Poiein

« La poésie est marquée par l’oralité et la musique de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l’utilisation des vers, et d’effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d’abord destiné à être entendu plutôt qu’abordé par la lecture silencieuse.

Placées sous l’égide d’Orphée et d’Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l’harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l’ordre et l’apaisement apolliniens qu’explicite Euripide dans Alceste :  » Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d’Apollon l’adoucit et l’apaise  » et la  » fureur dionysiaque  » qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l’on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l’Antiquité grecque.

En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose l’important est le « signifié », elle a un but  » extérieur  » (la transmission d’informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie  » avancer « . En revanche, pour la poésie, l’importance est orientée vers la  » forme « , vers le signifiant, dans une démarche  » réflexive « , symbolisée par le  » vers  » qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se  » renverse « ) que l’on peut représenter par une spirale.

La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu’il démultiplie le signifié : l’enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme  » poésie  » qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L’expression poétique offre cependant au cours de l’Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

L’invention poétique produite par le jaillissement de l’inspiration et la connexion privilégiée du poète avec l’indicible qui le conduit au delà du prosaïque repose également sur la maîtrise technique des formes savantes, et les poètes ne cesseront de débattre de l’importance relative de ces deux composantes. De fait, l’écriture poétique réside dans l’enrichissement du matériau linguistique complet, en prenant en compte à la fois le sens et le son, d’où une mise en page spécifique (le plus souvent), une densité particulière des mots avec des procédés de mise en valeur et d’expressivité, et une prise en compte des rythmes et des sonorités.  »  wikipédia

Le Charme, alliant langue et musique, scandant, arrangeant l’ordre naturel pour poiein un autre articulé du regard et du coeur, car ce n’est qu’une vision du coeur, un voyage intérieur qui surgit. La magie primitive vient toujours du voyage, puisant dans ces racines chamaniques, l’ultime ailleurs qui est soi, l’ultime dit qui est à dire, à poiein.

Le soin au signifiant oui bien sur, car c’est lui qui fera le signifié, « manipulez vous dans la haine, dépecez vous dans la joie » ce vers de Thiéphaine, s’exerce d’abord sur soi dans tout processus créatif. la création c’est d’abord un rapport charnel, carné même avec soi, pour hameçonner une part vive, ou encore vive un peu, et la mener au monde. Jaillissement ? oui là cette chair devient pensée rivière onde fluide et se pare au contact de l’air de la magie du Charme. et ceci je suis plus dionysiaque qu’appolinien, j’apporte le chaos intérieur, tentant d’y mener un ordre, mais ne sacrifiant jamais le chaos, non, il a sa raison d’être, plus que la Raison n’a d’êtres qui la portent.

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