Le coeur transfiguré de Désirée Thomé, remix.

eglantine vieillie

« Si je t’aime ?

Je t’ai toujours aimé. »

Je nierai pas plus loin aux dires du capitaine, et ma langue linceul s’emporte dans tes murs perturbant l’horizon, quand je rentres au port je l’infiltre dès le bord, dès le bas de tes lèvres, il est temps de sertir les diamants, peaux de nos amours, je nierai pas plus loin me dit le capitaine me serrant trop fort contre lui, et je maudis dernière cette fosse lumière.

Mais un jour

Au silence qui hurle la faim au bas de tes contours

Je l’entends de loin chanter celle qui tient ma main par delà les fontaines, les rivières, les torrents, les mers qui s’en souvient, les fleuves bleus, et voilà ta chance me dit-elle en souriant, si tu écoutes bien le vent, je deviens le coeur de ton enfance, parle et ne recule plus, je ne veux que le ciel bleu de tes ecchymoses qui lunes à lunes pleurent de rives, rives, rives, et voilà que tu lis si fort ces mots comme là tendresse :

« Je t’aime d’un ailleurs dont nous n’avons plus qu’un vague souvenir. Un souvenir ténu, fil d’Ariane qui nous relie par ce coin de mémoire inaccessible, qui sait tout mais qui se tait. Et dont on ne capte les yeux ouverts, que de vagues reflets comme l’onde mobile trahit l’éclat furtif de la truite. Un éclat argenté, rien de plus. Le reste, c’est le cercle dans l’eau qui nous le dit. »

Nil entendu des voix, nil entendu deux fois, quelques matins dont les dieux où soufflés douces les braises, je m’érige dans le cercle, tango sans fin mais pas sans lame, ô larmes deux couteaux qui se retiennent et matin, plumes, plumes, que retailleras tu si ce n’est nos corps, si ce n’est nos amours ?

Adieu Lola, l’île est fausse quand se ride nos peines, je ne veux que toi comme lune chandelle qu’elle m’éclaire, en chantant, qu’on me regarde dans ta chaleur, je suis là, et comme toi, je ne pleure pas, mais mon coeur, mais ton coeur, suis la trace, suis la place, comme une fleur qui se lie de joie, maintenant je ne tiens plus droit, je tomberai sous le sol, mes épaules raides, mes souvenirs, mes souvenirs, comme des clowneries sans fin comme te dire que tu es loin, mais sourire, mais soupirs

« Je ne sais pas, même encore aujourd’hui, ce qui nous rapproche, aimante nos pôles antagonistes. Je ne sais pas mettre un nom sur cette chose, ce nœud, ces barbelés, cette cellule ouverte, ces menottes mentales. C’est comme un appel, un effluve, une trace, c’est indistinct, incertain, et potentiellement indestructible. C’est comme une soif qu’aucune source ne peut étancher, une faim que même la mort ne rassasiera pas. Je le subodore. « 

Je ne sais, mêle plus, lire, en moins de pas, en moins de pas, non plus, écrire, mes lèvres comme mes doigts se sont claqués, et j’en ai retrouvé les clés, c’est comme si, ton rêve ne sait plus, ce qui nous approche c’est l’enfer, la chaleur, le frémir, je le sais, tu as fais de moi ce corps, et la fièvre comme une porte que je ne fais qu’ouvrir, et loin de là le tourment, que je connais bien, tu es là près de moi, et je ne peux te toucher, jusqu’ici je ne peux que t’attendre, jusque là je suis pour t’apprendre, d’un appel un soir peut-être viendras tu m’ouvrir, je m’éteins, c’est la nuit qui s’accroche à mes poings, qui détache ma force, ma faim, c’est la mort, le parfum, la soif incolore, la dolore, c’est la fin, mais loin ce qui se passe quand tu t’endors, loin ce qui me glace au sein.

Les courbes se défont comme s’effleurent nos barbelés, nos cellules ouvertes à la fin des vents, grises de poussières, sables de souvenirs que l’on ne maintient plus, je n’ai plus de trop, je n’ai que des pas, qui me ralentissent mais me mènent toujours là où je ne brille pas, là où c’est toi qui règne…

« Peut-être que c’est beau.
Peut-être que c’est moche.
Peut-être que c’est faux.
Peut-être que c’est un songe. Ou un cauchemar.

Que faire ? Qu’enfer ? « 

Et ma plume toi, si elle ne te brule pas

Et me plume moi pour finir en toi

Que faire ma mie de cet univers

Qu’enfer,

qu’en fer un cercle lourd de nos poèmes, de nos soucis, et qu’à la fin tout m’entraine, te laissant ici libre de chanter pour mon coeur, ma fierté, ce qui valait de moi avant les cendres, avant que la peau quitte la chair, que la chair quitte les os, que je ne fasses plus les cent pas, je sais tu pleureras, mais en mots, mais en mots, l’encrier se remplira de moi, deux fois par mois, tu ne dois rien manquer, tu dois tout raconter, tu dois toi raconter maintenant que je finis maintenant que je finis là…

« Mon cœur, ma fierté, mon soleil, me porte naturellement vers le haut. Où tu n’es pas. Pas encore. Sans doute jamais. Je suis déjà trop loin, si proche, irréversiblement proche, et pourtant déjà trop loin. On s’est croisé, manqué. Le témoin est au sol, dans la poussière. Je ne l’ai pas ramassé. Une autre l’a fait. Le cordon demeure, inaltérable même souillé. Il luit de son or magique.

Quand tu viendras lire mes mots, comme à l’eau de la source claire tu ne pourras que boire, te baigner le visage, te laver les mains, mais tu ne pourras rien emporter. Tu ne pourras qu’un instant, rien qu’un instant, apaiser ta soif. Goûter à cette fraîcheur vulnéraire. Seulement cela.

C’est peu, mais c’est tout. Et c’est déjà miraculeux.

Je ne sais pas ce qui nous lie, et il y a tant de miradors… »

Mais je ne le peux même plus, pourquoi le crois-tu encore, pourquoi ?

Désirée Thome remixé par Pant

le texte original ici

5 pensées sur “Le coeur transfiguré de Désirée Thomé, remix.”

  1. Ah. Je suis revenue lire parce que ce texte m’évoquait autre chose. Je t’ai dit tout à l’heure que je trouvais tes mots « romantiques », dans le bon sens du terme. Et voilà où les ors et les effluves me portent: du côté de chez Musset. C’est à certains textes d’Alfred que ton texte me fait penser dont « La nuit de Mai ».

    « Poète, prends ton luth et me donne un baiser
    La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore.
    Le Printemps naît ce soir; Les vents vont s’embraser; »

    Voilà. C’est ça. Exactement.

    Bise et merci.

  2. Merci, pour la vue romantique je souscris totalement, je le dois en plus grande partie à ton texte toutefois, je n’ai pris que le train en marche moi. Musset ? un lointain parfum alors, et pas dans l’aspect des amours avec Sand loin de là, la passion décrite ici est plus tendre même si elle est empreinte de violence. mais merci encore à toi de m’avoir permis de « bidouiller » un peu, tout ce que je voulais c’était pas casser le bijou original.

  3. C’est vrai que Musset et Sand c’était rude. Tu savais qu’ils s’étaient poursuivis devant témoins le couteau à la main? On parlait des aspects sombres de la passion qui sont complètement gommés, comme passés sous silence, dans la définition du dictionnaire, ici tu en as un splendide exemple. Violent oui. Je me demande si du point de vue de la seule définition d’ailleurs, la passion peut-être « tendre ». Si elle l’est, est-ce encore de la passion, ou un amour transformé, sublimé? Quignard en cause justement, mais il faudrait que je retrouve le passage…

    Et tu n’as rien « cassé », tu as ajouté. 🙂 Merci.

  4. Dans ce texte, il y a un marin, un être qui part, qui revient, qui ne sait jamais quand, et il y a une femme, une femme de mots/coeurs. C’est en partie l’histoire de chaque marin et de sa femmme qui attendait, c’est en partie celle d’Ulysse et Pénélope, c’est celui qui ne rêve que de revenir vers une femme qui l’attend, et qui ne peut pas toujours, alors est ce là germe de romantisme oui, si j’y mêle en plus un fond de tango/flamenco avec ce Carmen de Saura/Gades que j’ai encore dans le sang, il y a de la passion, il y a les lames, il y a les plumes, avec lesquelles écrire la passion ? je ne sais, l’une taille l’autre, elle peut être complémentaire, l’une peut abreuver l’autre d’encre de sang, alors oui passion, violence, mais là il n’y a pas de mort par l’autre, il n’y a pas de violence par/pour l’autre, il n’y a que de la dolente amor et tendre. Alors Musset et Sand non, non de non, il s’aimait à se battre, c’est peut être de la passion mais pas de la passion d’amour. du moins pas comme je le vois.

  5. Tout simplement Pant … je dirai … que j ai aimé le texte de départ … et que tes mots en retour/remix sont superbes … j Aime … !!!

    Si …  » de la dolente amor et tendre  » … Passion

    J ai bien apprécié aussi la dernière Musik que tu as ajouté ici … !!!

    baiser

Laisser un commentaire