente
que je trouve les mots autour de ces trous
qui restent à mes souvenirs
hors du vide ailleurs

merveilleusement
tu l’aimes comme remarque ma peau
tu veilles encore sur mes maux
alors pourquoi
pourquoi encore une fois
se frapper ne vas rien régler
nos misères toujours en collier
la lune éteinte ne nous regrette même plus

alors sordide
comme saudade
et encore emmêler
les mensonges dans les « mon-songes » en suspend.

En hommage à Marie Dorléan, toujours proche

P.2005

un beau soir de billet.

extrait du superbe post « les bouteilles à l’amer » de Marie

« C’était un jour de juillet le bleu du ciel et l’absence de nuage c’était de saison, rien d’extraordinaire à ce que ça sente l’air marin à plein nez et quoi de plus naturel quand on marche au bord de l’eau que les embruns salés de la mer se laissent transporter par le moindre souffle de vent, même le plus doux. Lui l’avait trouvé jolie, un tantinet hystéro mais son diagnostic n’était pas définitif, on ne pouvait pas étiqueter quelqu’un dès le premier rendez-vous, il était bien placé pour le savoir. Il l’avait donc trouvé jolie et peu importe son profil psychologique, son esprit dérangé, elle était baisable et toute prête à se laisser prendre. »

et mon délire textuel :

C’était un soir de billet textuel en absence de courage, j’ai regardé ce nuage, et cette brise lointaine apportait sur ses yeux de sel, un air marin, salé aux embruns. C’était un billet brun sensuel, qui me porta à sa rencontre. Elle n’était pas spécialement belle, non. Elle était spatialement jolie. c’est à dire que sa beauté éclectique remplissait d’un rivage électrique tout l’espace qu’elle occupait. Et c’est dans cette nuit textuelle qui vient, bordée d’un billet rouge, que le désir naquit, qu’il prit corps, qu’il se donna à prendre, et à tout, bien considéré. C’était un soir de billet bleu pareil que mon coeur avait déjà explosé, et que les quelques morceaux ruisselants étaient partis explorer quelques sourires.
C’était un billet de sel où j’ai laissé quelques baisers, pour elle.

P.

Ecchymoses

J’ai bien plus mal au corps maculé qu’au coeur déjà meurtri.
indigo et violet, bleus, couleurs vives s’étendent sur peau, virent au jaune pale quand la matière s’éloigne de l’artiste.Auteur du mal habile, tu joues de mille nuances sur la gamme d’émotions, tu peinds sur un fond couleur chair les formes de tes mains, chaque doigt est un pinceau oppressant qui dépose la violence encrée sous presse pour exposer un tableau polychrome.
Elle te sert servilement, tu la serres contre toi dans l’étau de tes bras, elle etouffe, sans maudire, de ces serres qui marquent ta signature dans chaque ligne et courbure de son corps planté là dans le creux de ton lit.
L’anatomie horizontalement étirée aux lanières tressées drues se tortille puis remue fébrilement à l’élan de ton inspiration.Elle se fait informelle.
Marques grenats, taches déployées du rouge vif au fushia s’amoncellent aux ébats.Coup d’éclat, coup de maitre qui fouaille sauvagement le relief trop marbré, coup fatal sans nuance.
Tu acheves ton oeuvre, la dernière touche s’impose en carmin au beau milieu des seins, une coulure de peinture dégouline sur le drap froissé, imbibe le blanc tissu qui reçoit la douleur de statue.
Regnera le silence, la nature morte restera accrochée des jours entiers au lit de ta chambre, sans souffle, sans mots, sans yeux, l’artiste aura fermé les siens à l’art triste qui l’animait hier et le prive aujourd’hui des carnations si chères à son coeur perverti.

Marie

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***
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*

Je rêvais d’une danse, d’une éternité dans la balance, et nous voilà noyés dans la souffrance. Nous deux c’est comme une sale histoire, où la chair reste collée aux doigts et où s’oublie la fin la jouissance. Il était une fois dans l’ouest, dans l’ouest de l’enfer les cadavres ne portent pas leur beauté en bandoulière et les marques ignées sur ta peau ne rejoignent que les traces de feu qui brûlent mes artères.

On rêvait de douleur, sans anesthésie, de douceur sans rester au nid, mais jamais reste un linceul pour les abrutis, les males aboutis. J’avais appris les notions du bonheur, mais me manquait les leçons pratiques. Les risques las, d’en faire un peu trop. Comme lui. Mais moi je me serai saigné, pour ne plus rien sentir, pour ne plus provoquer.

Ma peinture sur peau, c’est de mon sang qu’elle serait née, lacérant aussi par lanières pour te vêtir mon torse et ma sérénité. Par défaut même plus besoin de ma virilité, sans conscience, ne laisserai jamais les hauts fourneaux, casser le coke sur ta chair, brûler en esthète oui mais en enfer, et pour ne pas avoir à le faire, c’est sous le train que ma chair irait se décoller, ainsi que ma tête apprivoisée

Je suis arrivé trop tard mais est ce en effet. Ton corps était presque froid. Mes paumes peinent à le réchauffer. Pourtant j’ai la chaleur, le feu, ce malin génie. Et ton corps même meurtri, reste un appel pour mon corps et une ode à mon cœur.
Aujourd’hui je pleure après des années sans saveur. Ma langue courrant marathon sur ta peau marquée, guérissant les thèses rougies, et parsemant sans cesse, ces quelques antithèses en matière de synthèse. Ravivant l’horreur en rouge écarlate, les vilaines fautes de frappe. Alors ce type ex, ce sale O qui ne connaît pas l’histoire et la transforme en décadence. Autre que lui, moi en sorte, connaissant l’aube et sa matière, resterait capable de transcendance, et de risquer la « décadanse ». Mais comment insuffler l’espoir ? En ambulance ? Même pas permis, j’arrive trop tard, restait le mépris, au défaut du hasard.

Et là si fort mon sang qui bat « Bam bam bam » et frappe sur mes tempes, reste t il au fond un effort, s’il est de mon courage de tout changer, je suis prêt à tous les dangers. Marie, Maria, loin de la mer, laisse l’eau couler sur tes lèvres elle vient de là haut, un délicieux cadencé haut sel, et loin de tout missel, mais là je vois rejoindre le cœur et l’aube, et je sens au fond de moi le transfert de vie qui se fait en souffrance.

Me voilà si ivre que je crie, me voilà hurlant si fort que je réveille l’avenir, et le porte à confusion. « Tu perds la moitié de ta vie pour la ranimer », j’entends le souffle de ces mots autant que je sens mon corps plier, mais quelle importance si je sens ta vie chaude sur mes lèvres. Je suis presque tombé, mais je vois du coin de l’œil tes yeux ciller, peut être ai-je gagné en perdant un peu de ma vie, de te ranimer, et peut être enfin aurai je le droit de t’aimer, s’il me reste assez de vie et de force.

Mais au moins avant de partir, j’aimerai t’embrasser, s’il ne me reste que ça, qu’on me le porte, jusqu’à la tombe, où même au-delà.
Ce baiser.

Pant 2004-09-21

Pour tes yeux

Alors il est clair que si tu le veux ma peau ne sera plus qu’un souvenir, une marche nuptiale pour un sourire qui ne vient pas. Tes regards me font un peu froid, me fondent le coeur à rebours. Alors pourquoi cette chaleur entre tes cuisses, cette brulure indécente et moi le seul devoir de ne pas subir, de ne pas avoir un soupir, de ne pas avoir un désir ? J’ai le regard allumette, un brasier au bout des doigts, et un sang lave fusion intense, Kraft ait pitié de moi…

C’est tes doigts sur mon cœur
Comme une envie de douceur
Une note noyée de douleur

Pour tes yeux

C’est des doigts sur ma peau
Comme un signe gravé sur l’eau
Un rire infime aussi noir corbeau

Pour tes yeux

C’est mes doigts qui se collent entre eux
Ne voulant plus se séparer la neige est bleue
Et ta chair une braise pour allumer mes feux

Pour tes yeux

Pant 2004-09-03

…..Dans mes yeux

Assise Sur le rebord du rêve qui obsède ta mémoire vive, j’envahis tes nuits comme une évocation aux plaisirs illicites, ceux tourmentant ta chair violemment marquée des empreintes de ma bouche corrosive, brûlée par la caresse des yeux qui se veulent meurtriers d’un désir qui ne s’étendra plus aux corps à corps versatiles. Vers satan tu viendras, je serai le seul diable au corps, le feu sous l’épiderme embrasant tous tes sens interdits.
Ignition sans fin aux feux du souvenir , tu seras prisonnier dans l’antichambre de la jouissance sans que l’eau de mon lit ne vienne te délivrer de l’infernale fournaise.

Et mes doigts pressent ton coeur indexé de folie
Comme une étreinte qui jamais ne s’oublie
L’étau serre l’organe vital jusqu’à l’asphyxie
je suis ton air, ton chant de maux pervertis.

Dans mes yeux

Et mes doigts brûlent ta chair
Au bout de chacun d’eux l’empreinte de ma colère
Mon rire de possédée te condamne à l’enfer
Tu es en moi, à moi, lacérés d’émois délétères

dans mes yeux

La neige est bleue dans ma prunelle glacée sur ton supplice
Et coule la rouge lave dans chacune de tes veines dans lesquelles je m’immisce
Pleure encore mon amour mais tes larmes qui glissent
n’éteindront pas ce feu qui retient ton regard, là, juste entre mes cuisses.

dans mes yeux

Dans mes yeux abimés, tu fonds, tu t’engouffres, tu t’enfumes
Tu tombes dans l’abime sans fond d’un gouffre d’amertume
J’ai envouté ton ame, recouvert ton esprit de mes brumes
Tu es en moi, à moi,mon rêve assassin, pour moi tu te consumes…

…dans mes yeux

Marie Dorléan le 08-09-2004

Je repense à ce que tu me disais
Quelques brulures pour un étranger
comme des mots qui viennent m’étrangler
Des senteurs d’alcool qui viennent de m’essuyer
Pansement sans rime sur peau mâle à décoller

Ame sans aile,
sans but,
Sans moitié,
Idem brut à dévorer

Coffrage interne, laisse place au désir,
Humide telle la rivière qui coule passage par mon coeur
Revenir, et maudire
Revenir mes mots dire
Revenir et maux d’ire
Humide, s’enfoncer en onde amère
pilon pour une flamme comme éphèmere
corps sauvage coton soie glissade au mausolée

Coffrage externe, sans but, montagnes dressées
Délicates pointes sur siège templier
bûcher attiser le feu, bois de renne, durs andouillers.
Mâle à partir, maille à parfaire
Nue, sauvage et soumise, jambes écartées
Canyon, montagnes trop divisées
Troupes violence à laisser entrer
Revenir et
S’en laisser aller
Halé par le souffle du cuir frotté
Exuder la saveur, la fraicheur et la chaleur de toute éternité cachée

Humide, s’enfoncer en onde amère
pilon pour une flamme comme éphèmere
corps sauvage coton soie glissade au mausolée

Quelques brulures pour un étranger
comme des mots qui viennent m’étrangler
Des senteurs d’alcool qui viennent de m’essuyer
Pansement sans rime sur peau qui peine à décoller
S’enfuir et peigne sur cheveux longs noirs à brosser
Etirer longueur pour ne rien laisser filer
Baiser chaque pouce d’un corps qu’on ne veut abandonner…

Pant 2004

je vais—est ce que je viens ?


Approche, approche toi encore un peu de cet écran lumineux. Que sens tu? Qu’y vois tu? Mes silences entre chaque mot, mes doutes et mes hésitations. Tous mes élans retenus, ces précipitations qui finissent par se réfléchir et se vident de spontanéité. Je sais que tu es près, relié par des cables enchevétrés, des milliers de fils tendus entre toi et moi dans lesquels nous emmêlons nos mots, ils en rencontrent d’autres, des milliers, des millions, des centaines de millions qui se croisent sans jamais se toucher.Et la solitude s’efface au temps passé dans l’interstice d’une fenêtre entrebaillée, l’amour s’y glisse, y glisse et y dérape.Tu m’échappes, je m’échappe, je fuis.

J’imprime soudain, tous ces échos qui n’en reviennent jamais, de mon cœur vers le tien, du tien, vers le mien, où est passé l’effet retour. Choc. Les lumières de nos cœurs s’éteignent et se rallument, clignotants sur un rythme qui doit avoir son code, sa signification. Tout à un sens sur cette petite planète. Une rencontre ne se fait jamais au hasard, elle se fait départ, elle se fait commencement, elle se fait construction, elle se veut débutante, comme au bal, sur le coté de la piste, en attente, jeune, dans une robe immaculée, où se niche donc la conception de ces futurs instants ?

Les mains se sont lachées pour finir sur clavier, nos ventres ne s’épousent plus, les visages disparaissent aux yeux qui ne se voient plus, tu me fais peur, je m’enferme, t’ouvre ma porte virtuelle seulement. Et là encore traine ton ombre sur ma lumière, là encore tu t’introduis, tu te faufiles où j’écris, où je laisse ma pensée s’inscrire. Là encore tu pénètres mon monde, envahit mes liens, caresses devant mes yeux l’âme des autres, le sein de la douleur.


Mes mains se veulent volages, se veulent volantes, se transformant en papillon, allant butiner sa nourriture affective, sur une peau sucrée. Et mon ombre ainsi volontaire, se fait féroce, insiste pour le partage, s’insinue dans tes bonnes grâces S’introduire, sans mystère, même si il y a force, elle n’est pas violence mépris, elle est puissance du désir, puissance des deux cotés qui veulent se rejoindre, se mélanger, se manger, se dévorer, se digérer.

Et que naisse un dialogue de sourds où les mots savants se heurtent aux mots d’amour. Mais que peut on attendre au travers d’un écran quand on refuse de prendre la route du coeur. Quelque chose me retient, met en garde ma raison de revenir chez toi, de monter toutes ces marches, de m’allonger contre toi. Alors je reste seule au dedans d’une maison aux volets clos où je tremble, je tremble mais je reste en vie. J’ai peur de ta froideur, j’ai peur de ton jugement, j’ai peur des tentacules qui entrent dans mon ventre et qui tuent lentement étouffant les derniers soupirs.


Où sont les savants dans mes mots, dans ces doigts qui sentent l’encre à défaut du miel des tiens ? Tu es cruelle ici, et tu oublies que de cette encre encore, je m’en sers aussi pour dessiner sur ta chair, des illustrations de mon désir, et pour y peindre aussi des mots éphémères, mais sensuels. Alors je t’en prie, où se niche la raison quand ta chair n’est plus que rivière, et que la furie de tes envies, de tes passions, renverse toutes les digues que tu as cru faire solides.

C’est d’une souffrance qu’est peut être né notre amour, si je ne souffre plus de quoi te nourriras tu? Et pendant que j’écris des mots et des mots, les réponses ne viennent pas, tu t’absentes, que fais tu? Tu es dans d’autres mots, d’autres mots déchirants, d’autres mots en souffrance, des mots à guérir…Tes mots reviennent enfin mais pas pour répondre aux miens! Tes mots reviennent baignés de la douleur d’une autre…Une autre à sauver, une autre à aimer.

L’amour d’écrire a besoin de cette souffrance pour apparaître, la souffrance attire l’inspir, le souffle, cet air sublime qui s’infiltre dans mes failles pour les combler. Et ainsi peut être suis-je en effet absent de tes yeux, mais je suis présent dans ta poche, sous tes ongles, et au bout de tes cheveux, ceux sous ta nuque. Alors ne crois pas que je sois loin de toi, il n’y a pas que les mots qui ont du pouvoir, les sentiments forts sont plus forts encore que la magie de la raison. Et si tu doutes , tu le ressentiras au plus profond de toi, cette flamme qui naît, si chaude, si liquide, si vorace, si volatile.
Mais tu l’auras voulu…

Merci, moi je vais bien…

Moi je ne sais plus, je me tâte le cœur pour voir s’il bouge encore…

Absence

Marie :

Blancs, tous blancs, seules leurs formes les distinguent les uns des autres dans la paume d’une main repliée.
Distribution.
Des doigts se serrent et se referment sur eux les privant de lumière. Dans un mouvement ralenti la main se porte aux lèvres, commence alors leur voyage. Ils s’entrechoqueront les uns aux autres en rejoignant une cavité humide dont l’ouverture se fait sans force et en silence.
Résignation.
Une fausse brèche au mutisme leur permettra l’entrée là où aucun mot ne sort plus. Ils s’engouffreront sans mal pour se désagréger libérant leur substance, infiltrant le sang, les sens, l’essence même que l’on croit évaporée dans l’expiration des cris qui ne résonnent plus.
Un petit rond lisse, un ovoide, un autre rectangulaire strié de quatre traits pour mieux le découper, celui là rythme la journée, quatre petits carrés métronome de l’angoisse . C’est le cachet indiquant le temps, une aiguille virtuelle marquant les tristes heures calmement avalées. Ce temps qui file en me laissant derrière, le petit carré blanc m’aide à le rattrapper, course incessante et vaine, j’ai envie de rester là, de le laisser filer, voir défiler ses heures sans qu’elles ne m’emportent plus dans un tourbillon qui m’indiffere …
Fatigue.
Assise derrière la fenêtre, mes cils comme des barreaux fins et droits se tendent sur mes yeux morcelant un paysage flou et brumeux. Je regarde le temps sec et aride jaunir l’herbe et plier leurs brins dans le sens du vent, la course des cumulo-nimbus qu’un oiseau blanc dépasse. Il disparait au loin, il ne reviendra pas.
Le soleil décline derrière les nuages et se couche dans les arbres qui se drapent d’une obscure parure, deviennent des ombres sans corps, leurs silouhettes se découpent à la lumière d’étoiles. Je ne vois plus rien.
Pas de couleurs, pas de pigments dans ces petits cailloux chimiques. Blancs, ils restent blancs comme pour annoncer que la neige a recouvert la terre, qu’il faudra du temps, peut être l’éternité pour qu’un jour le printemps eveille à nouveau la nature morte. Lisses, ils restent lisses pour effacer les traces, faire comme si, oui, comme si rien ne s’était produit.
Programmation.
Amnésie volontaire, on vide, on étripe, on éviscere la pensée hantée de souvenirs. On sèche les larmes et avec elle l’encre noire qui filait sur papier. On musele l’angoisse d’une camisole chimique et éphémère. Demain les mêmes flocons devant les yeux ouverts tomberont lentement dans la main qui se tend.
Absence.
Je ne vois plus rien, mes paupières sont fermées, la nuit a envahi les murs, les draps, la pièce, ma vie comme une vague qui ne connaitra jamais de ressac pour rejoindre son lit. Tout baigne dans l’obscurité, tout, mon corps est endormi, engourdi, mes paupières sont closes. Derrière elles ni rêves, ni cauchemars.
Silence.
Des secondes, des minutes et des heures: du temps. Du temps concentré dans trois petits cachets blancs.
Oubli…

Pant :

Question de sport, encore une pilule,
Une de plus,
Une de plus chère,
Une de plus lourde.
En un sens, rien encore,
Si ce n’est du sens en moins,
De l’essence d’être en plus

Question de réconfort
Gommer le temps, le malaise,
Le courant dans les nerfs,
La précipitation dans les artères

Oh lâchez les chiens, une bonne bière
Oh léchez les bien, une bonne bière et Valium trallalère

L’hiver pour un tranxène
Grande gueule à fermer
S’agiter trop, censuré !

Livide tu t’agites
Grande cause
Sinistre social dans ta chambre
Cynisme local à la chambre du maire
Censuré, avale !

Gommer l’homme, cacher la femme
Ranger la personne pour pas l’abîmer
Des fois, des fois qu’elle serve
Encore
Un jour
Un soir
Une femme dans un pieu
Un rôle à jouer, à simuler
Allez avale, cache toi

Un homme pour une fois
Qui ferme les poings
Sur un cachet
Sur un sachet
Ne veut pas manquer
Pauvre gars, tu es en manque
Alors pas manquer ce qui te manque
Désolant
Avale, cache toi.

Pant 2004

Le coup de Narcisse …2

« Parce qu’un ventre a toute son importance quand il s’agit d’accueillir la semence de celui qui veut une image parfaite sans taches ni vergetures, qu’un ventre maléable doit savoir s’aplatir autant que rebondir, un ventre sans gargouillis, sans feux, sans souvenirs, un ventre vallonné par un seul élément qui érodera de son seul souffle la terre à cultiver.
Une femme qui saura s’abstenir de toute vulgarité, passera ses colères à la soupe intérieure qu’elle n’osera verser dans les assiettes de porcelaine de sa jolie famille, qui saura se tenir à son rang sans voir son sang bouillir tout en mimant le bonheur d’être comblée. Une petite joliette, fidèle à son role plutôt qu’à elle même, muette, sans plainte, ni tristesse à lancer en écho à sa vie bien remplie. Parce qu’une vie bien remplie elle aura, un bon statut social, une activité enrichissante et pleine pour suivre les raisonnements des discussions de la semaine quand arriveront les retrouvailles du soir. Il pourra être fier de cette femme présentable, présentée sans honte à son bras, présente du lit à la table en passant par la table à langer. Elle aura une place dans la belle socièté, il pourra se rassurer en se sentant un homme respectueux de laisser à cette mère, à la maman de son enfant une liberté de s’épanouir sans omettre la femme qui vit en elle. Parce qu’il y aura une femme en elle, une vamp vibrante sans regard trop aguichant, qui le samedi soir osera une jupe sexy juste au dessus du genou, parée des dessous affriolants achetés la veille pour l’occasion, achetés avec sa bonne paye de fonctionnaire. »

Eh oui, encore Narcisse. encore une claque, une claque en pleine gueule à ma vie en sorte. Je pense être une part de l’Homme artificiel qui gite dans celui précité. Résider, résidant ? résidus quelque part, résidus que l’on porte avec soi dans un doggy-bag virtuel.

Qu’est donc une femme ? un ventre ?

Je vois en Elle un Centre, et dans ce centre, il y a axis mundi, origine du monde. Source de vie, Fontaine de silence et de jouissance. Jouissance que je ne peux concevoir que dans la relation amoureuse. relation douloureuse.
Alors est elle cette muette, qui porte bas l’uniforme de la société, le calicot de l’étrangeté ?

Je ne vois qu’une femme, une seule, quand je vous regarde je vois un visage, des yeux, un coeur, des formes, et je dote d’amour, de sentiments.
je dote ? quelle connerie, c’est moi que je devrais doter , n’ayant qu’une légère idée de ce qu’est l’amour.
Mais voilà…
Je ne sais ce qu’est l’amour, mais je le cherche. Je sais qu’il est partout, mais pourquoi ne sais je pas voir ? je sais qu’il est pour moi, mais pourquoi toujours le doute accompagne le regret ?

En tout état de compte, encore Narcisse, bravo. Réaction prévue ? je ne sais, mais rédaction intense. Parfois on me le reproche d’ailleurs.
Mais j’ai mes faiblesses, je n’ai même que ça, je suis un homme, et un bien petit…