Eau s(o)ur(de) ma p-eau sur(e).

Sara ? Oui c’est moi encore que en corps queue de singe ou
d’homme qu’importe, il y a une racine entre mes jambes, des
milliers de rhizomes qui me retiennent de leurs dents
carnassières qui m’accrochent et me badigeonnent de venin. Je
ne sais pas qui de toi ou de moi a l’oiseau en cage, mais à quoi
bon ces barreaux qui se resserrent et m’oppressent ? Cage dans
le ventre, là où tu as planté des restes de toi, sous la robe bleue
maculée de sang, cent taches, giclures sous la hache et tant de
raclures de vie qui s’arrache. Cage en page, le bleu ecchymose,
c’est bien ton encre et le pourpre croûteux, la marge d’un
horizon à la verticale, une veine, une ligne qu’on vide de son
sans. Oui sans parce qu’il n’y avait rien au départ, un néant, né
en (… POINTS DE SUSPENSION / PHRASE AVORTÉE …)
Juste une feuille gonflée de moustiquaires blanches, un vent
marin et des brumes d’un gris bleu, un peu triste, un peu
neutre, comme quand la mer pleure en silence sur le sable. Je
crois que tu n’as pas compris que mes ailes n’étaient ni celles
d’un oiseau, ni celles d’un phalène. Je ne suis pas fille de l’air
mais fille de l’eau.
Si je suis un ois-eau, je ne suis pas en cage mais ancrage, un
vol à t’île (vole-t-IL, ce toi des lointains ?) pris au piège des
pétroles bourbeux. Une coque de bombe m’a écorchée, égorgée
les ailes : je suis l’elle arrachée.
Mais je suis plus un poisson qui peut perdre un S à tout instant,
un poisson volant qui s’est brûlé les nageoires dans le souffle
sulfurique d’un geyser de gaz. La guerre m’a mise dans une
cage de verre : un bocal ou un ascenseur, c’est selon la
métaphore de la bouteille à la mer, ça dépend du message. Le
bocal comme un scaphandre qui prend l’eau, coule et s’écroule
dans les fonds marins. L’ascenseur comme une cube métallique
de gratte-ciel qui se gonfle d’air à tire d’ailes et ne sait plus
s’arrêter (il n’est pas poisson, je le rappelle) et qui secoue ses
plumes comme Mme Holle pour effacer ses traces. À chaque
virage ou à chaque étage, c’est selon, la vitre s’ouvre sur le
même scénari-eau : des torrents de larmes toi rend l’arme et
tcccccccchhhhhhhhhhh ça tire, ça brise et je baigne dans les
éclats, les tessons.
Entre poison bleu et poisson rouge, il n’y a pas tant de
différences, juste quelques déchirures de papier entre deux
plumes qui se froissent pour un mot. Métamorphose quand ose
la forme à l’extrême de soi. Gregor était cafard, je suis poisson
pourri, hareng saur, sardine éventrée, entrailles répugnantes,
écailles gluantes et yeux globuleux. Si tu avais vu mes cheveux
méduser le long de ma taille et mon ventre se baleiner et ma
pupille répandre des planctons… mais c’est trop tard, on m’a
résillée comme un bas de fille de tristesse (car où est la joie
dans jouissance ? Les deux premières lettres ne me suffisent
pas !), on m’a résillée dans le filet et je suis en train d’agonir
dans le bocal. J’ai ses algues qui me blessent et me coupent
quand je tourne en rond. Mais moi je me souviens de tout (j’ai
une mémoire d’éléphant de mer), le film est triste dans sa
boucle et je voudrais qu’on coupe la bobine pour un écran sans
éclaboussure.
Je rêve mais mes bulles sont ternes et s’évanouissent quand les
cordes d’Anatoly rouillent les notes de l’aube. Je rêve quand on
écrase encore dehors des corps et des carcasses de cancrelats,
les chenilles punaises nos ombres. C’est le règne des ventres
plats et pourtant à l’intérieur un orage gronde et enfle nos
chairs, Carl, oui, nos chairs d’une nuit corps en corps.
Sara H.

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