CONGÈRES

Je ne vais pas dormir cette nuit alors autant blanchir du papier au lieu de froisser noir mon oreiller. Il y a toujours du rimmel qui pleure sur les draps et mon papier suinte de silence. Si, lance tes chutes de lettres ! L’être, comme si tu ne pouvais pas aimer que je me taise ou que j’en dise trop. Ou pas assez, c’est du pareil au m’aimes. Tu veux ta brise et moi tu me brises glace pour des miroirs trépassés. Si lent ce murmure en moi, si lourd que tu te fracasses sur mon mur mur de lamentations, là où je crache l’humus sans digérer, toutes ces choses que tu me fais ingérer, avaler parce que je te bois au goulot, tu as oublié. Alors comment ne pas être lourde de toi, lourde de blanc. Tu as peur, peur des neiges entre les encres alors qu’entre tes cristaux d’ancre, il y a des tonnes de poudre qui explose. Tes mots tremblent, crépitent et m’amputent. Alors je hurle, je hurle à en faire frémir l’horizon jusqu’à l’érection, un horizon vertical qui se glisse entre mes cuisses, contre lequel je me plaque, que je lèche au collier pour qu’il me dise encore et en corps jusqu’à en vomir les six lances que tu n’es pas là entre ces barreaux. J’ai les paupières enflées d’étoiles liquides et des lunes en cernes, bleutées, comme les froidures qui flottent sur le grand fleuve, sous mes yeux. La fenêtre est grande ouverte et j’ai froid. Il y a des gerçures à la commissure de mes lèvres. Ca te laisse de marbre. Ca ferait un joli titre dans les journaux : « les amants cryogéniques ». Elle avec ses silences plein de mots et lui avec ses maux plein de silex. Parce que oui tu me jettes la pierre, comme si ça ne suffisait pas de me noyer. Cil comme signature. Ex pour départ. « Wiem że umrę cały * » Tu crois pas qu’il y a assez de cadavres ? Cas d’havre : moi et mes rêves. Je porte tes silences et je pèse trop sur ton corps-texte. Mais tu as les mains trop petites pour soupeser cette chair qui regorge de lait. Ta bouche est bien trop carnivore pour caresser le moindre blanc parce que ça t’étouffe mais c’est toi rien que toi et tu ne veux pas regarder dans ce trou lacté parce que ça fait trop mal. Alors je te porte et tu me flagelles. J’halète de spasmes parce qu’à force de te voir sans te voir tu ne me vois plus. Le blanc tourne, pour mes pourritures de chairs à venir. Venin déroute.

Sara H.

* polonais « je sais que je meurs toute entière »

8 réflexions sur « CONGÈRES »

  1. Oui, je suis sûre de la traduction parce que je connais un peu le polonais: Wiem = je sais że = que umrę = je meurs cały = entier. Il s’agit d’ailleurs d’un vers du poète Tadeusz Różewicz dans un poème qui porte d’ailleurs un titre allemand « Der Tod ist ein Meister aus Deutschland », ce qui signifie: ‘la mort est un maître venu d’Allemagne’. Ce poème est dedié au poète allemand Paul Celan.

    Sara H. c’est moi, plus connue sous le pseudo de Féludorée. 😉

    Merci pour le compliment quand même!

  2. Ravie de te trouver ici, Félu ! Ce soir… ce soir, je relirai ton texte avec attention et ceux de Pant aussi et je vous dirai ce que j’ai ressenti. Le temps court plus vite que moi ;-)))) !

  3. Salut Féru 🙂

    Et bien… j’aurais jamais deviné que c’était toi Sara H. *rires*

    Superbe texte je confirme !

    et je m’en vais relire moi aussi les autres textes que Sara H. a déposé ici 😉

    bises

  4. encore moi :))))

    caly veut donc dire « entier » en polonais ?

    waouw !!! je sais que c’est un peu puéril, mais ça me fait plaisir que mon pseudo qui est devenu mon prénom ait cette signification là aussi 😉

  5. cały pas caly… c’est pas un -l. C’est un ł… et ca se prononce [caoue]… Je suis désolée de te casser la baraque comme ca, Caly!

    Pour Marjas, c’est le 2ème de Sara H. l’impulsive… Elle est née dans un live en réponse à un billet de Jusek sur les agoras d’A.P. Et puis ca l’a repris… pour le meilleur et pour le pire!

    Félu

  6. Ben tu me casses pas la barraque Felu 😉 j’ai rêvé en te lisant et ça c’est bon *sourire*

    et désolée pour la faute de frappe dans ton nom sur le premier post, je poste sans me relire souvent.

  7. Pas grave, je suis férue des variations sur mon pseudo. *lol* Sara H. est aussi une variation puisque ce nom vient de « s’arrache » qui était le dernier mot de son premier billet, si je me rappelle bien.

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