Mon blues

L’horloge indique vingt deux heures trente, mais elle est en avance. Elle s’erre, elle pointe l’aiguille vers l’au delà, coincée sur un peut-être, un soupir, une envie, d’être là bas avant de partir, d’abandonner, de poser les mains pour ne plus les reprendre, de se savoir nue pour se vouloir encore plus.


Le chien aboie et on laisse, on laisse cette chaîne accrochée pour ne pas avoir envie de pardonner le geste, une morsure, vrai que souvent on l’abat ce chien, vrai que souvent on le méprise, on le hait, on le maudit, on le guide même de soi vers un ailleurs sanglant, on oublie la juste dose, à moins que non, souvent celle-ci prend la forme du poison, et là au moins on est quitte, on se quitte, on se lâche, on saborde et on tonne moins, un orage qui a pris la fuite, un autre oui, tempêtera ailleurs sans toi, laisse en un peu d’être aux autres, laisse.

L’écrit comme colère, ça a souvent de la saveur oui, mais perd tant en sens, perd tant pour ne rester que salive au bord des lèvres, et au bord des mots ça brûle, alors que moi je préfère que ça brume, oui sûrement une autre mode pour les cendres, mais ça reste encore dans la grisaille. L’écrit sans saveur devient-il sans valeur ? Peut-être pas à moi de le dire, je ne sais, et puis ça donnerait encore une autre vision sur mes mots, à juste titre, encore que je vois pas quel titre poser sur ces mots, mots supposés, mots dits, mots qu’on respire ou qu’on souffle, mots qu’on délire ou qu’on souffre, on se dédie, on se précise, on se vaut, on se prépare à la dédicace, souvent dans les larmes, mais pardonne-t-on un jour ? Une heure ? Une minute ? Non je ne pense pas, je suis au bord des sens là, au bord de ce qui secoue, sous la coiffe, dans le silence qui exhale plus que les cris, une mauvaise haleine, une mauvaise histoire, une mauvaiseté, mais non. Que des mots, sans coeur, sans méfiance, sans vérité, mais aussi avec, avec et sans, comme si c’était parfois la même chose, cette chose qui tient le moment, ce souffle qui guette à coeur, qui ne se prend pas à pleins poumons, et croyez moi le souffle c’est une affaire sérieuse.

Elle s’erre, et me fait toujours mal, cette respiration, cette histoire, ces mots, qu’on reprend sans cesse, pour la finir, la terminer, mais terminer doit-il faire du terminator à tout point ? Semble que je ne peux changer, que je sois figé dans un malaise, dans une pénible erreur, que le temps se soit arrêté un soir, et que plus rien ne me soit possible.

Étrange et froid, si froid, trop trop froid, que ça me gèle encore par moment. Mais en outre à écouter Ben Harper et les Blind Boys of Alabama, je ne peux que porter moi aussi mon blues, mes chaînes et rêver tant et tant à un avenir où je serai libre, enfin.

Et là je retourne chanter avec eux, l’ailleurs vers le ciel, libre.

P.07

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5 commentaires

  1. Marlou dit

     » Semble que je ne peux changer, que je sois figé dans un malaise, dans une pénible erreur, que le temps se soit arrêté un soir, et que plus rien ne me soit possible.  »

    L erreur est humaine … qui peut prétendre ne jamais avoir fait d erreur … car tous et chacun quel qu il soit n est que simple humain … !!!

    Tout simplement … sur toi … Pant … !!!

    Souffle de liberté …

  2. Cat 2 dit

    Ton écriture a tant de visages … jamais d’eau calme … on voyage au gré de vague à l’âme que l’horloge partage avec toi… au gré du souffle qui te domine ou se soumet.
    Cet écrit est fort de douleur.
    Pourtant l’espoir est présent des les premiers mots… « le temps » …. même si ce dernier est certainement la plus grossière erreur de notre monde…
    Ici, l’impression que ton esprit est dans le vide … aspirant à ce tombé qui marquerait la délivrance … le soulagement … ce que tu vois tel une liberté… mais ton âme … tes mains sont accrochés à l’écriture … tout est dans ce vide, ce trou noir sauf cet « être » qui pourtant pèse si lourd dans le vide … ET ce trop plein de regrets … de n’avoir su, ne pas savoir et cette peur de ne pas savoir demain…
    Va savoir pourquoi j’y lis tant de peur …
    Et y’aurait tant à dire sur cette colère que tu lui dédies …. à Elle … qu’elle soit femme ou vie …. Elle est dans ton miroir … et c’est toi que tu vois et que tu craches dans tes mots … cette impression que « tu te colères » …
    L’erreur du lecteur c’est bien celle de chercher à interpréter … il a le droit de s’approprier des émotions, de les faire siennes … voire parfois d’arranger à sa sauce la définition des mots offerts, de plonger en plein coeur d’un écrit, de s’y noyer… mais surtout ne pas tenter d’interpréter ce qui a guidé l’auteur à écrire ….
    Je suis en plein dedans … dans l’erreur …. cet même erreur me mène surement à une très mauvaise interprétation de surcroit! … mais j’ai voulu jouer la carte de la transparence …
    Et j’avoue rougir là … ( sourires ) …. heu, tant pis … je valide et j’assumerai la longueur erronée de ce com.
    Envie de déposer un banal « ça ira mieux demain » … Le blues … c’est comme l’eau …. ça vogue …. ça vague … ça divague … mais tant qu’il nous mène ou nous laisse à bon port, il se boit et se sèche après.
    Et un bisou de « pardon demandé » pour toutes mes erreurs dominicales 🙂

    Cat ….. 2

  3. pant dit

    Tout est interprétable, bien sur, tout, la vie c’est sous les yeux de chacun qu’elle prend un sens, un sens unique avant de devenir un jour après réunion, sens commun ou mythe ou légende, ou néant…l’écriture c’est un peu la même chose, en pire peut-être, car tout est dit dans les mots et rien n’est dit, et pourtant ça peut faire plus de mal que de bien et inversement, mais c’est un peu comme les chiens, quand on les lâche, on ne sait jamais ce que va donner l’effet de meute, ça peut te revenir dessus, te sauter à la gueule, et l’auteur n’est pas plus à l’abri des dégâts que le lecteur, car une fois écrits les mots sont libres, oui eux sont libres à défaut de moi ou de nous. Et oui aussi, le blues ça passe, ça tache mais ça passe.Et suis je humain ? je crois que cela mérite d’être posé, du moins dans mon coeur…

  4. lutin dit

    « Elle s’erre, elle pointe l’aiguille vers l’au delà, coincée sur un peut-être, un soupir, une envie, d’être là bas avant de partir, d’abandonner, de poser les mains pour ne plus les reprendre, de se savoir nue pour se vouloir encore plus. »

    Oui après les mots sont libres à défaut de nous, il ne suffit pas de les offrir pour trouver cette liberté, mais cette liberté d’expression qui nous est permise peut aussi nous déchaîner du poids de ce besoin de dire.

    Ce texte est fort là est le principal, atteindre son but.

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