Je me suis demandé

Marc Binniger

Je me suis demandé si Dieu n’était pas Mattéo. Si dans ce cœur que l’on a enseveli il n’y avait pas l’étincelle du monde. Car depuis tout est éteint, tout brule mais sans chaleur, Livia danse toute la nuit mais pour qui, pour quoi ? l’invocation à la lune ne ramène personne d’autre que soi, et encore, chaque nuit, chaque danse enlève un peu plus, sa pureté diminue, entachée d’une nuit porteuse de folie en germe.

Je me suis demandé si Dieu n’était pas mort avec Mattéo. Si dans les yeux de Livia je pourrai retrouver autre chose que des larmes, si l’espérance ressurgira avec le temps. Je me suis demandé si mon cœur avait encore une trace d’arôme, si quelque chose y ressemblait à une fleur, et quel parfum pouvait encore naitre d’une vie en cendres.

Je me suis demandé si le sang pouvait laver nos peines, nos souffrances, si me tuer permettrait à Livia de revivre au moins un peu, si mon silence rajouté à mon absence pourrait effacer un peu ce qui a été, ce qui est éternellement définitif.

Je me suis souvent dit dans ma vie que la mort, la mienne pourrait racheter quelques instants de joie, quelques nuits de bonheur pour quelqu’un que j’aime. Le rachat…la rédemption…finalement j’en reviens, je ne sais pas si ma vie vaut quelque chose, je ne sais plus, mais ma mort ne vaudra rien, elle sera violente et laissera un gout âpre dans la bouche de celle qui m’aime, ou qui m’aimait.

Je me demande donc s’il y a autre chose que les larmes, celles que l’on cache, celles que l’on essuie, celles que l’on maquille d’un rire grinçant, toujours des larmes, rien d’autre, je ne sais plus quel goût à un sourire, je ne sais plus quel parfum sur ses lèvres, je ne sais plus grand chose, je ne comprends plus rien, la méconnaissance me submerge, m’étouffe, me noie.

Il y avait nos chansons, moi le matin en revenant de la promenade qui me menait à mes oliviers, je fredonnais heureux du soleil qui nourrissait mes arbres, joyeux de retrouver Livia les mains dans la farine, c’était nos matins, et quelques baisers plus tard c’était au tour de Livia de chanter, de poser sa voix dans les aigus, de transpirer la musique, ses bras contre mes épaules, et mes mains sur ses reins.

Il y avait un passé où Mattéo se levait, accourait dans la cuisine, nous sautait au cou, réclamait à grands cris son petit déjeuner, du lait, du pain, de la crème. On filait ensuite à la pêche, enfin pas toujours, mais on allait dehors se promener tous les jours, ensemble on humait le matin, on savourait le poids des rayons solaires, et on était bien. C’était notre avant celui qui portait le désir de continuer ainsi, dans un élan créateur et joyeux, c’était ce qui pouvait se nommer petits bonheurs, ces petits gestes quotidiens qui font la poésie du monde en mettant la rime dans chaque coeur, en faisant ainsi tinter l’aube, le midi et le crépuscule dans le même esprit. La vie d’alors on s’en occupait, chaque minute comptait, nos vies se poursuivaient par amour. Voilà.

Et ce matin, Livia rentre de là-haut, de sa danse, elle ne se voit pas bougeant tel un pantin pris en otage par un démon rageur. Tout ces égos réinstallés, ce qui casse notre union, et pourtant il y a ceux qui disent que de l’ordre nait du chaos…

Toi qui ne sais plus que tout est question, que les réponses fuient et ne reviendront jamais. Toi qui pose les mots, regarde moi dans les yeux, tu n’écris plus, tu trembles, tu as les yeux humides, tu n’as plus les mains sur le clavier, tu les regardes comme si c’était des mains d’assassin. Rassure-toi P. tes mains sont noires d’encre, mais aucun sang n’y affleure. Tu t’es pris nos coeurs en pleine poire, tu voulais mourir avec moi tout à l’heure, tu voulais pleurer avec moi tout à l’heure, tu ne voulais pas être moi, mais tu voulais souffrir comme moi. Voilà qui est fait, et maintenant ? Heureux ?

Amadeo Venturi

Un commentaire

  1. marlou dit

    Que dire quand tout vient du plus profond de soi … du plus profond de son coeur … !!!

    Tout simplement … se taire … ressentir et en apprécier la lecture …
    Tout de bleu … et sans nuages Pant …

    baiser

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