Hugo-Les comtemplations, Autrefois

Plongé dans ma petite bibliothèque des Romantiques, me voilà chez Hugo, sous cet oeil attentif voir sévère je découvre ce texte, fort puissant en émotions dans mes moments présents.

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photo credit: jclepoulet

Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis,
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments, l’oeil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme.
Si tu m’as souri, Dieu! tout mon être bondit!
Si, Madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
A haute voix: «Bonjour, Monsieur», et bas: «Je t’aime!»
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis! je suis léger, je suis fier, je suis grand;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots;
Je cours, je vais, je ris; plus d’ennuis, plus de maux;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse!
Mais que ton coeur injuste, un jour, me méconnaisse;
Qu’il me faille porter en moi, jusqu’à demain,
L’énigme de ta main retirée à ma main;

— Qu’ai-je fait? qu’avait-elle? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée;
Je m’en vais, courbé, las, sombre comme un aïeul;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,
Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre;
Le chagrin — âge et deuil, hélas! ont le même air, —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans; triste, j’en ai soixante.

Paris, juin 18…

3 pensées sur “Hugo-Les comtemplations, Autrefois”

  1. Romantisme encore…

    EL DESDICHADO

    Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
    Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

    Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

    Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

    Gérard de Nerval,

  2. Va Falloir que je le poste direct celui là quand même, s’il revient c’est par son coté incontournable, hum, il y a en un que j’ai oublié c’est Lamartine, vais chercher un peu.

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