Une femme innombrable.

Le Titien

Sarah avais des paroles étranges qui s’inscrivaient doucement dans le corps et le coeur de Myriam. S’il y a des guerres : c’est que les hommes et les femmes ne s’aiment pas. Nous les femmes, notre mission c’est de faire des hommes des dieux, sinon ils redeviennent des bêtes et se retournent contre nous, il nous faut donner de l’âme à leurs sens, de l’esprit à leur corps, sinon leur vie sera celle des brutes qui cherchent à dominer, se jalousent et se déchirent. […]

« C’est avec des cris que les hommes commandent aux vaches et aux chevaux, c’est avec des caresses que les femmes commandent aux hommes, mais avant les caresses il y a l’huile et les parfums :

Tu dois envelopper l’homme de l’odeur de ton propre corps, qu’il te respire avant de te toucher, comme un vent tiède chargé de garrigues, sois comme une colline qui s’approche, comme un été … Qu’il ait le pressentiment de ton immensité; ce qu’il pourra connaitre de toi sera si peu de toi et pourtant il y trouvera une terre ferme entourée d’abîmes.

Puis s’il vient vers toi, déjà pressé de désir, tiens-le à distance, propose-lui l’onction par laquelle l’homme devient roi avant de se reconnaitre dieu. C’est ainsi que la grande prêtresse consacrait le prince qui devait prendre en charge la nation.

Qu’il s’allonge sur ton lit bordé d’aromates; avec la paume de ta main étends l’huile sur ton son corps et du bout de tes doigts cherche les lieux de tensions qui empêcheraient la libre circulation de la vie, ne touche pas son corps, touche son âme, peut-être captive, ou encombrée dans le réseau trop serré de ses muscles et ses nerfs.

N’entre pas dans son corps comme dans un moulin lourd de mémoires ou d’autres farines, entres-y comme dans un temple, avec ses différents seuils, ses différentes portes, ses chambres secrètes, ses autels sacrés.

Le corps est un mystère et tu es la gardienne et la révélation de ce mystère. Chaque être humain a plusieurs corps mais la plupart du temps nous ne fréquentons que les plus épais, nous ignorons l’étreinte de nos corps subtils, de nos corps de diamant…Tandis que tes doigts éveillent des zones plus sensibles, n’oublie pas de chanter ou plutôt de murmurer, chaque organe répond à un chant, à un son.

Le corps est une partition à déchiffrer, une musique à entendre et tu l’entends si tu l’appelles, chaque partie du corps à une intelligence et un nom propres qu’il faut harmoniser avec le tout : n’oublie pas les océans qui t’entourent, les étoiles qui te regardent, les animaux qui t’adorent. Ce ne sont pas seulement un homme et une femme qui vont se rencontrer, mais deux univers. »

Jean-Yves LELOUP, Une femme innombrable.

3 pensées sur “Une femme innombrable.”

  1. Bon ça fait 2000 ans que je te masse et que je t’oins, maintenant c’est ton tour. En plus, c’est toi l’expert en huiles!

    😉

    ps: Le Titien, magnifique. Plantureuse, généreuse, quels seins…

  2. Ah oui, l’idée est bonne, faudrait que j’arrive à écrire le pendant de ce texte du coté masculin, mais…

    et oui le Titien c’est bath, tu vois qu’on peut tomber d’accord sur un peintre 🙂

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