Archives de novembre, 2005

Illiana

-Illiana !
Carl la prit par le bras, l’entraîne de suite au présent, chassant la simplicité de ce passé instant qui n’a pas suffit à autre chose qu’à une re rencontre,
-Illiana !
-Carl ! Que de longues heures et de jours sans se voir, et que lointain est le lieu dernier de notre dernier ensemble instant.
-Illiana, tu parles toujours avec autant de joliesse, la langue se doit de vivre et de bouger quand de nos coeurs ne remonte que du sang mal oxygéné, ma Illiana, regarde Anatoly, regarde elle est là en face de toi.
Anatoly laisse donc de joie un trille apparaître sur l’ombre de ses cordes, Anatoly saisit la valeur de l’innocence, la valeur pure d’un moment, une joie intense même si fugace au regard des cieux de cendres.
-Carl tu pourrais quand même me présenter sous mon vrai nom à ton ami, certes je suis toujours ton ile-liane, ta terre d’approche à défaut d’attaches, mais il me reste encore un patronyme qui m’honore d’autre chose que de l’anonymat.
Carl ploya son long corps en un geste noble et ancien, révérence madame, révérence. Anatoly je te présente Isabella Chamberlain-Waters, digne fille de la double blancheur. Anatoly ne te prive pas de jouer l’instant le vaut, et même si ce n’est pas un jour de cendres, tu peux jouer, tu peux même danser, tu peux même crier que l’on nous porte la meilleure vodka, ou même une bouteille de Gin en souvenir de la reine Guenièvre nous trinquerons bien tous!

Les bouteilles jonchaient le sol comme un second dallage, volumique, sacrifiant lui aussi au comique de la troupe attablé, et se bousculant entre les goulots quelques larmes pour étouffer la nuit, et se basculant sur les chaises, chantants à tue-tête, se basculant, trois silhouettes, trois ombres chinoisantes à l’unique lueur de la lune, « hécatante » de sang noir paré en ce non funeste et troublant moment.

-un tribunal
-un cauchemar d’hier isolé de la Loi
-un calendrier de Justice barré biffé
-un tribunal en hâte de tribun au coeur comme en ses mains de glace du soir au matin au matin
-Coventry !

Carl relève la tête, et se précipite en bouche:
-Coventry ? Triste lieu pour un tribunal autre que céleste… mais laisse remonter le souvenir Illiana, laisse remonter les cendres qu’elles se joignent aux nôtres, laisse les parler en brise et en vent comme la tempête de demain au goût d’hier…

Isabella prend donc son verre le lève et le vide sur la table moirant ses yeux gris sur les perles d’alcool, sa bouche pâteuse mâchant les mots comme l’émotion:

-Coventry dans les prétextes coule le texte
coule les mots lors d’une longue réunion au sujet d’Enigma les morts à compter
on décida
on décima
sur une table une trop longue table pour dessiner
une carte une trop courte table pour allonger les corps.
On n’y a laissé que les marques du corpus textuel que les traces des ongles griffant le bois dur
Coventry don que nos corps détestent
Et les lourdeurs des bombes fabriquent des cendres de masse
et l’étouffeur angels eyes aux nez couverts de boue
ainsi auront-ils oublié qui ils devaient protéger la vie
angels eyes forgive us

Anatoly Carl Isabella tous débouts trois ombres.
Et ensemble :
-Au souvenir !

Carl Jusek

quand le soleil te fait plisser les yeux c’est l’ombre qui se cache devant tes pupilles, quand le soleil au goût de la lune s’enflamme c’est pour brûler les traces de nos mausolées—–Anatoly Tchervenko


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Les mains trop petites

« Mais tu as les mains trop petites pour soupeser cette chair qui regorge de lait. Ta bouche est bien trop carnivore pour caresser le moindre blanc parce que ça t’étouffe mais c’est toi rien que toi et tu ne veux pas regarder dans ce trou lacté parce que ça fait trop mal » Sara H

Trop petites ces mains oui parce que non ce n’est plus vrai l’épaisseur de tout ce sang comme des gants quelque chose de trop que laver ne suffit plus. Trop petites pour prendre en elles le poids de la chair sans faux semblant si quelqu’un y arrive ce n’est plus seulement une question de chair ni de seins mais bien plutôt de mémoire et de trou.

Parce que sombrer c’est se mentir dans la vie comme s’enfuir ou s’enfouir et que seule la longueur des dents et leur acier permet encore le mélange des liquides dans la mastication de la chair hors carnivore or à se mêler au blanc du silence. N’oublie pas que si Anatoly tend encore ses cordes il ne les écoute plus n’oublie pas que toi même Sara c’est au loin de nos chairs que tu délites et non que tu délires quelquefois tout se mélange en toi et ne laisse rien à relire je t’en prie.

Je rebois comme la vie qui reboise dans la vie de l’eau vers elle même bien teintée de sang du sang celui de la petite fille au drap de lin rougie car Anatoly lui l’a revue et s’en est presque aperçu sa robe c’est le reste d’une literie d’hier et ce sang est aussi son triste héritage comme dans la vie nous ôte la crise d’otage comme dans les mots les actions tremblent comme des prises d’orage à rebours.

Et j’ai froid de cet alcool qui étouffe sans être une caresse à moindre blanc comme à moindre bruit le respir ici l’unique ennemi mais c’est toi encore en toi qui veut me le montrer ce sein regarde aussi comme ici tout se salit au regard. Et dans les brises menus comme dans la vie des murs qu’on repeint de rouge c’est trop de fin de chair. Ôte ici la crise comme orage. Je ne sais pas mettre de lait dans le sang mêler le blanc et le pourpre. Je ne sais pas respirer ailleurs qu’en toi même si je ne vois rien ni personne et même plus moi. Pourquoi le voudrais je avec toi ?

Carl Jusek

J’ai fait un voyage au long pays de brume, seul au matin les couleurs de la fortune, aux gris de graisses cuites à coté des cuisines et le chant des oiseaux joyeux au matin. J’ai fait un voyage sans mon violon. Dans les bras de ma mère comme dans le silence, les chemins de terre à la calme confiance. C’est ici notre Mère. ——————-Anatoly Tchervenko

De Marissa à Carl,

Je crois que j’ai lu dix fois au moins ton message à Sara.

Tes mains sont trop petites, dit-elle… dis-tu… Mais nos mains à tous sont trop petites, Carl ! Bien trop petites pour tenir, contenir le souffle de toutes les filles de sang et retenir tous les êtres dérivant.

La mémoire te fait défaut parfois. La mémoire de ceux qui ont trop vécu fait parfois défaut… Surtout s’ils ont commencé par se taire. Ils oublient les métamorphoses, les sources. Ou ils oublient de dire, ce qui revient au même. Toi, tu ne sais plus cette envie de mesurer la force, celle qu’on ne voit pas et qui porte vers l’autre. Tu vas vers l’autre, vers son absence et c’est inconscient.

L’usure du temps efface nos mémoires. Nous avons parfois besoin de l’oubli. Nos corps, nos âmes ont besoin de l’oubli. Juste pour que chaque aube soit virginale. Juste pour que chaque matin naisse un chant.
Des siècles de baillons, des siècles de silences et parfois de réclusion… C’est notre histoire, celle des femmes.
Et pourtant, elles avaient déjà cette envie irrépressible de donner naissance à la chair, aux désirs, aux mots. Ecrire comme hors de soi ou delà de soi. On mêle l’encre au lait, au sang, parce que tout vient du corps et y retourne. Même la parole. Surtout la parole.
Carl, tu ne peux savoir tout ce qui naît de nous, femmes. Même la mort, entends-tu ? Même la mort naît de nous. Elle est présente déjà dans le souffle fragile du petit qui nous vient.

Je ne sais pas si tu me liras, Carl. Je ne sais pas si Sara entend ce que tu veux lui dire. Je ne sais pas si Anatoly pense à toi dans son errance, dans son retour à l’embrassement premier. Non que je sois insensible au monde… mais trop d’imperceptible m’inquiète.

Le chant se perd et les mots ne laissent pas de traces si on ne les écrit pas. Comme les tiennes, mes mains sont trop petites.
Toi, ta mémoire est trouée… La vie tranche. Elle a toujours tranché. C’est pourquoi je voudrais naître, chaque matin, neuve, vierge, non attachée… Juste pour ne pas lui permettre de trancher. Juste pour en rester le maître. Juste pour décider.

C’est pourquoi je ne sais rien. Sauf ceci : il ne faut pas enchaîner nos passions ni en dépendre. Il nous reste un espace étroit où marcher en tâtonnant. Il reste cet espace coupant comme un couteau où nous devons marcher en aveugle, un pas glissé après l’autre… Il nous reste l’immensité du chant qui nous étourdit et la lumière pour nous ébrouer.

A toi que je ne connais pas.
Marissa

Original ici


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No Control

Jamais pris de risques jamais pris de risques mais le coeur en déroute qui détourne les yeux comme détourner la route ou faire péter les rails qui conduisent à la gare j’ai lu des mots en déroute pour faire tourner le sens
no control
j’aimais bien la chance qui fleurissait au coté noble de la colonne son versant est me touchait comme tes caresses et mon souvenir de ta pêche en peau
no control
je voudrai savoir où est la destinée le chemin de garde et trouver les pompiers surtout si elles sont femmes aux yeux de tourbe et au parfum de malt
no control
si je pouvais contrôler mes risques comme mes pensées et changer ma vie en la fessant de lune sur mes genoux pliés si je pouvais changer ma pluie contre une aube rayée du sable des dunes avant l’arrivée tardive d’un soleil qui saurait tout sécher
mais je ne connais pas le chemin qui conduit à Miller skies ici ou là dans mon coeur j’ai la place pour Miller skies et peut être aussi pour combler mes trous de mémoire auront ils les pavés de sel ou de craie tout recolorier est une bonne idée
Miller skies
est ce possible de trouver sans contrôle ?

P2005


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