Lettres à Alex-Lettre Une

Alex, tu le sais, ces images ne sont que fortuites. Le stress et ma condition littéraire font que ma folie, mes raisons n’en sont plus. Alors les pensées fugaces par instant, quand le trop plein ne laisse comme envie que de trouver le bouton stop.
Le silence, le repos, la quiétude, alors oui peut être le néant, peut être.
Prendre le dernier train, le laisser approcher, toutes lumières allumées, et sauter… s’écraser sur les rails comme une compote de chairs unifiées. Y a pas de points de suture pour ce genre de blessures. Prendre un train, comme on prend une gifle, comme le sang monte à la joue, fouette l’émotion. En finir ou recommencer d’ailleurs.

C’est la fuite, c’est l’esprit de la fuite, de l’abandon, de la sortie du décor, de faire une belle dernière scène, un adieu qui sera encré. Pleine de bruit et de fureur, et après ? Mes forums et mes sites me survivraient ils ? Aurai je insufflé cette vie consciente à mes mots, suffisante à perdurer sans l’être que je suis, si petit. Si mortel. Aurai je des esprits créatifs qui sauraient sur moi construire ?

Peu importe, peu importe, le souci de rester in fine laisse la place à l’unité des chairs sur les rails collés. Purée voilà les vers. Les mouches leurs mères. Au moins reprendre place dans le grand palace de la Nature, moi l’immature. Cœur qui ne sait pas aimer et cherche pourtant partout ce que peut être l’amour.

Etonne moi, maintenant.
Quels seront tes mots en réponse, y a-t-il une réponse à l’insolence de la vie qui veut disparaître ? Paradoxe inutile d’un poète qui chasse encore le concept dans la moribonde pensée, dans le calame pourri qui laisse crever les mots et les portent en berne.

Alex, mes mots ne sont que posés sur l’escalier, et ma peur de tomber aussi. Encore que, encore que. En substance, comme en errance, mon coeur s’est laissé prendre par les charmes déposés sur le chemin de mon âme. Mais les souffrances sont telles que la réalité transparaît, et réapparaît unique et multiple, dans toutes les errances de mon sang.

Alors Alex, prendre le train, c’est prendre la fin, c’est finir, c’est terminer, c’est peut être recommencer, mais ailleurs, d’ailleurs peut être j’aurai le temps de recomposer l’émotion, et les sens, et le sens.

Car Alex, c’est surprenant mais c’est une perte de sens, de repères pour moi, pour nous, poursuivre le chemin, courir après le destin. Circuler à l’aube avant le lever de rideau, la fin de la pièce laissera place à un autre auteur, et à une autre hauteur.

Et rester c’est quoi ? S’allonger sur le sable et attendre les esclaves de la temporalité. Leur tempes grises masquées par le beurre salé de ma Bretagne adoré. Alors hisser la voile et partir vers l’occident, vers le froid de l’inconnu, c’est le même départ. Alors voilà, voilà…

En fait rester pour quoi ?
L’amour ?
Oui c’est une bonne raison, c’est magnifique l’amour, c’est grand, mais c’est compliqué, c’est intense et souvent caché, c’est surprenant mais souvent dur à vivre à l’air libre.
Et air libre ?
Regardons de plus près cette qualité d’air, pollution, résidus voraces qui ne font que nous dévorer un peu plus.
Rester pour les amis ?
Oui ils sont là, ils sont bons.
Mais la qualité des relations suffit elle à faire autre chose que créer des liens ?
Le lien est il suffisant même s’il est clairement nécessaire ?
Alors nos relations ne sont elles autres choses que des mains tendues, des gestes fait les mains ouvertes, doigts offerts ?

Le grain d’une peau, une caresse, un soupçon de pêche, une tempête sculpturale qui laisse le pas à un cyclone scriptural, pour ça je pourrai continuer de vivre. Ivre effectif à toute autre réalité. Alors le réconfort est il juste un affleurement des sens, une exacerbation ?

Centurion carcasse inutile, paumé dans une époque fébrile, qui n’a plus de repères, qui n’a plus d’opinion sur le temps, ni d’options pour dedans. Refermer la porte, alors qu’en fête elle est toujours ouverte, chaos énigmatique d’une solution acide.

Prendre le dernier train, ou ne pas laisser passer le premier, lutte fiévreuse de possibilités qui dansent dans ma cervelle. Des si, des non, des chaleurs, des glaces parfum figue. Famélique cet aspect de l’homme, je perds vraiment ma densité, ma consistance. Et surtout mon envie de poursuivre.

Cyclone, vainqueur des lenteurs inaltérables, cyclope serpent de métal qui fonce et me précipiterait dans un monde de silence et de repos. Hum, encore que c’est juste une conne d’idée, comment sait on ce qui se passe après ? C’est peut être bien pire, et comme je le sens, le silence et le repos n’existent pas.

Alors fureur, laisse toi aller, les actions ne valent rien, les regards se posent sur le néant, mais les soupirs ne viennent pas de l’innocent, non, le coupable est celui qui les mots manipulent. Et peut être que finalement entre les mots et l’amour je retrouverai la raison…

Grégoire.

Pant 2004-09-20

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