Archives de octobre, 2005

Des violons

Il est encore venu mettre ses pas au fond du silence accompagner
la danse
regardez mieux le ciel s’affranchir des rumeurs comme des humeurs
peut être finir en transe

Elle est encore aimée elle ne sait pas qu’au fond de la science se torturer
tue la cadence
pour encore suivre l’étape de la chair en principal elle ne laissera aucune issue
le sexe n’est qu’un hommage à la chair si l’amour est un nom mage contre la perte

J’ai tenu des violons sur Vérone sur Prague et j’ai balancé des crédences dans la Volga
mais ce n’est plus un jeu c’est le vent qui pousse le temps vers la tempête
orage sur le fleuve avant le grand incendie
tu parlais d’une petite fille à la robe de sang tu en parlais mais je la connais
elle est gravée sur mes mains qui glissent sur les cordes
un document aux réfugiés qui continuent le chemin sans le connaître et sans le voir
oui tant que le vent qui nous pousse est dans nos têtes il n’y a plus de place pour la raison

J’ai tenu des violons en pure perte mes mains étaient trop contractées pour en jouer
voilà tu le sais Carl mon jeu n’est qu’une parade à la fragilité qu’une parade à la mauvaiseté
du monde et de l’homme son chien

Anatoly Tchervenko

—–

Il est venu en fragile équilibre, son violon sous le bras…

Il te cherchait, Carl. Toi, tu t’égarais dans la pensée de cette femme qui se torture sans cesse, qui se tord les mains et les veines et se débat. Qui ne sait pas qu’elle se noie peu à peu. Qui ne sait qu’elle est aimée malgré sa folie. Ou à cause de sa folie, je ne sais pas.

Je n’ai pas pu soutenir le bleu de son regard, Carl. Je n’ai pas pu soutenir le gouffre de ton regard. Il y a dans vos regards des vertiges que mes mots ne peuvent pas exprimer.

Anatoly n’a pas pu jouer. Ses mains, disait-il, ses mains trop contractées l’en empêchaient.
Mais Anatoly ne voulait pas jouer, les fibres de son cœur trop tendues avaient cédé. Son cœur trop grand où sévissaient des tempêtes malgré lui, son cœur était blessé. Son cœur trop large où tous se donnaient rendez-vous pour se réchauffer, pour s’épancher, puis repartaient sans le regarder, son cœur était accablé.

Anatoly n’a pas pu jouer. En creux, la petite à la robe rougie, en creux les longues processions d’hommes, essaims d’exilés rythmés de pas, de souffles, de désespérances… Il aurait voulu nous parler de musique, de poésie, mais les mots se brisaient sur ses lèvres. Les mots se vidaient du lent amour qu’il attendait et que le monde lui refusait.

Ses mains, Carl, les mains d’Anatoly se désespéraient. Le violon inutile sous son aisselle semblait déplacé.

Maintenant, j’aimerais une danse d’ivresse avec ou sans musique, une danse telle une transe extatique même mortelle… J’aimerais aller vers la mer ou le désert… dans la nudité, la grande solitude, la vraie, la belle, celle qui ne ride pas le coeur…

On ne sait rien, Carl. On ne sait pas pourquoi on vit, on aime, on souffre, on meurt.

Si le violon d’Anatoly se tait, que nous restera-t-il ? Que te restera-t-il, Carl ?

A toi,

Marissa/Marjas

—————-

Un frêle glaive d’herbe sèche est venu lui picorer la plante des pieds.Un rayon du violon s’est posé délicatement sur la veine du silence et l’a fait frémir dans le petit matin frileux. Doucement elle l’entend battre comme une promesse de lumière.

La femme au regard bleu est fébrile, elle voudrait fuir mais le rayon la retient, juste un rayon de tendresse sur la veine de l’horreur tue, une plume caresse qui apaise un peu. Cette femme sait qu’elle se noie mais elle ne veut surtout pas faire souffrir et surtout pas toi Carl. Ne t’attriste pas de ces feuilles qui tombent Carl, ni de toutes ces désespérances.
Le coeur balbutie d’émeraude et c’est grâce au violon d’Anatoly. La femme aime l’écouter chanter même si elle le nie c’est pas vrai..Et puis voilà touchée en plein coeur, les larmes coulent à cause de ta peine et puis aussi à cause du violon mais il vaut mieux laisser couler le chagrin n’est-ce pas ? Et toi Carl ne pleure pas, ne laisse pas le chagrin te briser, et toi Anatoly sache que le chant de ton violon ne fut jamais si beau.

Clémentine

les originaux ici


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A nos ventres las.

« À nos ventres las
comme des cancrelats rampants
bien à l’abri de la ruine

Comment se laver se raser m’araser quand dans le soleil on ne voit plus rien je sais c’est pas facile c’est un rêve presque débile comme l’étrange idée de monsieur Jack, l’homme à la prise radio qui brise le ton comme le rythme

À nos ventres las
comme des cancrelats rampants
bien à l’abri de la ruine »

De la merde Anatoly, de la merde, j’arrive pas à poser ces mots, je la revois là bas vois-tu, je la revois ainsi que les autres, et j’en ai marre de la chair, j’en ai marre de ces rêves qui effacent les oiseaux dans le ciel, j’en ai marre de cette chair qui naît et qui brûle sans cesse, ne me laissant même pas l’espoir du voile de cendres porté par le mauvais vent, j’en ai marre Anatoly, j’arrive pas à poser les maux.

Nitchevo, Carl, nitchevo, tu cherches trop, tu veux tout voir, tu veux trop voir, il n’y a plus d’images sur les trottoirs, plus de rêves dans l’isoloir, pas plus que dans un urinoir, tu vois dans ces urinoirs où l’on pisse dans le noir, voire même on l’y pisse si noir que le sang ne laisse plus de traces, tu vois camarade mon frère, tu vois ?

De la merde Anatoly, de la merde, j’arrive pas à oublier cette gamine, tu peux comprendre ça, tu veux comprendre ça ? Et veux-tu comprendre que ce sang sur mes mains me laisse plutôt en joie, en joie comme après un jeu subtil et jouissif, c’est comme une fin de siècle, comme une fin de siège, une ère de rapines s’ouvre, des visages, des figures, et tout se lave au sang, pour effacer le sentiment, ou le ressentiment, tout effacer. Lorsque qu’avec ma patrouille je suis tombé sur ces mecs qui au couteau s’amusaient avec cette femme et sa fille veux-tu comprendre, peux-tu comprendre que la vodka ne peut rien, qu’elle ne fait pas approcher les mots, qu’elle laisse au loin le coeur de la trame, que le poème s’éloigne au lieu de s’approcher, que le temps me refuse l’affranchissement de l’instant, veux-tu comprendre Anatoly ?

Nitchevo, Carl, nitchevo, tu cherches trop, tu veux tout écrire, même les salissures de l’Histoire, tu veux trop dire, tu veux trop lire, alors forcément les mots s’éloignent, tu fais peur, peur je le dis, peur je le sens, alors la vodka, même la mienne camarade frère, même la mienne, elle lave que le sang, elle lui donne du goût, celui de continuer à jouer du violon dans la nuit. Pendant que tu suspendais ces types, pendant que tu les attachais à cette poutre, pendants, dès demain, pendants dès le matin, mieux leur tirer une balle dans le ventre pour qu’ils n’oublient plus de souffrir, non qu’ils n’oublient plus, pendants et saignants, viscères au long des éléments, ou au long des évènements. Pendant ce temps il n’y avait que la danse, que mon violon qui te faisait tenir, que mon violon.

De la merde Anatoly, de la merde, j’arrive pas a serrer les poings, alors la mort de ces deux salauds ne me fait pas boire plus pour autant, autant le dire, autant l’écrire, autant que le vent laisse approcher mes mots, enfin, et que je puisse avoir quelques vers, quelques lettres, à envoyer à Sara, ma lointaine Sara fort heureusement.

« À nos ventres las
comme des cancrelats rampants
bien à l’abri de la ruine

Comment se laver se raser m’araser quand dans le soleil on ne voit plus rien je sais c’est pas facile c’est un rêve presque débile comme l’étrange idée de monsieur Jack, l’homme à la prise radio qui brise le ton comme le rythme

À nos ventres las
comme des cancrelats rampants
bien à l’abri de la ruine »

Carl Jusek


Fuis au fond des sources, fuir au fond des terres pour éviter la ville, pour éviter la ville et ses décombres, et ses morts innocents, fuir au fond des forets où je pourrai composer et comprendre, ou comprendre et composer, et laisser le violon jaillir comme l’aube… Anatoly Tchervenko

—————————-
je complète ce textes avec des écrits qui ont été inspirés d’icelui
les originaux ici sur accents poétiques

Ta lettre, Carl, ne m’est pas adressée, je le sais.
Mais pourtant j’y réponds car tu as réveillé la souffrance, les tourments de tout être sensible et sensé.

Nous sommes tous nés sur des ruines, des gravats d’une guerre ou d’une autre, d’un drame, d’un exil. Nous avons tous, en nous, des décors de cendres et de fumées, des bruits de destruction, des enfants nus courant sous les bombes, hurlant sous le napalm. Nous habitons tous un monde en deuil, deuil du bleu et du soleil insouciant, des éclats de rire et des courses folles. Nous habitons tous non loin des charognards.

Certains occultent les morts, la mort. Par raison d’harmonie, disent-ils… Ont-ils raison ?

D’autres semblent faire face. « Plus jamais ça ! » crient leurs banderoles, j’ai failli dire leurs banderilles parce que je n’y crois pas, Carl. !
Je ne crois pas à leur vœu de paix, de bonheur, d’amour pour tous les humains. Je crois que je n’y ai jamais cru. Plus jamais de guerres, de violences, d’infanticides, de viols, est-ce possible ?
Une poignée de terre ou de chaux sur les cadavres. Les arbres repousseront et Anatoly pourra jouer de son violon. Couvrir le bruit de la mitraille, étouffer les pleurs ancrés en nous. Etouffer les peurs d’un recommencement qui semble pourtant inéluctable.

Les artistes crient. Ils creusent la mémoire des hommes et portent un deuil infini. Le deuil de la petite fille à la robe bleue virant au rouge.

Les hommes sont ainsi faits, Carl. Ils sont violence. De la plus petite, la plus banale violence quotidienne jusqu’au génocide, jusqu’au drame. Ils regardent les longues processions de l’exode, compatissent aux visages las, aux pieds usés, aux ventres creux. Puis ils retournent à leurs jeux, à leurs petites guerres personnelles et mesquines. Et ce, jusqu’à l’irréparable.

« On ne peut pas changer le monde » est leur excuse. Et si on le pouvait pourtant ? Et si … Utopie ? Oui, je le pense, hélas !

Ecoute Carl, écoute la rouille sur le vieux monde. Ecoute le violon d’Anatoly qui enlève la poussière et chasse les larmes. Vois. Peut-être que le monde bouge, non loin, là-bas. Vois, on aère les chambres et les âmes, on ouvre les portes…

Non ! Je regrette Carl, je ne peux pas y croire, je n’y crois plus. Les hommes s’affairent dans leurs petites guerres, dans leurs petits conflits qui, bout à bout, mettront la terre à feu et à sang.

Dans tes yeux, dans les nôtres, une petite fille en robe de sang passe et repasse inlassablement.
Elle nous interroge « Pourquoi ? »
Peux-tu lui répondre, Carl ?

A toi que je ne connais pas,

Marissa/Marjas


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Etoffe.

L’automne me rattrape et de bruyère en platanes
j’effleure j’attrape les mauvais souhaits de soie
prune ou grège
éclaboussés de tons incertains je t’attends

où est-il se saccage annoncé?

l’été a tout gommé reste
les bruissement de voiles le pourpre de tes vœux

je sais mais le temps s’est peuplé de boue et sur mes
lèvres j’ai perdu le désir

l’étoile se meurt de n’être regardé par toi, les
étoffes peuvent réchauffer n’importe quelle peau mais
quel miraculeux tissage chauffera ton cœur

tu n’en veux pas de mes mains, alors je les referme,
tu n’en veux pas de ma langue alors je l’use avec des
mots tu n’en veux pas de moi que tu agites les
phrases alors oui je suis une étoile qui se meurt et
qui se noircit

les étoiles que tu contemples sont déjà mortes, voila
pourquoi la nuit les protège, illusion de feux et de
lumière la vérité est sur terre au milieu de buissons,
de palissades a toi de les franchir

tu sais que je suis petit, que la palissade est haute
même si elle est pacifique, alors comment me donner le
goût de toi ?

ma main se tend elle chavire, et se perd, le goût de
toi marin d’une autre rive a cette profondeur salée
que les sirènes réclament autre étoiles autres chants
toujours le même mirage

je voudrai seulement comme le pauvre marin saisir un
pic un mat et de toi la livraison me donnerai la chair
de tes seins à gravir à hautes voiles pour bannir les
palissades

heureux le marin qui trouve son abri dans la gorge de
son aimée, mais les voiles sont hautes et les vagues
menacent chaque mot chaque présage

alors laisse moi me blottir encore plus près que le
vent ne me décroche pas de ta côte

n’as tu pas compris que tout comme ces mortes étoiles
et ces sirènes narval je ne suis que mirage
le temps m’a happé mais je reste à l’est de tes voiles au calme
là ou l’automne nous a rattrapé il y a longtemps déjà

il est des princes qui se nourrissent de plusieurs
mets, et qui connaissent plusieurs sources
et des marquises qui ne sont là sur le rivage des eaux
mortes que pour faire rêver

il est ma foi toujours temps de manier les mots d’en extraire le jus comme
le citron ou l’orange au sucre et à l’acide

Lisa-Anna/Pant


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Lettre à Alex-8-Lettre à Grégoire

Je doute, Grégoire, que tu attendes encore réponse de ma part, d’ailleurs il est si tard…

D’autant que tes mots ne m’étaient pas adressé. Je ne suis pas Alex, ni ton ex, ni ton futur non plus d’ailleurs. Je ne suis qu’une infinie parcelle de ton présent, instant fugace qui deviendra passé à peine prononcé, prêt à être décomposé à coup d’imaginaire qui recompose sans fin les souvenirs à venir…

Oui, je te répond, bien que je ne sois ni A, ni Lex, d’ailleurs qui suis-je… Sex et Omega ? je ne sais pas… mais qu’il soit bien clair que je ne t’offrirai pas la corde pour te pendre, je préfère et de loin te proposer le rire pour me prendre.

Prendre le dernier train, ou le premier d’ailleurs qu’importe. Cela dépendra probablement de l’en-train mis à entamer le dernier acte… Prendre le train donc, tel lapin blanc se laisser hypnotiser par ses grands phares éblouissants, et ne pas le prendre finalement, s’écraser sur la voie, pour enfin sortir du rang, ne plus suivre les rails surtout, s’écraser tel fruit mûr d’api et finir en claffouti… oui l’image est belle, pour qui n’aime pas les pommes…

dis-moi, crois-tu que celle de la connaissance se dévoilera après le compo(s)tage final?

Je ne te ferai pas l’affront de te citer ici les cent et une mille bonnes raisons de poursuivre la route. Les mots trop communs, tels qu’amis, amants, le sourire d’un enfant… quoi que….

Quoi que, la douceur d’une caresse, un éclair dans un regard, le charme d’une larme, la beauté d’un geste, un frôlement d’ame, tous ces instants fugaces qui, si la solitude ils n’éffacent, la rendent plus aigue, plus “vivante”… plus douce aussi à qui n’a plus peur de tomber dans l’escalier, parce qu’une main tendue lui a rendu un peu de sérénité.

Oui, je sais, Grégoire… les mains tendues sont rares, si rares… Et parfois, souvent, comme toi j’ai envie de… mais…

Est-ce ma condition de femme qui me propose un autre décor ? aux quais de gare, je préfèrerais l’intimité de l’alcove, à la bouillie finale, une plaie plus subtile, et prendre le temps de regarder la vie me quitter goutte à goutte, perles rouges et écarlates telles les fruits mûrs de l’été, Faire l’amour avec l’a-mort, avec l’amor… pour mieux oublier l’automne et d’un soupir d’extase, d’une jouissance finale tuer l’hiver a-venir.

“La caresse de l’arme blanche
rouge cascade
sentiment d’avalanche
pensée cavalcade
il n’est pas de neige éternelle
ultime soumission
être celle, rien que celle
qui murmure ton nom”

Pourtant… pourtant… quelle serait la beauté du geste ? Aucune noblesse dans la défaite. Car le suicide, oui, osons poser le mot, le suicide n’est-il pas, paradoxalement une façon de refuser l’innéluctable ? Devancer l’échéance, refuser le destin… rompre le combat et jeter le gant… Ah, le geste serait sublime si nous étions éternels…

Tes regards se posent sur le néant, peut-être… les miens se posent sur toi, sur cette densité que tu dis perdre, ce changement de consistance. Je te regarde… et je Te vois, oui je vois, un homme en constante évolution, tel un univers en expension…

Caly


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Lettre à Alex-7-Peine à comprendre

Pauvre Alex, tu peines à comprendre, encore que, tu rimes à surprendre, tous les écarts de langue age, comme une maison qui découvre le tangage. Mon coeur certes ne te chéris plus, car je n’ai plus rien à chérir, tout a brûlé, et des cendres, même celles de décembre, rien ne peut renaître, même l’envie de ton corps sain, qui me donne seulement envie de vomir après avoir lu tes mots.
Comme si je voulais m’aimer quand je regarde une femme, pauvre toi, pauvre Jeannette si je suis un Janus.
Dans la chambre au fond de ton lit parfois à l’aube, souterraine tu rêvais que je restais, à l’époque, mais rien n’éclaire les draps de satin où se brisait nos silences, aux couleurs des raisons tu perlais de jouissance, mais tout est déjà loin à la femme que l’on menace, tout est trop loin quand elle croit encore avoir un coeur, et pourtant, la pourriture ne naît pas que du délire, parfois aussi du désir.
Comment pourrais je m’aimer alors que ton coeur flamboyait fugitif dans nos baisers, et que plumitif je gravais avec ma plume tout nos plaisirs sur un papier doux comme vélin.

Écorché, déchiré, comme la menace que tu brandis, comme une bombe inhumaine, qui me valide avec code la séquence de l’auto mutilation, à défaut de celle de l’auto destruction. Mes anges de mes nuits, que j’ai aimés, plusieurs fois plutôt qu’une, je ne me suis jamais trompé, avant, je ne me suis jamais autant investi, et voilà.

Tu ne me chasses pas, tu chasses comme Diane sans coeur, n’apaisant pas la douleur mais la voulant naître, pour en rester maîtresse, mais sauf, mon coeur s’échappe, comme mon corps, quand il s’allume encore c’est un feu froid plus que sec, qui se meurt de voir ma plume dans ton bec ainsi que ma voix dans tes serres.

Tu sais bien toi, que l’ivresse vaut la paresse et la chair, et l’envie de se perdre, dans la nuit comme limite, peut être que c’est malvenu, mais c’est encore mouvement, c’est une pauvre dynamique, mais c’est une action, qui se construit même si elle ne se racontera jamais, parce qu’on est égoïste, et que si je savais aimer mieux je n’aurai pas à m’enfuir, et que si toi tu savais autant construire que détruire, je n’aurai pas envie de te battre, envie de cogner, tout en sachant que mon coeur à l’honneur détournerait les coups sur ma chair, y a la chevalerie comme chevalière au bout de mes mains, et ça fait mal quand je te bats. Le bonheur des familles c’est la fragilité et le coeur des faucilles comme celui de toutes les Cécile, est ivre d’une peur imbécile. Mais toi c’est Alex qui fauche ma vie surexposé une fois de trop.

Tu y croyais toi à mon coeur la première fois, tu y croyais encore assez pour les laisser rangées tes rumeurs de ma honte, tu sais bien toi, la tendresse au moins une fois ce fut pour toi. Et l’envie de se perdre dans les bras l’un de l’autre, comme un chemin qui écartait la honte. Mais là tu me lasses en brandissant tes mots comme définitifs, et tu crois me bâillonner, alors que je ne sais que crier, et que je crierai encore plus fort, dans les contreforts de la mort.

Et rien n’est jamais si définitif que tes mots sur ma chair, car ils ne touchent plus un coeur que tu as déjà fait brûler.

Grégoire.

Pant2005


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Lettre à Alex-6-D’Alex à Grégoire.

Enfin libérer ma voix, dégager mes mots de leur gangue basaltique, les rouler dans ma bouche jusqu’au sang. Je n’ai jamais cru en toi. Il ne suffit pas de tendre la main pour toucher, pour saisir celui à qui l’on pense.
En moi, le sec. En moi, le désert sans ombre. En moi ta folie à porter, transporter ailleurs. Pour recommencer ou pour en finir.

Je me lève, absente, parmi les débris, les restes sordides de ce qui fut une illusion partagée. Les roses que tu voulais faire naître n’étaient qu’épines traîtresses, elles me torturent encore, m’écorchent. Elles ont déchiré les ailes que je me créais en secret.
Qui ose encore parler de source jaillissante, de résurgence vive ?

Je me lève, absente, pour venir à toi. Non pas en amante mais en aimante.
Je sais ton refus déjà. Je n’ai à t’apprendre, à te prendre. Tu ne veux plus rien de moi, je n’ai jamais rien voulu de toi. J’ai refusé toute allégeance, les mains-mises, les passe-droits, les priorités. J’ai refusé le servage, l’esclave et pourtant, passive, je m’abandonnais. J’étais ailleurs passive, indifférente presque, me laissant immoler, sacrifier. Muette, tout en attente de ces rêves qui voile la réalité et que, par amour, on aurait pu déchirer peut-être.

Vois ces lignes brunies, traces du lien que tu voulais m’imposer. Ici, profonde, creusée, l’ultime qui ne s’effacera qu’avec la mort. Tu voulais voir naître des roses, tu n’as semé que des épines stériles. Rien ne s’établit sans souffrance, disais-tu. Mais rien ne se crée par la violence…

Je n’ai pas compris ton harmonique, mécanique abstraite, eurythmie instable. Je ne veux pas t’accompagner. Tu crois voler, planer, tu rampes hésitant, écrasé, asphyxié, torturé par ce mal qui est en toi comme en cage et qui tourne, tourne. Tu tournes sur toi-même, sur tes questions vaines, tu es comme un oiseau qui craint la cage ouverte et se terre en un coin, et qui lui tourne le dos.

Tu te croyais accroché à mes rêves, rivé à mes lèvres, épanoui dans mon regard. Tu plongeais tes yeux dans les miens et je savais que c’est toi que tu regardais, Grégoire. Tu liais tes mots aux miens et je savais que c’était toi que tu écoutais, je savais que c’était toi que tu aimais. Toi, prolongé par la multitude des rencontres, des amours de passage.

Janus, Janus éternel.
Une part de toi n’était que désir d’anéantissement, retour à la pourriture universelle et tu m’entraînais, tu m’emportais, tirant à hue et à dia sur mon âme et me parlant d’amour fou, de fusion absolue. L’autre part à laquelle tu donnais un nom, des noms de femmes, t’abusait.
C’était toi encore, une autre face moins lunaire, moins lunatique, moins instable, moins chargée d’ombres indéfinies. Tu ne la reconnaissais pas.

C’est toi que tu aimais en l’autre, cette part de toi que tu n’identifiais pas. C’est ton égarement que tu adorais, ton corps que tu faisais jouir. Je n’étais qu’un catalyseur, nous n’étions que des catalyseurs pour toi. Nous n’étions là que pour permettre l’union de tes deux souffles.

J’ai voulu briser le miroir pour que tu voies enfin une des vérités de ce monde complexe. Mais derrière le miroir, il y avait d’autres miroirs semés là pour nous égarer. J’ai desserré les liens que tu avais noués, je les ai usés.

Je te refuse l’apaisement. Me voici en mouvement infini telle l’eau vagabonde que rien ne peut corrompre sinon la haine. Me voici en attente, en désir, en révolte.
Je te refuse l’apaisement. Me voici en mouvance telle la mer qui s’abandonne patiente et se donne à ses creux, à ses vides, à la turbulence de ses vagues.
Je te refuse le dernier assaut, la dernière ardeur de ce qui va s’éteindre, de ce qui ranime sans cesse ses incertitudes et voudrait se dresser malgré la colonne brisée, pulvérisée, rafistolée.

A présent, je porte le noir au dehors, il a été -de ton temps- serré, caché en moi comme un secret. Je le tenais au plus loin pour le préserver, pour ne pas le souiller. Je vivais un rêve à d’autres volé. Le noir est la couleur du deuil et mon deuil de toi est affiché. Je ne m’enfuis pas, je ne me mens pas, je me dévoile, je me découvre cendre, désert, sable où tu te noieras.

Mes mots sont en danger. Je le pressens. Plus que langage, ce sont des frontières chargées de souffrance, de solitude. Ce sont des frontières étanches car la seule parole-sésame est encore à trouver. L’écorce est fragile maintenant. Tout n’était qu’illusion.

Parler, être, parler pour être, parlêtre par l’être, par-delà…

Alex

juin 2005 Marjas


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Lettre à Alex-5- Belle Infortune et si noire ode

Alex, il est beau de juger, même s’il est trop tard, il est beau de se mentir, plutôt que de s’enfuir. Je tenais à la vie, elle me tient encore, alors dis lui merci. Je tenais à la vie, et là c’est elle qui me retient, comme un soleil s’ouvre en rayons, comme une feuille porte ton nom sur l’érable de la maison. A l’apex, on s’habitue à tout, la carte sauverait ici bas le territoire, sacrifiant sauvage le mystère des ténèbres comme ordures

Sur le chargeur placide de mon automatique, je glisse quelques idées pare-balles, sacrifiant l’avaleur de la fonction silence. Je ne sais plus quoi faire pour te rendre noire, sacrifier sur ta peau l’équilibre du soir.

Puisqu’il faut se détruire pour pouvoir vivre enfin, je m’applique en décor sur ce mur de détresse, comme je ne tiens plus à rien, je ne tiens plus à toi, qu’est ce donc qui me retiens, lâchez donc la meute de vos baisers, rien ne pourra me sauver, lors l’arbre de mon coeur est si sec qu’il brûle déjà. Comment retrouver les cendres, et d’ailleurs qu’enfer ?

Sur le chargeur placide de mon automatique, je glisse quelques idées pare-balles, sacrifiant l’avaleur de la fonction silence. Je ne sais plus quoi faire pour te rendre noire, sacrifier sur ta peau l’équilibre du soir.

Des tristesses comme paradis et las j’en ai assez, comme souvenirs d’ici bas, je déteste aussi, ces si belles histoires que rien jamais ne se dit, je déteste ces coeurs qui ne se rencontrent jamais, et se consolent avec l’espoir, cet antidote au désir et à l’amour. Des tristesses comme jamais ne s’effacent sous les rigueurs du noir, la fumeuse horizon de ton corps vêtu de crêpe noir. Tu vois tout me pousse au noir, les rigueurs de l’instant comme l’envie de te voir. Sous la terreur des mots, voilà que s’espace « l’atterreur » de mes maux, de crises en délirium, franchissant multiples les cols de bouteilles insanes et scots. Fier de leur malt qui me fait jouir comme un revenu de nulle part qui déboule devant la porte d’un Eden remis à neuf.

Sur le chargeur placide de mon automatique, je glisse quelques idées pare-balles, sacrifiant l’avaleur de la fonction silence. Je ne sais plus quoi faire pour te rendre noire, sacrifier sur ta peau l’équilibre du soir.

Grégoire

Pant2005


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Lettre à Alex-4-Le désert d’Alex

Tu sais, je ne me sens affecté, infecté. Il ne suffit pas de savoir nager sur le sable pour ne pas craindre d’avaler l’ombre comme dessert. Il ne suffit pas de nageoires au coté pour pouvoir voler dans l’onde comme désert. Et je regarde pousser les ailes, noires, si noires. Quel sera donc cet oiseau ? Une bulle de noirceur qui traînera ses guêtres au sol ?

Et une bulle sait elle voler, ou seulement se laisser emporter, ou encore seulement tomber ? Les étoiles n’ont pas besoin de faire d’ukase dans ces cas là. Les lois du social n’enduisent que le vent.

Et les conséquences alors ? Alex, tu ne me laisses guère le choix. Les conséquences, comme des séquences, des sécantes, des paliers sur un hallier de mensonges. J’ai trop pleuré sur ton corps, même si je savais quelque fois le porter au rouge comme l’acier que l’on bat, je n’ai jamais voulu que faire naître des roses là où le sang a perlé.

Les conséquences ? Je crois que depuis lors c’est moi in facto qui porte les chaînes. Pourtant, pourtant. C’est toi qui a les seins percés, c’est toi qui aimes porter ces bijoux, et les agrémenter d’une chaînette, mais c’est mon cœur qui brille d’acier et aussi brûle de froid.

Une expression comme larme
L’ultime caresse blanche
Comme sur un sexy beluga
Une impression comme l’arme
Ultima vaticana légende

Et les rides de sel sur la table lignes souriantes, harmonie, qu’un ange noir a laissé couler sur le sable. Une espérance de pornographie, pour nous graphie, écriture sur le corps d’une souffrance d’amour, d’un besoin de charme. « Pornocratie », car il y a ici un maître et sa princesse, un corps de lutte comme un corps de garde, un espoir de charme comme un désir de larme. Se retourner pour mieux changer, et sur le sexe comme un chantier, comme un mystère, olisbos du néant qui s’enfonce au long tourment, au loin tournant.

Tu sais, je ne me sens affecté, infecté. Il ne suffit pas de savoir nager sur le sable pour ne pas craindre d’avaler l’ombre comme dessert. Il ne suffit pas de nageoires au coté pour pouvoir voler dans l’onde comme désert. Et je regarde pousser les ailes, quelques plumes grises naissent sur le col, et ton souffle chaud les fait tressauter, les fait trembloter.

C’est lune rousse ici ce soir, et les parfums qui en découlent. Le musc et l’ivresse qui sale mon cœur pour sécher les pans recouverts d’amertume. Les dégager d’un ciel tournant, les éloigner du fer pour un instant.

Tu sais, je ne me sens désaffecté, désinfecté. Il ne suffit pas de savoir nager sur le sable pour ne pas craindre d’avaler la lumière comme dessert. Il ne suffit pas de nageoires au coté pour pouvoir s’envoler dans l’ombre et belle nuit du désert.

D’ailleurs je veux continuer d’y errer dans ce désert car il y a l’humidité des termes. Il y a la clarté de l’élément, et ainsi faute comme une sécheresse qui s’ennuie, et qu’il me reste au choix de recouvrir d’une caresse ou d’un frelon. Mon désert est un corps sec, où se cache l’ombre. Et son nom est Alex.

Grégoire


Pant


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Lettre à Alex-2eme passage.

departure
from http://www28.brinkster.com/vyvyan/index.asp ,thanks.

Je ne suis pas grand, je touche terre pour l’éternité, pour une danse qui ne se fait pas, pour ce tango que tu ne veux pas cadencer avec moi, pour cette fève que dans la galette tu ne cherches pas, comme ce triste symbole d’une baignoire remplie de sang, voulant me vider, en te serrant dans mes bras, ou me serrant dans les tiens, quoique non, je n’aurai plus la force de serrer, donc toi garde cette force que tu as dans le cœur, que tu dis avoir pour moi, que tu portes comme le ciel porte un éclat, comme tu portes une étoile dans les yeux, comme leur bleu ne se fane jamais, comme une fleur qui m’insupporte par son délicat parfum, car je sais comment elles poussent les fleurs, car je sais que la merde fait des miracles, car je pense que mon corps serait mieux en engrais, car je saigne de ne pas être toi, mais d’être juste avec toi, l’amour est imparfait, on se mélange, on se distingue, on se ressemble même parfois, mais au silence, au galop, plus rien, que le soutien d’une image dans la tête.

Alors pourquoi ne pas le prendre ce train, pourquoi même ne me pousserais tu pas ?
Il y a un début, il y a une fin, pourquoi ne veux tu pas être ma fin, quand tu fus ma nourriture, ma sustentation, ma raison.

Je traîne le carrosse, et je suis les huit chevaux, mais le carrosse est sans poids, mais il erre aussi sans masse, comme l’hiver, comme la nasse, comme le charnier, comme l’audace.
Et la peau, et la peau, comme un enfant dans l’impasse.

Il n’y a pas de raison de partir ?
Si des tonnes, c’est les raisons de rester que je te demande,
Mais tu réponds seulement à mes questions,
Alors que ces questions je les ai déjà jetées,
Que je m’en suis débarrassé, comme une mauvaise mue,
Comme des glaires que j’ai crachés.

Tu vois Alex,
Les mêmes raisons ne donnent que les mêmes réponses,
Rien n’est différent, as-tu dans ton cœur ces différences qui feinteront la délirante équation ?
Tu ne sais pas t’extraire,
C’est mon seul reproche,
Et moi je ne fais que m’exprimer,
Au final je donne un jus douçâtre, parfois même bien amer, mais ce jus je comptais sur toi pour le soutirer.

Dommage.

Tu ne te donnes pas de peine et ça in fine je te peux que t’en féliciter,
La peine tu as bien vu que j’en avais assez pour deux, pour trois, ou pour demain.
Tu ne me donnes pas de peine non plus, car tu as bien remarquée que le temps n’existe pas pour moi, et que je reste immobile figé planté dans ton regard.

Mais que me donnes tu ? Hors l’amour.

Délicieux amour, délicat amour, torride en flocons, déraison jusqu’à jamais non putride.

Que me donnes tu ?

Grégoire.

By Pant 2004-09-29


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