Que

Que pourrais tu écrire avec les cendres d’un poète ? un lai d’amour ou un calembour ? un refrain voire même une chanson ? un autre un autre qui sait même oui même qui sait un triste ou un gai mais un poème ? qui sait avec les cendres s’il y en a assez pourrait on écrire un autre monde, du moins ses quelques règles celles qui brisent le notre, conseillent le vent et les éclairs.

Que décrire en quelques cendres pour que cela n’ait pas le gout des larmes, non, pour que l’instant s’évade délibérément, pas dans un mensonge mais dans un monde de songes à réaffirmer, que puis je dire quand je ne serai plus là pour que les rires soient d’un brin fusants, d’une timide tempête bruissants.

Tout ce que je demande, hors la vie, oui hors, exorcisme à faire pour extraire le mal qui fait vie ou cette vie qui fait le mal, je ne sais, mais mes tempes grisonnent, mes mains frissonnent, et mes nuits tremblent de rêves maudits, mes mots désertent, mes tempes sans mots même grisâtres, alors oui alors je ne voudrais plus que de la neige, m’enfouir, m’enfouir puisque que fuir je ne peux hors de moi, que la nuit me refuse, que l’amour ne peut rien non plus sauf à être ce roc qui me retient, alors pourquoi l’amour ? si on finit, oui une fin, seul, seul, solitarisé alors là on peut partir, un départ malsain vers un ailleurs rien, mais un rien qui ne peut que clore un cycle vain, si vain que même boire ne m’apporte rien, pas plus d’envie d’alcool que de vie, pas plus envie de lui ou d’elle, pas plus envie de moi qui ne me supporte plus, ce moi infernal qui dose le mal pour ne pas briser le coeur tout de suite, salaud !

Pourtant le cerveau resiste, la raison du coeur aussi, et je lis, je lis, je relis, cette envie là est, de relire pour relier, de lire pour lier, rattacher la vie des mots, extraire d’une certaine histoire, cette pulsation de vie qui m’a poussé jusqu’au présent…

Quelques mots alors,

Extrait de Hypérion, de Dan Simmons, p254

« Elle seule [Béatrice] avait encore une réalité pour lui; elle seule donnait encore un sens au monde, et de la beauté. Sa nature devint un phare pour lui, ce que Melville devait appeler plus tard, avec plus de sobriété que nous ne pouvons le faire aujourd’hui, son « méridien de Greenwich »… […] La plupart d’entre nous, je l’espère, ont une Béatrice dans leur vie, épouse, enfant ou amie, quelqu’un qui, par sa nature même, sa divinité innée ou son intelligence, nous rend inconfortablement conscient de nos mensonges lorsqu’il nous arrive d’en faire. »

La divinité n’est pour moi que dans le coeur de la femme, d’une femme, et son corps parle douceur…

3 réflexions sur « Que »

  1. Douceur oui Pant, je suis si souvent en colère que je me rend compte que j’ai bien du en manquer…et alors je gueule

  2. « quelqu’un qui, par sa nature même, sa divinité innée ou son intelligence, nous rend inconfortablement conscient de nos mensonges lorsqu’il nous arrive d’en faire.”

    Bien plus qu’une amarre au monde la femme ici. Un « Gemini cricket »? Dans le regard clair, l’oeil de Caïn?

    Les mains dans les poches, et te regarder traverser le désert. Personne ne pourra t’aider, et tu l’as déjà compris.

    Sauf toi. Aide-toi.

    La révolte et la colère sont d’excellents -bien que très polluants- moteurs en effet.

  3. La révolte ou la colère ? je me dis d’abord combien de temps encore, et alors oui parfois la colère qui doit venir avant, cette rage des hommes qui ne comprennent pas, que la vie d’abord c’est l’homme, que ça a toujours été l’homme et la vie, rien d’autre. Et l’amertume, un gout amer qui veine-ment circule dans mon coeur.

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