Des violons

Il est encore venu mettre ses pas au fond du silence accompagner
la danse
regardez mieux le ciel s’affranchir des rumeurs comme des humeurs
peut être finir en transe

Elle est encore aimée elle ne sait pas qu’au fond de la science se torturer
tue la cadence
pour encore suivre l’étape de la chair en principal elle ne laissera aucune issue
le sexe n’est qu’un hommage à la chair si l’amour est un nom mage contre la perte

J’ai tenu des violons sur Vérone sur Prague et j’ai balancé des crédences dans la Volga
mais ce n’est plus un jeu c’est le vent qui pousse le temps vers la tempête
orage sur le fleuve avant le grand incendie
tu parlais d’une petite fille à la robe de sang tu en parlais mais je la connais
elle est gravée sur mes mains qui glissent sur les cordes
un document aux réfugiés qui continuent le chemin sans le connaître et sans le voir
oui tant que le vent qui nous pousse est dans nos têtes il n’y a plus de place pour la raison

J’ai tenu des violons en pure perte mes mains étaient trop contractées pour en jouer
voilà tu le sais Carl mon jeu n’est qu’une parade à la fragilité qu’une parade à la mauvaiseté
du monde et de l’homme son chien

Anatoly Tchervenko

—–

Il est venu en fragile équilibre, son violon sous le bras…

Il te cherchait, Carl. Toi, tu t’égarais dans la pensée de cette femme qui se torture sans cesse, qui se tord les mains et les veines et se débat. Qui ne sait pas qu’elle se noie peu à peu. Qui ne sait qu’elle est aimée malgré sa folie. Ou à cause de sa folie, je ne sais pas.

Je n’ai pas pu soutenir le bleu de son regard, Carl. Je n’ai pas pu soutenir le gouffre de ton regard. Il y a dans vos regards des vertiges que mes mots ne peuvent pas exprimer.

Anatoly n’a pas pu jouer. Ses mains, disait-il, ses mains trop contractées l’en empêchaient.
Mais Anatoly ne voulait pas jouer, les fibres de son cœur trop tendues avaient cédé. Son cœur trop grand où sévissaient des tempêtes malgré lui, son cœur était blessé. Son cœur trop large où tous se donnaient rendez-vous pour se réchauffer, pour s’épancher, puis repartaient sans le regarder, son cœur était accablé.

Anatoly n’a pas pu jouer. En creux, la petite à la robe rougie, en creux les longues processions d’hommes, essaims d’exilés rythmés de pas, de souffles, de désespérances… Il aurait voulu nous parler de musique, de poésie, mais les mots se brisaient sur ses lèvres. Les mots se vidaient du lent amour qu’il attendait et que le monde lui refusait.

Ses mains, Carl, les mains d’Anatoly se désespéraient. Le violon inutile sous son aisselle semblait déplacé.

Maintenant, j’aimerais une danse d’ivresse avec ou sans musique, une danse telle une transe extatique même mortelle… J’aimerais aller vers la mer ou le désert… dans la nudité, la grande solitude, la vraie, la belle, celle qui ne ride pas le coeur…

On ne sait rien, Carl. On ne sait pas pourquoi on vit, on aime, on souffre, on meurt.

Si le violon d’Anatoly se tait, que nous restera-t-il ? Que te restera-t-il, Carl ?

A toi,

Marissa/Marjas

—————-

Un frêle glaive d’herbe sèche est venu lui picorer la plante des pieds.Un rayon du violon s’est posé délicatement sur la veine du silence et l’a fait frémir dans le petit matin frileux. Doucement elle l’entend battre comme une promesse de lumière.

La femme au regard bleu est fébrile, elle voudrait fuir mais le rayon la retient, juste un rayon de tendresse sur la veine de l’horreur tue, une plume caresse qui apaise un peu. Cette femme sait qu’elle se noie mais elle ne veut surtout pas faire souffrir et surtout pas toi Carl. Ne t’attriste pas de ces feuilles qui tombent Carl, ni de toutes ces désespérances.
Le coeur balbutie d’émeraude et c’est grâce au violon d’Anatoly. La femme aime l’écouter chanter même si elle le nie c’est pas vrai..Et puis voilà touchée en plein coeur, les larmes coulent à cause de ta peine et puis aussi à cause du violon mais il vaut mieux laisser couler le chagrin n’est-ce pas ? Et toi Carl ne pleure pas, ne laisse pas le chagrin te briser, et toi Anatoly sache que le chant de ton violon ne fut jamais si beau.

Clémentine

les originaux ici

3 commentaires

  1. Simone dit

    Très beau .

    « Mais ce n’est plus un jeu c’est le vent qui nous pousse vers la tempête »

    « Oui tant que le vent qui nous pousse est dans nos têtes il n’y a plus de place pour la raison »

  2. caly dit

    ceci n’est pas un commentaire, parce que je serais bien incapable de poser les mots après avoir lu les votres.

    Ceci est juste un message pour vous dire combien j’apprécie ces textes 🙂

    bises à vous

  3. MrBark dit

    toujoiurs intéressant tes billets 🙂 « tu t’egarais dans la pensee de cette femme qui se torture sans cesse » : ça m’a quelque peu fait sourir 🙂 bonne continuaton !

Laisser un commentaire