Boston Teran- Satan dans le désert

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Bob Hightower, flic croyant et plutôt terne, sort de sa léthargie le jour où son ex-femme est massacrée avec son compagnon noir, et sa fille Gabi kidnappée. Pour tenter de la retrouver, Bob accepte l’aide de Case, ex junkie qui porte des cicatrices indélébiles à l’âme et sur le corps. À travers les playas désertiques du Nouveau-Mexique, elle le conduira jusqu’à Cyrus, chef d’une secte satanique dont elle fut jadis la victime.

Leur traque fait alterner des scènes atroces, speedées, qui plongent au plus profond de la barbarie humaine, et d’étonnantes conversations sur la foi en Dieu et les justifications morales du passage à l’acte. Au bout du chemin Bob, dont les certitudes ont volé en éclats, découvrira que le Mal était assis devant sa porte. La prose extrêmement personnelle de Boston Teran, mélange de violence âpre et de lyrisme déchirant, harponne le lecteur avec des dialogues au poignard

et un passage que je recopie :

« puis elle se laisse glisser dans ce petit coin fou du cerveau où chacun d’entre nous sombre de temps à autre.La souffrance qu’elle ressentait a disparu pour ne laisser que le sang qui tambourine au niveau de son oreille, tel un coeur arraché de la poitrine mais continuant de battre à l’intérieur d’une boite à musique. Elle se lève. John Lee continue de démolir Arthur, détail apres détail. Maureen aperçoit le holster de son mari, rangé dans sa veste.

Elle marche dans cette direction. Les secondes qui suivent se déroulent aussi lentement qu’une perfusion de valium. John Lee se tourne vers elle, et quand elle a droit, en gros plan, à ce ricanement moqueur qu’elle a appris à détester au fil des années, le carcan des lois qui contraignent s’abolit . »

Le poids de l’humain sur le mal, sur la vie, sur le corps, le poids du mal comme compagnon indivisible à l’humain, qui chemine et qui frappe les veines comme les corps, chassant Dieu comme on chasse un moustique, chassant la famille comme on écrase une mouche, hurlant comme un Coyote dans un désert où son coeur est ivre du vent sec.

Il est de ces livres indispensables parce qu’intolérablement cuivrés comme le goût du sang qu’il nous reste dans la bouche, et pourtant l’on continue jusqu’à notre propre mort dans l’ombre des mots, et cela pulse encore loin après. Très loin comme le temps sait emporter.

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