Sal(i)ves.

Carl, Carl, les vers poétiques d’Anatoly sont aussi des verres de
vodka en trop, autant de vers au cercueil et ils ne luisent pas :
ils enlisent. Et moi que je te lise ou que tes lettres de travers(e),

tes l’être en é-moi me lisent, je suis transpercée detoute part,
armure en passoire, essorer les trouées des salves,
c’est un tambour au ralenti : mon qu’heures, juste une question
d’air.
Se soûler, c’est pas la mer à boire, c’est un encrier d’écumes
salées à buvarder, à imprimer, photocopier. Se soûler en criées
pour vendre du poisson mort et quand tu te soûles et quand tu
cries : vent sur l’étalage. Je frétille encore, je tremble qu’un
proxénète m’arrache à toi. Car je n’ai que ton souvenir quand
les couteaux m’ouvrent les cuisses. J’imagine le tien qui se
glisse qui se sous vient en moi quand je prend ton mât ta quille
entre mes deux voiles d’aurore, quand mes eaux mouillent ce
corail jusqu’aux vagues qui nous frissonnent les nuques. Je
ferme toujours les yeux quand l’algue fouille mes sables. Je lis
mieux les mots braillés en aveugle qui me pénètrent en
haletant. Pénètre peine être peine naître jusqu’aux fonds
marins. J’accouche de tes encres quand tes mots m’ont salivés
de jaillissements blancs, des maux de pages vierges que tu
n’arrives pas à écrire.
Les couteaux continuent à me prendre. Une femme à la guerre,
c’est une huître qu’on suce et qu’on gobe. La guerre d’une
femme se passe allongée sur un matelas pouilleux, accroupie
sur un soldat en miettes, cravachée aux poutres de la folie, un
corps pris de mille côtés par des mitraillettes en mal de se
décharger et qui peinturlurent la nuit d’étoiles blanches déjà
mortes. Une femme à la guerre mais je ne suis pas une, je suis
la, là, lasse aussi. Pourtant à chaque langue qui perce ma
coquille, je pense à toi, à ce que ça a été, ces seules fois qui se
sont écrites sur mes parois. Ce sont des hiéroglyphes pour une
illettrée comme moi, mais j’ai leur secret au creux de mes
reins.

Im Rhein fließt ein Geheimnis. Die Nibelungen schützen den
Schatz im Nebel des Vergessens. Der Drache ist schon längst
tot. Unterirdisch lieben sich ein Fürst und eine Gräfin.*

Tu comprendras aussi bien que moi ce que la vieille tzigane
marmonnait quand elle regardait ailleurs avant qu’une nuit
ferme ses paupières et qu’elle mélangeait toutes les légendes.
Elle écrivait la nôtre, je crois.
Penses-tu que les mots et les maux soient le revers d’une même
médaille, le recto verso d’une feuille ? Et si la feuille était un
buvard ? Si tout cela n’était que veinures d’une même encre sur
la page ? Peut-être te serait-il plus facile d’écri(e)re ? Rappelletoi
comme deux étaient un, comme nos langues à corps se
nouaient dans une seule et même salive malgré les fusillades !

Sara H.

* allemand : Dans le Rhin flotte un secret. Les Nibelungen
protègent le trésor dans les brumes de l’oubli. Le dragon est
mort depuis longtemps. Sous terre, un Prince et une Comtesse
s’aiment.

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