Archives de août, 2005
Les sabliers- Saint-Pol-Roux
Un poème de Saint-Pol-Roux
écrit à Camaret en 1892
Les Sabliers
Assis sur la plage solitaire du Toulinguet, où viennent s’agenouiller les haquenées de l’Océan, je méditais, après la chute de l’empereur des Coupes de Thulé.
Devant, hérissée du dernier vol où se pêlemêlaient guilloux, mouettes, gaudes, hirondelles de mer et perroquets japonais sans queue, l’Ile ; à ma droite, derrière le fort, la Pointe Saint-Mathieu avec ses ruines ecclésiastiques ; à ma gauche, devinées, des pierres et des pierres donnant un frisson d’Eternité à poil, la Tribune, le Lord-Maire, le Dante, les Tas de Pois, le Château de Dinan, le Cap de la Chèvre, la Pointe du Raz, l’Ile de Sein…
Je comparais douze cormorans alignés sur un écueil à une phrase de Poe traduite en alexandrin par Baudelaire ou Mallarmé, lorsque des crissements singuliers venant de Camaret m’intriguèrent la nuque te me firent tressaillir.
Plusieurs théories d’ëtres bizarres descendaient le versant : espèces de sauterelles aux membres de bois et corps de verre.
Plus proches, je reconnus des Sabliers.
De toutes dimensions :
Sept, menus comme les fœtus de cinq mois, marquant l’heure ;
Sept, mignons comme les nourrissons, marquant le jour ;
Sept, petits comme les communiants, marquant la semaine ;
Sept, grands comme les adolescents, marquant le mois ;
Sept, hauts comme les titans, marquant l’année ;
Sept, colossaux comme les clochers de cathédrale, marquant le lustre ;
Un, enfin, le dernier, incommensurable comme le génie marquant le siècle.
[Mesurez votre audience]
- « Hélas ! glapirent les Sabliers. Disgraciés déjà par l’invasion des damoiselles de chêne au nombril d’or, irrévocablement perdus depuis les décrets impies, nous pourrissions dans les moustiers branlants de l’angélique Pays des Coiffes; inutiles désormais loin des reclus qui nous vinrent ici remplir, nous revenons, accomplie notre destinée, à cette plage si sabuleuse depuis le départ des sandales, et notre guide fut la soif de reposer au lieu natal. »
Je compris que nul ne rendrait à ces oubliés le pieux service si le poëte ne daignait.
Aussi, commençant par les moindres, je me mis en devoir de vider sur la grève les Sabliers l’un après l’autre.
A cet office nous restâmes des heures, des jours, des semaines, des mois, des années, des lustres…
J’avais entrepris le dernier Sablier, le séculaire, lorsque l’invisible faulx du Temps me détacha l’âme du corps.
Les pêcheurs de Kerbonn trouvèrent mon cadavre sur lequel flottait une longue barbe blanche.
Et j’avais l’âge que j’aurai, ô mes Héritiers, le jour de mon décès.
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Narcisse
« Coule de tes yeux cette encre rare et unique, bouleversante et colorée de pur, de merveilleux, de cruel, de languide, de prodigieux, de doux, de violent, de vrai, de vie. Roule de tes yeux la vie sur tes joues que je voudrais tenir entre mes mains quand tu pleures. Et pleurer avec toi, pleurer notre non-sens, notre absurde, notre inhumanité. Coule la vie dans ma gorge, dans mes mains, sur mon cou, mon corps, mon cœur, coule la vie d’un humain, le seul que j’ai aimé. « J’ai aimé », ce passé merveilleusement composé rassure mon présent cadenassé aux sentiments, dire « j’aime » me bouleverserait tant. Vivre avec quelqu’un au-dedans de soi, tu ne me quittes jamais, tu es là, ancré dans mon vague à l’âme, roulis de nostalgie, déferlement d’amour qui s’écrase au silence des rochers froids que j’ai rassemblé tout autour de ma plage. » Marie Dorléan.
les villageois
assis en désespérance
en désarroi
manque de pavois sur ciel
l’amitié nous déshabille lentement
forcément
large au milieu la vie nous deux brise le ciel
de ses mots
comme lundi demain brise l’ombre sur mes mains
les villageois
assis en presque errance
en robes bleu-mauve
pour ne pas risquer l’osmose
rayer encore le calendrier
le jour qui fuit
et lent demain
alors ton coeur qui se recompose
au dedans de toi
il est déferlement
et finesse sûrement
lune est cruelle
à l’or comme obscure
l’idée de ton corps sur mon ombre
qui masque ma mémoire vagabonde
vague à bonde sur ma mare
en baignoire
laisser couler le souvenir
et lentement le masquer
l’oublier
mais jamais toi
mes larmes sur le palier
et le people sait que j’ai plus d’estime
que j’ai plus aucune rimes
que mes mains se devinent
lasses et mesquines
alors ma vie
alors mon amour
alors cette histoire
ces quelques mots là
si la
comme j’aurai mettre las
ici enfin ici-bas
mes presque larmes et des mots qui les désarment
comme je voudrai te revoir
ne plus finir dans le noir
danse noir
couleur vénéneuse
comme une marque sur ma peau, ma chair, ma viande bien
baveuse
en dehors de l’aube
de la vie si mauve
lorsque chacun se sauvegarde
en lâchant les chiens
my heart with nothing
en léchant les miens
mielleux comme pluvieux
c’est tortueux
mais il faut composer
pour comprendre
et se dire que je porte
mes vers en suspente
que je trouve les mots autour de ces trous
qui restent à mes souvenirs
hors du vide ailleurs
merveilleusement
tu l’aimes comme remarque ma peau
tu veilles encore sur mes maux
alors pourquoi
pourquoi encore une fois
se frapper ne vas rien régler
nos misères toujours en collier
la lune éteinte ne nous regrette même plus
alors sordide
comme saudade
et encore emmêler
les mensonges dans les « mon-songes » en suspend.
En hommage à Marie Dorléan, toujours proche
P.2005
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L’été
l’été c’est fait pour mourir
s’évaporer dans les airs de ‘aimez-vous’
sur le sable, ou en dessous
dans les enfers et parmi nous
encore
et si l’été c’était l’enfer
le feu des âmes qui brûlent les corps
des histoires folles qui prennent nos corps
et la folie qui s’évapore
dans les regards d’Alex
comme sous les rails d’un train qui passe
un mouvement des lèvres
une cigarette, un instant de fumée, un nuage
un baiser
et l’oubli de l’été qui brûle encore et encore
petit à petit les ombres qui font dans nos coeurs
de petits tas de cendres
de si petits tas de cendres
mais qui brûlent encore la mémoire
comment font ils donc ?
si ce n’était que l’été…
P.2005
http://angeline.canalblog.com/archives/2005/07/31/691942.html
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