Refaites vos choix

Moon Kissed — Endymion by Arthur Wardle RBI RBA, 1864-1949.

 

 

Ce n’est pas facile de raconter de telles choses. De partager les moments les plus intimes, les plus sacrés. Mettre cela en mots ressemble à une espèce de viol. Ne pas le faire, c’est un mensonge.

Voir et sentir sa bien aimée nue pour la première fois, c’est l’une des épiphanies pures et irréductibles de la vie. S’il existe une véritable religion dans l’univers, elle doit englober ce contact vrai, ou rester vaine à jamais.

Faire l’amour avec l’être qui mérite cet amour est une des rares récompenses absolues de la condition humaine, qui compensent la douleur, les pertes, la balourdise, la solitude, la bêtise, les compromis, la lourdeur qui accompagne cette condition. Faire l’amour avec la bonne personne supplée à pas mal d’erreurs.

Dan SIMMONS, L’éveil d’Endymion.

5 pensées sur “Refaites vos choix”

  1. « Faire l’amour avec la bonne personne supplée à pas mal d’erreurs. »

    Mais…quelle est « la bonne personne »??

  2. « L’amour est étincelant comme le vent sur la neige. L’amour est tendre comme la nuit étoilée. Son pas est plus doux que le silence. Sa parole est plus tranchante que l’éclair. Comme un voleur dans la nuit profonde, il entre dans nos vies, puis il attends. Il attends que l’on vienne où il est, il attends que nous venions en nous. Il reste là, dans les grandes prairies du sang, comme un oiseau cendré dans les longs roseaux verts. Il s’envole avec ce bruit que fait l’encre sur la page, comme le battement d’un coeur pur dans l’obscur de la chair. Si j’aime tant vous écrire, c’est pour entendre sa rumeur en moi, dans le drapé d’une phrase, dans le pli d’un silence. J’ai beau regarder ma vie en tout sens, je n’y vois rien d’autre à préserver que cette perte. Aimer quelqu’un, c’est le dépouiller de son âme, et c’est lui apprendre ainsi- dans ce rapt- combien son âme est grande inépuisable et claire. Nous souffrons tous de cela: de n’être pas assez volés. Nous souffrons des forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour nous les faire découvrir. »

    « Il y a deux chose en nous: l’amour et la solitude. Elles sont entre elles comme deux chambres reliées par une porte étroite. Ecrivant, on va de l’une à l’autre, incessamment. On ramasse ce qui est sous le ciel, ce qui brûle dans le sang. On en fait des bouquet de fleurs géantes, semblables à celles que découpent les enfants dans du papier peint. On l’offre à une jeune femme. Elle prends ce qu’on lui donne. Les lettres sont vraies dans le temps de les lire. Après elles s’effacent, elle se fanent. Elle en demande encore. D’autres lettres, encore. D’autres phrases illisibles, comme celle-ci: je vous aime; j’aime cet amour dont je vous aime, je l’aime jusqu’à la folie, jusqu’à la bêtise. Ainsi de suite. Des choses comme ça, on écrit. On ne sait pas bien ce que l’on fait. Il y a ce que l’on connait, qui est étroit, et il y a ce que l’on sent, qui est infini.Ce que l’on connait flotte au-dessus de ce que l’on sent, comme une petite bête morte dessus les eaux profondes. Ecrivant, on va contre toutes connaissances.

    Nous sommes seuls dans le jour. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour, comme on mène un enfant jusqu’aux rives étincelantes du sommeil. Nous sommes incapables de découvrir cette solitude si quelqu’un ne nous en faisait l’offrande amoureuse. La révélant en pensant l’abolir. L’aggravant, en croyant la combler. Cette solitude est le plus beau présent que l’on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s’illumine de nos absences.

    On continue les lettres. On regarde celle qui les reçoit. On voit cette jeune femme, comme elle est: inaccessible à elle-même comme à la passion qu’on lui voue. Déserte.

    On écrit encore, on poursuit la lutte avec l’ange, l’aubade à la reine.  »

    Christian Bobin Lettres d’Or I et IX

    « Il s’envole avec ce bruit que fait l’encre sur la page, comme le battement d’un coeur pur dans l’obscur de la chair. Si j’aime tant vous écrire, c’est pour entendre sa rumeur en moi, dans le drapé d’une phrase, dans le pli d’un silence. »

    Je donnerai tout pour écrire une seule phrase comme celle-là. Aussi forte, aussi diaphane, aussi chargée et légère de sens. Il me faut encore « venir en moi » là où m’attends l’amour, pour y parvenir. Descendre encore pour monter plus haut…

  3. Juste dire que rien n’est plus vrai, et comme le dit si bien Sun, et je le formulerai autrement, quand on a quelqu’un dans ses bras, quand on est sincère, on croit toujours que c’est la bonne, mais est-ce la bonne personne, il n’y a que le temps qui le confirmera.

  4. oui, Lutin on croit, on croit mais la foi c’est aussi une épreuve de doute, alors refaite vos choix après un temps, évolution de l’un, de l’autre, refaites vos choix de vie, valider, invalider, importe peu, mais refaites vos choix, je croix que c’est le seul moyen de vivre vrai.

    Très beau texte de Bobin, qui rejoint ce que je pose depuis quelques temps, avec mes maigres mots, ceux de Simmons, et ceux de Cendrars.

    Nous sommes seuls, oui, toujours, dans les moments qui comptent, naissance, mort bien sur, mais seul aussi dans cette acception de refaites vos choix, toujours seul, avec l’amour ou l’idée de l’amour, toujours seul.

  5. Une épaule sur laquelle se poser, y poser ses bagages et se laisser porter, utopie alors ! j’aimerais être le chiffon dans la valise que l’on transporte, l’objet que l’on pose sur la commode, ou la table de chevet, j’aimerais ne plus penser, et j’aimerais que l’on pense à ma place, j’ai du trop penser pour vouloir ce destin :-))

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