Narcisse

« Coule de tes yeux cette encre rare et unique, bouleversante et colorée de pur, de merveilleux, de cruel, de languide, de prodigieux, de doux, de violent, de vrai, de vie. Roule de tes yeux la vie sur tes joues que je voudrais tenir entre mes mains quand tu pleures. Et pleurer avec toi, pleurer notre non-sens, notre absurde, notre inhumanité. Coule la vie dans ma gorge, dans mes mains, sur mon cou, mon corps, mon cœur, coule la vie d’un humain, le seul que j’ai aimé. « J’ai aimé », ce passé merveilleusement composé rassure mon présent cadenassé aux sentiments, dire « j’aime » me bouleverserait tant. Vivre avec quelqu’un au-dedans de soi, tu ne me quittes jamais, tu es là, ancré dans mon vague à l’âme, roulis de nostalgie, déferlement d’amour qui s’écrase au silence des rochers froids que j’ai rassemblé tout autour de ma plage. » Marie Dorléan.

les villageois
assis en désespérance
en désarroi
manque de pavois sur ciel
l’amitié nous déshabille lentement
forcément
large au milieu la vie nous deux brise le ciel
de ses mots
comme lundi demain brise l’ombre sur mes mains

les villageois
assis en presque errance
en robes bleu-mauve
pour ne pas risquer l’osmose
rayer encore le calendrier
le jour qui fuit
et lent demain

alors ton coeur qui se recompose
au dedans de toi
il est déferlement
et finesse sûrement

lune est cruelle
à l’or comme obscure
l’idée de ton corps sur mon ombre
qui masque ma mémoire vagabonde

vague à bonde sur ma mare
en baignoire
laisser couler le souvenir
et lentement le masquer
l’oublier
mais jamais toi
mes larmes sur le palier
et le people sait que j’ai plus d’estime
que j’ai plus aucune rimes
que mes mains se devinent
lasses et mesquines
alors ma vie
alors mon amour
alors cette histoire
ces quelques mots là
si la
comme j’aurai mettre las
ici enfin ici-bas
mes presque larmes et des mots qui les désarment
comme je voudrai te revoir
ne plus finir dans le noir
danse noir
couleur vénéneuse
comme une marque sur ma peau, ma chair, ma viande bien
baveuse
en dehors de l’aube
de la vie si mauve
lorsque chacun se sauvegarde
en lâchant les chiens
my heart with nothing
en léchant les miens

mielleux comme pluvieux
c’est tortueux
mais il faut composer
pour comprendre
et se dire que je porte
mes vers en suspente
que je trouve les mots autour de ces trous
qui restent à mes souvenirs
hors du vide ailleurs

merveilleusement
tu l’aimes comme remarque ma peau
tu veilles encore sur mes maux
alors pourquoi
pourquoi encore une fois
se frapper ne vas rien régler
nos misères toujours en collier
la lune éteinte ne nous regrette même plus

alors sordide
comme saudade
et encore emmêler
les mensonges dans les « mon-songes » en suspend.

En hommage à Marie Dorléan, toujours proche

P.2005

2 pensées sur “Narcisse”

  1. Bonsoir poete

    je suis tres émue pant, particulièrement que tu aies choisi ce texte, ce passage même… j’avais tellement besoin qu’il se passe de silence, tu l’as couvert de mots… Merci pant, je t’embrasse, merci!

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