Elle la rive

La rive est loin
c’est aussi revenir et les mots
vers ce vieil Empire
mais que cachent nos mains
si aile lance comme des ides et
mes audaces
pour mes eaux rases
quelle mal a dit ce silence
c’est l’hôpital qui repousse ma voix

La rime est là
car s’enliser c’est mon chemin
loin au loin
comme les six mots là et là qui se posent presque
j’ai de l’eau Dace même si la Grèce n’y est plus
que j’ai perdu le souffle et que je m’exaspère

Alors auquel tango vais je m’abandonner
celui qui passe ou celui qui parle des miens
j’en aurai les miettes de sa faim
même si elle m’use en tentant de m’araser

Quel est donc cet idiot si ce n’hait moi
qui se neige et se mouille comme un soldat
loin de sa toile tendu pourtant

Vers quel hôpital mes doigts se vautrent
et dans quelle famine ma faim me porte
tu voulais que je les excuse que je leur pardonne
mais même si je peux et je le sais là ça me saigne
pourtant je l’ai fait avant de poser ces doigts

Vers quel temple se transformera cette tombe
mourir n’est rien quand on perd ses mains
sa mémoire ou ses dentelles
et que l’on sait vers quel tempe tendre un baiser
si ce n’est que le mien.

Pant 2006

Les scléroses…

Je remarche oui parfois sur des baumes lourdes
c’est pas vraiment la place
mais les torrents de mes poumons qui sentent le gouffre
tendent à se bloquer sans fin

Je remarche oui remarque même si deux mains
rien de plus
à se suffire sur tapis vieillis de l’Empire

Rein ne vient plus tout s’égare dans la fumée par nos organes
que silence il reste à mécaniser comme à mec à nier sur la pensée qui
tremblements apparents se laisse attacher parce que couvrir n’est plus le moment

Mais pourquoi parler de marcher quand c’est l’incendie qui inonde
maintenant on le laisse aller comme les flammes placées pour qu’il s’envole oui coté texte tonique on a vu de meilleures plaques voire ici dans la sclérose même si imparfaite quoiqu’elle ne tue qu’à peine elle use elle ruse ses tremblements glaçants avant l’heure l’usure de la myéline mais je sais oui d’autant que dans mon sang peut-être elle se terre comme une nouvelle planète cette amyotrophie qui se targue de latéralité la théâtralité ou se gomme nos corps pour ne laisser que soif à la vie sans même pouvoir encore goutter le sang qui transe porte vers l’audace du néant nos espoirs.

Je remarche oui parfois sur des baumes lourdes
c’est pas vraiment la place
mais les torrents de mes poumons qui sentent le gouffre
tendent à se bloquer sans fin

La théâtralité ou ceux qui si gomment nos corps pour ne laisser que soif à la vie à la mort dans des instants qui mordent ou mortent même et surtout si cela ne se dit quand cela se vit et se voit au passé comme au présent le futur n’étant même plus un point de suite et sans même pouvoir encore goutter le sang qui transe porte vers l’audace du néant nos espoirs nos espoirs à pocher dans l’eau chaude quand on sucre oui pas que les fraises,

Je remarche oui remarque même si deux mains
rien de plus
à se suffire sur tapis vieillis de l’Empire

Rein ne vient plus tout s’égare dans la fumée par nos organes
que silence il reste à mécaniser comme à mec à nier sur la pensée qui
tremblements apparents se laisse attacher parce que couvrir n’est plus le moment

Pant 2006

www.unisep.org

D’entre les En fers …

Sous les vers, en pan de soleil

Comme en sus, s’épanouit l’intransigeance de nos raisons, et là l’abomination des limbes, en internement solitaire de nos maux sades, de nos mots solée, ineffaçables

Comme du reste, à la lisière des déserts, les sables rouges en feu crevaient nos yeux arides et aveugles.

Comme aussi, en mélopée lancinante et hurlante, nos fantômes, se réveillent en cliquetis chaînés

Torpeur au vent madré, et la Parque et aussi les ombres

Insouciance au vent puant et relevant la fosse, l’odeur qui en revient hisse le cœur à fleur de bouche, désole, désole, grimant ton front de benzol et d’exil.

Comme air momie, y a que ça à détruire, y a que la vie qui s’languisse, la souffrance des troupes en faillite sur la lame harponnée et les mains, rongées gant grène, comme les reins, et le son des talons assourdis, qui s’éteint, s’étreint, comme l’espoir qui s’enfuit, s’en finit …

Et la rancœur gloutonne qui s’amplifie, je ne souhaite pas t’y rencontrer, c’est un banquet fétide, les si nuances de la vie qui se tire hors temps de la mort lâche qui s’annonce, je voudrais tant espérer que tes rires éclatent en couleurs et attendre, attendre, oui que mes doigts agrippent l’aurore. C’est ainsi, au loin, c’est ainsi en moins, les cœurs envahis de détresse m’étreignent et je me noie en fin, et je perçois les froids liquides de ma dépouille putride, en effroi, et les chimères qui se régalent alors du tant de vide, en immolare, et lui, comme seul choix impie, gémit devant les vers au pied de la stèle.

Cat à Carl – Sous les chenilles, ma part d’ombre

2006

Sal(i)ves.

Carl, Carl, les vers poétiques d’Anatoly sont aussi des verres de
vodka en trop, autant de vers au cercueil et ils ne luisent pas :
ils enlisent. Et moi que je te lise ou que tes lettres de travers(e),

tes l’être en é-moi me lisent, je suis transpercée detoute part,
armure en passoire, essorer les trouées des salves,
c’est un tambour au ralenti : mon qu’heures, juste une question
d’air.
Se soûler, c’est pas la mer à boire, c’est un encrier d’écumes
salées à buvarder, à imprimer, photocopier. Se soûler en criées
pour vendre du poisson mort et quand tu te soûles et quand tu
cries : vent sur l’étalage. Je frétille encore, je tremble qu’un
proxénète m’arrache à toi. Car je n’ai que ton souvenir quand
les couteaux m’ouvrent les cuisses. J’imagine le tien qui se
glisse qui se sous vient en moi quand je prend ton mât ta quille
entre mes deux voiles d’aurore, quand mes eaux mouillent ce
corail jusqu’aux vagues qui nous frissonnent les nuques. Je
ferme toujours les yeux quand l’algue fouille mes sables. Je lis
mieux les mots braillés en aveugle qui me pénètrent en
haletant. Pénètre peine être peine naître jusqu’aux fonds
marins. J’accouche de tes encres quand tes mots m’ont salivés
de jaillissements blancs, des maux de pages vierges que tu
n’arrives pas à écrire.
Les couteaux continuent à me prendre. Une femme à la guerre,
c’est une huître qu’on suce et qu’on gobe. La guerre d’une
femme se passe allongée sur un matelas pouilleux, accroupie
sur un soldat en miettes, cravachée aux poutres de la folie, un
corps pris de mille côtés par des mitraillettes en mal de se
décharger et qui peinturlurent la nuit d’étoiles blanches déjà
mortes. Une femme à la guerre mais je ne suis pas une, je suis
la, là, lasse aussi. Pourtant à chaque langue qui perce ma
coquille, je pense à toi, à ce que ça a été, ces seules fois qui se
sont écrites sur mes parois. Ce sont des hiéroglyphes pour une
illettrée comme moi, mais j’ai leur secret au creux de mes
reins.

Im Rhein fließt ein Geheimnis. Die Nibelungen schützen den
Schatz im Nebel des Vergessens. Der Drache ist schon längst
tot. Unterirdisch lieben sich ein Fürst und eine Gräfin.*

Tu comprendras aussi bien que moi ce que la vieille tzigane
marmonnait quand elle regardait ailleurs avant qu’une nuit
ferme ses paupières et qu’elle mélangeait toutes les légendes.
Elle écrivait la nôtre, je crois.
Penses-tu que les mots et les maux soient le revers d’une même
médaille, le recto verso d’une feuille ? Et si la feuille était un
buvard ? Si tout cela n’était que veinures d’une même encre sur
la page ? Peut-être te serait-il plus facile d’écri(e)re ? Rappelletoi
comme deux étaient un, comme nos langues à corps se
nouaient dans une seule et même salive malgré les fusillades !

Sara H.

* allemand : Dans le Rhin flotte un secret. Les Nibelungen
protègent le trésor dans les brumes de l’oubli. Le dragon est
mort depuis longtemps. Sous terre, un Prince et une Comtesse
s’aiment.

Eau s(o)ur(de) ma p-eau sur(e).

Sara ? Oui c’est moi encore que en corps queue de singe ou
d’homme qu’importe, il y a une racine entre mes jambes, des
milliers de rhizomes qui me retiennent de leurs dents
carnassières qui m’accrochent et me badigeonnent de venin. Je
ne sais pas qui de toi ou de moi a l’oiseau en cage, mais à quoi
bon ces barreaux qui se resserrent et m’oppressent ? Cage dans
le ventre, là où tu as planté des restes de toi, sous la robe bleue
maculée de sang, cent taches, giclures sous la hache et tant de
raclures de vie qui s’arrache. Cage en page, le bleu ecchymose,
c’est bien ton encre et le pourpre croûteux, la marge d’un
horizon à la verticale, une veine, une ligne qu’on vide de son
sans. Oui sans parce qu’il n’y avait rien au départ, un néant, né
en (… POINTS DE SUSPENSION / PHRASE AVORTÉE …)
Juste une feuille gonflée de moustiquaires blanches, un vent
marin et des brumes d’un gris bleu, un peu triste, un peu
neutre, comme quand la mer pleure en silence sur le sable. Je
crois que tu n’as pas compris que mes ailes n’étaient ni celles
d’un oiseau, ni celles d’un phalène. Je ne suis pas fille de l’air
mais fille de l’eau.
Si je suis un ois-eau, je ne suis pas en cage mais ancrage, un
vol à t’île (vole-t-IL, ce toi des lointains ?) pris au piège des
pétroles bourbeux. Une coque de bombe m’a écorchée, égorgée
les ailes : je suis l’elle arrachée.
Mais je suis plus un poisson qui peut perdre un S à tout instant,
un poisson volant qui s’est brûlé les nageoires dans le souffle
sulfurique d’un geyser de gaz. La guerre m’a mise dans une
cage de verre : un bocal ou un ascenseur, c’est selon la
métaphore de la bouteille à la mer, ça dépend du message. Le
bocal comme un scaphandre qui prend l’eau, coule et s’écroule
dans les fonds marins. L’ascenseur comme une cube métallique
de gratte-ciel qui se gonfle d’air à tire d’ailes et ne sait plus
s’arrêter (il n’est pas poisson, je le rappelle) et qui secoue ses
plumes comme Mme Holle pour effacer ses traces. À chaque
virage ou à chaque étage, c’est selon, la vitre s’ouvre sur le
même scénari-eau : des torrents de larmes toi rend l’arme et
tcccccccchhhhhhhhhhh ça tire, ça brise et je baigne dans les
éclats, les tessons.
Entre poison bleu et poisson rouge, il n’y a pas tant de
différences, juste quelques déchirures de papier entre deux
plumes qui se froissent pour un mot. Métamorphose quand ose
la forme à l’extrême de soi. Gregor était cafard, je suis poisson
pourri, hareng saur, sardine éventrée, entrailles répugnantes,
écailles gluantes et yeux globuleux. Si tu avais vu mes cheveux
méduser le long de ma taille et mon ventre se baleiner et ma
pupille répandre des planctons… mais c’est trop tard, on m’a
résillée comme un bas de fille de tristesse (car où est la joie
dans jouissance ? Les deux premières lettres ne me suffisent
pas !), on m’a résillée dans le filet et je suis en train d’agonir
dans le bocal. J’ai ses algues qui me blessent et me coupent
quand je tourne en rond. Mais moi je me souviens de tout (j’ai
une mémoire d’éléphant de mer), le film est triste dans sa
boucle et je voudrais qu’on coupe la bobine pour un écran sans
éclaboussure.
Je rêve mais mes bulles sont ternes et s’évanouissent quand les
cordes d’Anatoly rouillent les notes de l’aube. Je rêve quand on
écrase encore dehors des corps et des carcasses de cancrelats,
les chenilles punaises nos ombres. C’est le règne des ventres
plats et pourtant à l’intérieur un orage gronde et enfle nos
chairs, Carl, oui, nos chairs d’une nuit corps en corps.
Sara H.