Illiana

-Illiana !
Carl la prit par le bras, l’entraîne de suite au présent, chassant la simplicité de ce passé instant qui n’a pas suffit à autre chose qu’à une re rencontre,
-Illiana !
-Carl ! Que de longues heures et de jours sans se voir, et que lointain est le lieu dernier de notre dernier ensemble instant.
-Illiana, tu parles toujours avec autant de joliesse, la langue se doit de vivre et de bouger quand de nos coeurs ne remonte que du sang mal oxygéné, ma Illiana, regarde Anatoly, regarde elle est là en face de toi.
Anatoly laisse donc de joie un trille apparaître sur l’ombre de ses cordes, Anatoly saisit la valeur de l’innocence, la valeur pure d’un moment, une joie intense même si fugace au regard des cieux de cendres.
-Carl tu pourrais quand même me présenter sous mon vrai nom à ton ami, certes je suis toujours ton ile-liane, ta terre d’approche à défaut d’attaches, mais il me reste encore un patronyme qui m’honore d’autre chose que de l’anonymat.
Carl ploya son long corps en un geste noble et ancien, révérence madame, révérence. Anatoly je te présente Isabella Chamberlain-Waters, digne fille de la double blancheur. Anatoly ne te prive pas de jouer l’instant le vaut, et même si ce n’est pas un jour de cendres, tu peux jouer, tu peux même danser, tu peux même crier que l’on nous porte la meilleure vodka, ou même une bouteille de Gin en souvenir de la reine Guenièvre nous trinquerons bien tous!

Les bouteilles jonchaient le sol comme un second dallage, volumique, sacrifiant lui aussi au comique de la troupe attablé, et se bousculant entre les goulots quelques larmes pour étouffer la nuit, et se basculant sur les chaises, chantants à tue-tête, se basculant, trois silhouettes, trois ombres chinoisantes à l’unique lueur de la lune, « hécatante » de sang noir paré en ce non funeste et troublant moment.

-un tribunal
-un cauchemar d’hier isolé de la Loi
-un calendrier de Justice barré biffé
-un tribunal en hâte de tribun au coeur comme en ses mains de glace du soir au matin au matin
-Coventry !

Carl relève la tête, et se précipite en bouche:
-Coventry ? Triste lieu pour un tribunal autre que céleste… mais laisse remonter le souvenir Illiana, laisse remonter les cendres qu’elles se joignent aux nôtres, laisse les parler en brise et en vent comme la tempête de demain au goût d’hier…

Isabella prend donc son verre le lève et le vide sur la table moirant ses yeux gris sur les perles d’alcool, sa bouche pâteuse mâchant les mots comme l’émotion:

-Coventry dans les prétextes coule le texte
coule les mots lors d’une longue réunion au sujet d’Enigma les morts à compter
on décida
on décima
sur une table une trop longue table pour dessiner
une carte une trop courte table pour allonger les corps.
On n’y a laissé que les marques du corpus textuel que les traces des ongles griffant le bois dur
Coventry don que nos corps détestent
Et les lourdeurs des bombes fabriquent des cendres de masse
et l’étouffeur angels eyes aux nez couverts de boue
ainsi auront-ils oublié qui ils devaient protéger la vie
angels eyes forgive us

Anatoly Carl Isabella tous débouts trois ombres.
Et ensemble :
-Au souvenir !

Carl Jusek

quand le soleil te fait plisser les yeux c’est l’ombre qui se cache devant tes pupilles, quand le soleil au goût de la lune s’enflamme c’est pour brûler les traces de nos mausolées—–Anatoly Tchervenko

3 commentaires

  1. clémentine dit

    Le sang moire la terre elle-même, notre Mère divine à tous. Vêtue de ses haillons pourprés, cette mer de poussière se craquelle aspirant goulûment notre en-vie. N’entends- tu pas hurler les loups ? Ils approchent, je sens déjà la tiédeur de leur haleine.

    Les mains de la Terre s’ouvrent pour cueillir les petites filles au drap de lin rougi, drap de lits froissés, souillé d’un lait rouillé, à mère évidant un mamelon gercé et malade.

    La Mémoire est l’Histoire, celle de notre Terre, mille fois violée, mille fois écartelée.
    Le silence se fait sourd à nos cris de haine, muet à nos supplications, aveugle à notre destruction si lente. Les fragments de nos maux se plantent sur l’arrête d’une parole impuissante à expier, pieu enfoncé sur la lame de cet être qui gesticule et voudrait n’être,naître vierge de souvenirs, comme un fruit cueilli à la rosée du matin, ambré des rayons d’une aurore encore pure.
    Mais il n’est qu’un funambule ridicule et triste, dansant sur la lame du rasoir aiguisé par le Temps. L’absence n’est qu’un vide étreignant le silence. Ecoute ! Ne l’entends-tu pas gémir ? Moi j’entends ses sanglots muets.
    Le Temps n’efface pas tout malheureusement, son couteau est impitoyale et ne tranche la tête qu’aux bons souvenirs.La pendule s’emballe et s’angoisse nous rapprochant sans cesse du continent ultime, inconnu et pourtant si proche.

    Ses mains sont trop petites ,hélas ! Mais elle veut entendre le chant du violon, celui là même qui chante les oiseaux. Allez fais taire les loups et les sanglots muets Anatoly ! Accorde ton violon et dansons sur la veine du Temps qui palpite en corps d’émoi ! Dansons tant qu’il est encore temps ! Laissons de la place au rêve ! Tentons d’oublier le lait suri de cette mer trop salée !

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