LES TROIS SYSTEMES D’EDITION

Voilà donc un texte très intéressant de notre ami Jacques Herman sur l’édition , texte auquel je souscris aussi. La nouvelle édition est en marche portant en elle le meilleur du livre et du monde de l’électronique du présent.

Il semble que beaucoup de gens ne saisissent pas très bien la différence entre compte d’éditeur, compte d’auteur et compte à flux tendu. Il est vrai que ce dernier est tout à fait récent et qu’il n’existe que par et grâce à internet. Il paraît donc bon de clarifier un peu les trois méthodes de publication d’un livre aujourd’hui.

1. Le compte d’éditeur consiste à publier un ouvrage diffusé sur le marché selon des modalités variables et où l’auteur ne paie officiellement rien à personne mais est censé recevoir des droits d’auteur de la part de l’éditeur. Il existe aussi une pratique bien connue sous le nom des « 500 premiers »: l’auteur s’engage à payer de ses propres deniers les 500 premiers exemplaires de son propre livre et à toucher des droits de la part de l’éditeur à partir du 501e exemplaire. C’est une pratique que les auteurs ne mentionnent pas très volontiers, évidemment, mais qui est monnaie courante dans le monde de l’édition. En somme, une forme de compte d’auteur qui ne dit pas son nom mais qui permet à l’auteur de fanfaronner par le seul « prestige » du label d’une maison d’édition.

2. Le compte d’auteur procède d’une démarche un peu différente: l’auteur paie un concepteur, un imprimeur, un relieur, un diffuseur, etc. pour obtenir un nombre déterminé d’exemplaires du livre qu’il veut publier. Il est seul responsable de ce qu’il publie. Il ne dispose généralement pas d’autres moyens de diffusion que les bulletins de souscrïption, les annonces dans la presse locale, le dépôt dans des librairies déjà surchargées de demandes. Sans nom d’éditeur, sans ISBN, le libraire affiche généralement une certaine méfiance face à l’auteur-démarcheur. C’est d’autant plus compréhensible que n’importe qui a le droit, en démocratie, de publier à peu près n’importe quoi.

3. Le flux tendu est une conception entièrement nouvelle dans le monde de l’édition: l’éditeur existe bel et bien mais l’édition n’est ni à compte d’éditeur ni à compte d’auteur; elle est uniquement liée à la demande des lecteurs. L’éditeur fournit le nombre d’exemplaires souhaité au fur et à mesure des demandes qui lui parviennent. Il conserve dans cette perspective le « moule informatique » nécessaire, c’est-à-dire le matériel permettant d’effectuer des tirages nouveaux tant qu’on le sollicite à cet effet.

Le flux tendu n’engage donc ni les deniers de l’éditeur ni ceux des auteurs.

Notre ami Guy Boulianne est donc un éditeur dont la « raison sociale » relève de cette troisième catégorie du monde de l’édition. Il croit, comme je le crois aussi d’ailleurs, que cette voie s’inscrit dans une authentique perspective d’avenir. Mais nous savons aussi que les méthodes nouvelles ne s’imposent pas en quelques jours. Il se trouve encore parmi nos contemporains, des auteurs qui trouvent prestigieux de publier vingt-cinq pages de poèmes abscons sur papier vergé dans un recueil tiré à cinquante exemplaires distribués dans quelques cénacles ou alors de bénéficier, auprès d’un éditeur fameux, d’un tirage de dix mille exemplaires dont neuf mille cinq cents passeront irrémédiablement au pilon.

J.H. 27.01.06

voir pour la suite bien sur ici

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