Billet troisième

J’étais oui j’étais comme un peu d’été cet hiver, le printemps sur les lèvres quand tu y déposais les tiennes, mais la mort, c’est comme l’automne, ca rouille les barbelés et les poèmes s’empalent comme autant de feuilles mortes. Le vent a déraciné nos corps noués, nous et? Rien, rien… il y a du vide qui a déteint. Dernière lessive et le hublot porte la crasse d’un amour sans lendemain. Lent, deux mains sur un tambour et des bulles de mousse boueuse, lent, deux mains détressées dans l’atrophie des petits matins, lent comme un battement qui se meurt, de salves en salves, le char en collier, comme pour se pendre, les chenilles à la chaîne, processionnaires.

Des bottes marchent sur les débris des mots. Tu souris mais moi je pleure, amertume des posthumes quand on presse l’acide des pépins. Il est des parapluies qui ne protègent pas des nuages nitriques.

Alors on marche côte à côte, comme deux courants d’air d’aimants amants qui repoussent satires, qui s’attirent pousses, tels des rejets de rosiers aux épines qui suintent la terre des morts.

On marche sur ses routes trouées à trop écarter leurs trottoirs sous les obus. Il y a des cratères, comme des cicatrices lunaires, des flaques et des vies déglinguées qui gisent là, démantibulées. Un bras une porte une chaussure une poupée, c’était quoi au juste le monde c’était toi au juste le monde. Dévastation infestation.

Il y a un horizon quelque part, dit-on, comme une croix dans le dos de l’invincible. La feuille traitresse dans le bain de sang, tout le monde la porte au coeur. J’ai mal comme envie de vomir quand ces embryons de douleur s’angoissent au fond du ventre. Un grain d’amour qui germera sur la gerbe de nos prénoms désenlacés.

Putain, la Malaimée, qui se réchauffe aux crépitements de la mitraille entre décombres et matelas en sueur. Putain, la Babylonienne, qui ne t’a jamais autant aimé que quand un autre jouissait à ta place, juste parce que tu le savais. Il n’y a que tes menottes qui ont violé mes entrailles. ´

Une clef est prisonnière des eaux glacées de la Neva maintenant, pour des limons de neiges éternelles, ensanglantées. Mains tenant mains, maintes fois, maintenant notre union. Et je te suis, te suis, suis, suie du khôl de ces nuits qui ne se lèvront pas. Comme le mot fin, ces trois lettres de l’infini qui s’arrache.

Sara H.

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