Archives de mars, 2008

Lettre à Amadéo

Rassure-toi P. tes mains sont noires d’encre, mais aucun sang n’y affleure. Tu t’es pris nos cœurs en pleine poire, tu voulais mourir avec moi tout à l’heure, tu voulais pleurer avec moi tout à l’heure, tu ne voulais pas être moi, mais tu voulais souffrir comme moi. Voilà qui est fait, et maintenant ? Heureux ?

Mon cher Amadéo, je comprends ta peine, ta souffrance, et si j’ai choisi de raconter ton histoire c’est justement pour cela. Tu m’accuses de complaisance dans la souffrance, c’est peut être un peu fort. Vrai que mes textes, mon style, et mes habitudes me portent vers des ambiances assez sombres, mais pas seulement surtout récemment dans mes derniers textes. Livia, Mattéo, et toi c’est très particulier, c’est une histoire qui me touche par plus d’un coté, qui me colle presque à la peau. Et ces mots que tu m’as jeté à la gueule, je les ai reçu comme tels, et ça m’a fait réfléchir depuis lors.

Je voulais donc souffrir comme toi dis-tu, c’est possible que la souffrance en effet me colle un peu, le tragique dirai je me va bien au teint, et je retombe assez souvent dedans, alors oui cette forme d’empathie n’est-elle pas un peu glauque, je ne sais, je l’ai d’abord écrite pour toi cette histoire, pour toi et Livia. Je ne pouvais plus me taire sachant ce que je sais, c’est triste, c’est désespérant, mais j’espère arriver à transcrire votre sortie des ténèbres, et quand à moi, je ne veux jamais vivre ça, perdre un enfant, perdre presque la raison, et son amour, je ne sais pas, non, je ne sais pas où s’arrête le terrible et où commence la terreur, et j’avoue que je ne préfère pas le savoir, que je suis juste là pour écrire, et pour souffrir en silence, et dans de bien moindres proportions, mais oui je suis humain et il y a des choses qui me minent, et c’est pour ça que je suis ce que je suis.

Heureux, me demandes tu ? comment donc le pourrai je sachant ce que je sais, mais en tout cas assez fier de pouvoir poser les sentiments avec les mots, dans une histoire qui mérite écho, un écho de cœur, un écho d’âme, un véritable écho de vie, car tout ça peut nous arriver, et le comprendre, et le vivre un peu, si peu mais un peu, c’est tout ce que nous pouvons faire pour mieux vivre tout simplement. Donc merci à toi Amadeo de m’avoir permis d’écrire ceci, et embrasse Livia avant qu’elle parte danser…


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Je me suis demandé

Marc Binniger

Je me suis demandé si Dieu n’était pas Mattéo. Si dans ce cœur que l’on a enseveli il n’y avait pas l’étincelle du monde. Car depuis tout est éteint, tout brule mais sans chaleur, Livia danse toute la nuit mais pour qui, pour quoi ? l’invocation à la lune ne ramène personne d’autre que soi, et encore, chaque nuit, chaque danse enlève un peu plus, sa pureté diminue, entachée d’une nuit porteuse de folie en germe.

Je me suis demandé si Dieu n’était pas mort avec Mattéo. Si dans les yeux de Livia je pourrai retrouver autre chose que des larmes, si l’espérance ressurgira avec le temps. Je me suis demandé si mon cœur avait encore une trace d’arôme, si quelque chose y ressemblait à une fleur, et quel parfum pouvait encore naitre d’une vie en cendres.

Je me suis demandé si le sang pouvait laver nos peines, nos souffrances, si me tuer permettrait à Livia de revivre au moins un peu, si mon silence rajouté à mon absence pourrait effacer un peu ce qui a été, ce qui est éternellement définitif.

Je me suis souvent dit dans ma vie que la mort, la mienne pourrait racheter quelques instants de joie, quelques nuits de bonheur pour quelqu’un que j’aime. Le rachat…la rédemption…finalement j’en reviens, je ne sais pas si ma vie vaut quelque chose, je ne sais plus, mais ma mort ne vaudra rien, elle sera violente et laissera un gout âpre dans la bouche de celle qui m’aime, ou qui m’aimait.

Je me demande donc s’il y a autre chose que les larmes, celles que l’on cache, celles que l’on essuie, celles que l’on maquille d’un rire grinçant, toujours des larmes, rien d’autre, je ne sais plus quel goût à un sourire, je ne sais plus quel parfum sur ses lèvres, je ne sais plus grand chose, je ne comprends plus rien, la méconnaissance me submerge, m’étouffe, me noie.

Il y avait nos chansons, moi le matin en revenant de la promenade qui me menait à mes oliviers, je fredonnais heureux du soleil qui nourrissait mes arbres, joyeux de retrouver Livia les mains dans la farine, c’était nos matins, et quelques baisers plus tard c’était au tour de Livia de chanter, de poser sa voix dans les aigus, de transpirer la musique, ses bras contre mes épaules, et mes mains sur ses reins.

Il y avait un passé où Mattéo se levait, accourait dans la cuisine, nous sautait au cou, réclamait à grands cris son petit déjeuner, du lait, du pain, de la crème. On filait ensuite à la pêche, enfin pas toujours, mais on allait dehors se promener tous les jours, ensemble on humait le matin, on savourait le poids des rayons solaires, et on était bien. C’était notre avant celui qui portait le désir de continuer ainsi, dans un élan créateur et joyeux, c’était ce qui pouvait se nommer petits bonheurs, ces petits gestes quotidiens qui font la poésie du monde en mettant la rime dans chaque coeur, en faisant ainsi tinter l’aube, le midi et le crépuscule dans le même esprit. La vie d’alors on s’en occupait, chaque minute comptait, nos vies se poursuivaient par amour. Voilà.

Et ce matin, Livia rentre de là-haut, de sa danse, elle ne se voit pas bougeant tel un pantin pris en otage par un démon rageur. Tout ces égos réinstallés, ce qui casse notre union, et pourtant il y a ceux qui disent que de l’ordre nait du chaos…

Toi qui ne sais plus que tout est question, que les réponses fuient et ne reviendront jamais. Toi qui pose les mots, regarde moi dans les yeux, tu n’écris plus, tu trembles, tu as les yeux humides, tu n’as plus les mains sur le clavier, tu les regardes comme si c’était des mains d’assassin. Rassure-toi P. tes mains sont noires d’encre, mais aucun sang n’y affleure. Tu t’es pris nos coeurs en pleine poire, tu voulais mourir avec moi tout à l’heure, tu voulais pleurer avec moi tout à l’heure, tu ne voulais pas être moi, mais tu voulais souffrir comme moi. Voilà qui est fait, et maintenant ? Heureux ?

Amadeo Venturi


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Il faut lui dire

Marc Binniger

Il faut lui dire. Je ne crois pas que la danse pourra nous sauver, il faut lui dire que l’espoir ça ne se trouve pas là-haut, l’envie de vivre non plus, ça se retrouve en-bas, ici-bas. Je sais pourtant, moi qui me promène parmi les fleurs, je sais que les parfums s’espacent, que la fleur se fane qu’ensuite les pétales tombent, tout devient las, tout finit en bas, tout repart au sol avant de revenir grâce aux larmes que la terre engrange.

Au petit matin j’ai droit à un sourire, le soir c’est un soupir; à l’aube ce sont des presque chants et au repas du midi j’ai le triste plaisir de voir perler ses larmes, que puis-je y faire ?

Il y a le silence, il y a la tendresse et le poids de mes baisers, mes yeux qui se ferment pour cacher ma tristesse, il y a le vent au dehors qui remplace tout nos mots, devient notre conversation , se meut entre nous deux, et finit par nous effacer, nous ne sommes plus là, nos âmes dans le vent se laissent traîner au loin, avec l’espoir de ne plus revenir dans ces instants là.

Il y a la prison dis-tu ? oui, peut-être, et si en quelque sorte deux cœurs même ensemble s’emprisonnait d’être unis ? Si l’un croit que la danse peut tout soigner, et l’autre que ses fleurs peuvent tout effacer ? Il y a du temps à faire pour ces deux êtres, du temps à refaire s’il est perdu pour l’un et pour l’autre.

Et c’est si facile pour toi mon ami qui pose les mots, toi qui sais écrire…Tu ne parles presque pas, tu n’as rien à dire, tu pleures parfois mais tu sais aussi rire, tu as la souplesse que t’accorde la phrase, tu vis tes colères en mots, tes peines avec mes mots, tes saignements avec mes mots, dans tous les espaces du non dit écrire n’est pas dire n’est ce pas ? Bien sur je sais que tu es mon ami, que tu as de la peine, que tu partages avec ce don notre douleur, bien sur excuse moi d’envier cette proche et intime distance moi qui suis dedans et ne peut pas en sortir…

Amadéo Venturi


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Là-haut

Source: FlickrLà-haut, si le silence portait, si le silence nous y emportait, si la saveur du vide n’avait plus que le goût du sable.

Là-haut, les fumées pas celles des nuages non, pas celles des fumeurs de Havane non, les fumées d’un cœur à cendres majorées, là dans une hypothèse qui se colle la malchance coté couleur et, qui apparaît donc dotée du plus beau noir, du plus noir de la nuit, celle qui chasse la lune avant de sortir là haut.

Elle danse, tourne les paumes dressées vers le ciel, se collant au plus près des fumées, se portant au plus proche du soir qui, ample porte à la suie la texture de sa robe bleu avec un peu de lumière, mais là, elle aussi s’enfuit, quand elle danse, tout s’écarte sauf la nuit…

Elle danse, pour éviter de penser, pour se réfugier dans le geste musical, se posant entre deux coups de vent, elle danse, pour s’éviter chasse un pas de coté, pose, en reposant un autre pas plus loin, refait l’aube en fréquentant les humeurs de la nuit qui vient.

Là-haut, c’est ainsi qu’elle nomme la colline de valerio, là-haut, quand on perd un peu de son cœur on monte y danser, on y passe les nuits, à se réfugier sans fin, une nuit blanche au sein d’une nuit noire, une nuit de danse au plein d’une nuit qui ne pense plus, qui ne penche plus, qui se tient droite, digne, tranquille à la toute fin, quand tout s’endort, oui tout s’endort à la fin.

Amadéo Venturi


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Je le savais

 

                                               Je le savais une nuit d’avril plongé sans larme dans un cuir satiné regardant sans ruine ma mémoire sur écran s’envoler vers la grande muraille s’entonner d’un vent perlé de nuages

                                    Je le savais peu

              C’est loin les larmes quand on cherche l’abri des charmes

 

                                       Loin de tout coeur au fond calé du silence

Et d’une perle nue le battement du rêve


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Nue branche

 

Nuit blanche où sur la branche ou sur l’aube passée quand papier se meut dans l’ombre comme un ciseau sur le sel marquant d’un cri le talent d’or ou d’argent qui se pose en parole

Nuit branche au panier de papier si je me plie à toi mon désir mon amour mon souvenir

Effacé ?

              Et Satan prenant le rire entre les espaces où tout se nid sur l’arbre sur les noeuds du délire

                                          Ô que cri !

             Sur la plage elle entonne à partir

Sur chaque grain de sable mica noir se cachant mal car il brille oui tant à y faire ô lieu de ce temps qui ne l’efface pas non le pousse et le polit comme la feuille se tisse hors de l’arbre et sur le bord de l’hêtre

                                             Nue branche, nue blanche, nue noire quel est donc le fin mot du festin le vain mot du vilain qui se mure

Et c’est lâche et c’est l’age et c’est l’amour déraison au fond des intimes qui remet tout en ordre non différent mais déférent ôtant avec pudeur et respect les clous qui ont figé là toute possibilité d’ode mouvante

                              Mais alors oui quel attrait restait-il à la vie ? Avant…


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Combien…des mots

 

Combien de coeurs pour quelle cause combien se lèveront avant qu’il cause ou après qu’il ait tué qu’il soit hué qu’il soit hurlé parmi les mots

Combien tu parles le matin quand je prends mes mains dans les yeux combien de fois je prends avec mes poings qui donnent plus d’épaisseur à mes mots

Combien de coeurs parmi le mien pour s’enterrer dans le jardin des ombres et qui pourra enfin me dire combien de temps met un baiser pour mourir ou pour pourrir encore des mots

Avant que j’en redemande dit-il avant que je me rassemble dit-elle mais où se creuse le mensonge dans ces mots

Le miroir est fidèle dit-il ta vision infidèle dit-elle dit-elle encore oui que des mots

Avant qu’elle s’avance dit-il fourmillements de citrons sur ses dentelles dit-elle mais où se pose la distance entre ces mots

J’ai vu des sources des lionnes des maisons où se posent le fantasme de nos coeurs dit-il mais dans quelle avenue passerai-je le feu ensuite dit-elle mais pourquoi trop dire ce ne sont que des mots ces mots

Y a-t-il d’autres vents que l’amour pour y fournir la petite tempête des corps la petite tornade des coeurs ou le grand cyclone des duos mais ce ne sont encore que des mots


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Plus

 

Lutin

 

J’veux plus parler

j’veux dormir

j’veux plus rêver

je veux fuir

ne plus rien dire

juste partir

en fumée

 

J’veux plus rester

j’veux plus songer

j’veux plus vomir

ni même en rire

car c’est le pire

cette fin d’empire

la ruée

 

sur l’air d’affaire classée de Daho

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Je suis né là

Sixio Rolando Cyril

Je suis né comme si j’étais un autre comme ma vie s’efface après l’autre je ne suis qu’un ange à moitié habillé je pleure sur les plumes que j’ai perdu et si j’aime j’aime tant

Je suis allongé sur un sol carrelé sur la neige une autre fois et là-bas aussi je pleure je suis né et sur l’aube je ne vois qu’une chose tu n’es pas là

lalalala la la lala lalala lala la là

Je chante dans les éclairs et la nuit avant que l’heure apporte la pluie que les nuages lentement se posent à mes pieds et commencent à me conseiller monte pas sur moi je supporte pas l’humidité de tes mots

Regarde l’or il fait face et comme d’habitude il brille même s’il est un peu plus terne que moi je pleure et je cajole tes mains avant l’aurore que je demeure couché à tes pieds mon image à la tête percée et loin je vogue

Moi le petit homme de boue

Qui se ventre isolé se maudit parfum de l’eau qui boût ou là encore trainant la bouteille derrière sa tête crie à tue tête ” où se cache le nid ! go sur les escabèches, les roturières, les hauturières, les salmigondis, les marchandes de peau, les rivages cloutés, les hypocrites aux seins sourds recouvert de lin lourd, on ne mélange pas on ne regrette rien, non rien de rien, la vie qui veut ça, ce regard, la femme qui s’envole, le petit oiseau le paradis, l’épaule-tatoo, la lune dans le caniveau, le cri qui parle encore plus haut, le soulagement du fléau, le baiser avant le tombeau, tombe, tombe, tombe encore tombe ô tombe !”

Mon arbre se lève tel un inconnu se rue vers un univers ainsi nu se course seul ensuite le chapeau bas sur le ventre lui aussi mon arbre ce tel inconnu s’est vu presqu’éteint par la nuit qui venait enlever là quelques baisers de mes bras allongés sur lui

Mon arbre cet homme incongru qui se tient sur un fil ténu se tait enfin quand le sommeil me vient l’eau sur laquelle je prends songe étire sa vague opportune le vent aussi saisit l’instant et se détourne de moi

Je dormirai seul tandis que là né je suis comme tant d’autres marcheurs du val


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