Jean Pérol

Né en 1932 à Vienne, Isère
Vit en Ardèche

roman, poésie

Enfance et adolescence dans le Sud-Est de la France.
Études supérieures à Lyon.
Part pour le Japon en 1961, où il résidera plus de vingt ans, à Fukuoka et à Tokyo. Il en reviendra en 1989. Deux ans également de séjour à Kaboul, en Afghanistan, deux ans en Louisiane à la Nouvelle-Orléans, et deux ans à New York.
A collaboré à la « N.R.F. », aux « Lettres françaises », et au « Magazine littéraire ».
Membre de l’Académie Mallarmé depuis 1998, et du Prix de Poésie Roger Kowalski de la Ville de Lyon.
Prix Mallarmé 1988 pour « Asile exil » et l’ensemble de son œuvre.
Prix Au.tr.es 1998 pour « Un été mémorable ».
Vit actuellement en partie en Ardèche, en partie à Paris. J.P.

Le soleil se couche à Nippori. Editions la Différence. les premières pages à lire

600 pages d’une écriture puissante, poétique, sans être de la poésie, violente, passionnelle autant que pulsionnelle. Le Japon au coeur de toute une vie de passion, passion de l’asie, passion pour une femme Eiko, passion pour d’autres femmes, pour un peuple qui se reconstruit, qui se veut toujours ancré dans son passé culturel si riche. Le héros, double de l’auteur, parcourt les cinquante dernières années, arrivant pétris de déceptions sur un communisme qu’il a adoré comme tant d’autres à cette époque.

 

C’est un absolu d’histoire, un conte cru, celui d’un homme face à une époque, face à lui même, face à l’horreur qui est partout dans l’histoire et dans tous les pays, France, Chine, Japon, tous ces morts du siècle qui viennent siéger dans ce livre, dans cette époque crue. Du personnage l’errance dans un amour puissant m’a vraiment frappé, un amour tel on ne peut que le perdre et finalement jamais le perdre, tout est si définitif que cela en devient bref et éternel, le paradoxe est mené de main de maitre par Pérol, et je pense quand à moi que seul un poète pouvait poser autre chose que des mots avec des mots.

Si je dis que ce livre est un nécessaire, un absolu à lire, à ingérer, à ne pas comprendre surtout mais à absorber comme on prend les coups et les caresses, en plein corps et en plein coeur. A lire, à relire.

 

extrait du site de Pierre Perrin :

 

De l’homme, Pérol dit encore – après Un été mémorable (Gallimard, 1998) – la violence et la couardise mêlées, le rapt et le rut, le saccage, le sac et la cage, oui, le courage et le carnage. Carnage contre des pilotes américains, par exemple, et puis courage contre des dauphins pris au piège, scènes où crisse la chair à vif et le cœur vous fault. Où est le mal ? C’est la nécessité de vivre en société et, dans cette société, que chacun veuille dominer. Vieille antienne, mais toujours à l’œuvre. Et Pérol de proposer par exemple cette réflexion, là encore, inouïe : dans l’ouvrier de la onzième heure de la Bible, il y a encore classement. Les premiers seront les derniers ! La compétition est retournée, mais elle reste capitale. La domination rugit encore. Autre paradoxe, parmi cent que réserve ce livre qu’il faudrait dévorer toute affaire cessante : « Les chansons populaires disent avec leur peu de mots ce que nos philosophes savants n’arrivent jamais à dire. »Et plus haut que tout peut-être, en ces temps de légèreté, l’image de l’amour que quelques femmes inoubliables incarnent dans ce livre. L’érotisme de Pérol, poète, est puissant. Il irrigue nombre de pages de ce roman. Il ondoie, il rutile, le sexe qui fend la vie, dans une sorte de parousie. « Sa peau, excessivement de soie, excessivement de satin, partout, de ses seins ronds tenus, pointes longues debout, à l’intérieur de ses poignets fragiles, jusqu’à la pliure si juvénile de ses genoux, s’était incendiée. » Cette attention à l’autre, qui est le b-a-ba, court par tout le livre. Pour autant, que l’autre s’efface ou soudain disparaisse, sur qui pleure-t-on ? Sur soi, surtout, seul. Et on reconnaît bien là le classicisme qui sous-tend cette pensée. « Les mots sont toujours bêtes devant les miracles. » La passion, Jean Pérol la connaît et la fait partager avec une force qui vous emporte à sa mesure : « Car il n’est d’amour que celui qu’on subit, dont on ne peut s’échapper, et dans lequel, dans son retirement, nous devenons enfin libre. » Et enfin, tandis que l’amour libre ignore l’amour et que le libertinage ignore la liberté, « aimer vraiment, c’est donner à l’autre sa liberté ». Quoi qu’il en soit, personne n’appartenant à personne, l’histoire d’amour avec Eiko tient de l’éruption vocanique sous-cutanée, des déluges du désir, de la canicule aussi. C’est la tempête, nocturne et diurne, l’évidence et les mystères dans leur jeu de lames et de l’âme, un long apprentissage du bonheur qui ne se conçoit qu’à l’entour des fulgurances mais en englobant l’attente, l’instant éternel et le souvenir jusque dans ses brisures.

Ce livre est essentiel. Il réconcilie avec la vraie littérature, celle de Gracq, de Tournier. Celle qui fond la boue humaine avec l’or du style, et qui devient rare. Un vrai bonheur est là, sous chaque page du Soleil se couche à Nippori, un chef d’œuvre.

Article [octobre 2007] à paraître dans La Nouvelle Revue Française, en janvier 2008

2 réflexions sur « Jean Pérol »

  1. Merci tout plein Pant … beaucoup plus que ce que je désirais tes mots ici au sujet de ce livre … Passage que j aime bien entre autres … « aimer vraiment, c’est donner à l’autre sa liberté » … !!!
    Donc dans un temps … quand j aurai ce temps(sourire) je ne manquerai assurément pas de le lire à mon tour … !!!
    Baiser …

  2. Bel hommage ! Et les mots si obstinément stupides face aux miracles certes mais si nécessaires pour en témoigner …
    « Car il n’est d’amour que celui qu’on subit, dont on ne peut s’échapper, et dans lequel, dans son retirement, nous devenons enfin libre. » Libre d’aimer encore sans doute, nous ne restons prisonniers que de nos propres prisons et « aimer vraiment, c’est donner à l’autre sa liberté » oui liberté pleine et entière et prendre la sienne ..
    J’ai écrit à quelqu’un récemment et curieusement puisque je retrouve cette phrase là, elle n’est pas originale d’ailleurs, que « Personne n’appartient à personne » et c’est si vrai, si terriblement vrai parfois car nous aimerions finalement assez appartenir à quelqu’un non pas pour en être prisonnier mais pour avoir cette impression illusoire de ne jamais être seul alors qu’au fond nous le sommes définitivement même accompagné !
    Le chemin est solitaire quoiqu’on en dise, quoiqu’on espère et n’est-ce pas bien ainsi ?
    Merci Pant, poète aimé
    cat

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