Salées.

Les mots salés sur le coeur de l’aube, les mots isolés sur l’épaule du ciel, et Paul, et Céline, et Julie, encore tant de belles et d’un prince la vie qui grandit, en sortant de l’enfance, comme il entre à la nuit, comme il découvre le coeur en coupant la chair, promise comme une faim de promesse, un duel en vitesse, qui se perpétue de lui-même et sans nous, encore qu’en décalage, on décale l’age, et l’on s’enfuit, comme Léon, le paon, se matte à la roue, écartelé par les sentiments paradoxaux. Les mots qui se parlent, s’évitent parfois aussi, et c’est contre les masques que l’on porte les coups, et c’est des lèvres que l’on cherche à embrasser, pas un simple masque de verre. Alors entre Julie et Paul, ce fut comme entre moi et Céline, tout se déroula pendant une soirée portée par les nuances de l’air et du ciel marin.

C’était un soir de billet textuel en absence de courage, j’avais regardé ce nuage, et cette brise lointaine apportait sur ses yeux de sel, un air marin, salé aux embruns. C’était un billet brun sensuel, qui me porta à sa rencontre. Elle n’était pas spécialement belle, non. Elle était spatialement jolie. c’est à dire que sa beauté éclectique remplissait d’un rivage électrique tout l’espace qu’elle occupait. Et c’est dans cette nuit textuelle qui venait, bordée d’un billet rouge, que le désir naquit, qu’il prit corps, qu’il se donna à prendre, et à tout, bien considéré. C’était un soir de billet bleu pareil que mon coeur avait déjà explosé, et que les quelques morceaux ruisselants étaient partis explorer quelques sourires.
C’était un billet de sel où j’avais laissé quelques baisers, pour elle. Quelles traces aurais-je pu laisser de mon passage, quelles traces plus généralement laisse-t-on sur le chemin que l’on prend ? Quinze ans dans ce bureau, à fréquenter un groupe de personnes, à rire, à moins rire, à déjeuner parfois ensemble. Quinze ans, et l’on part vers d’autres cieux, et que reste-t-il de nous, que reste-t-il comme souvenirs de notre passage. Des amis, des amours, des amitiés qui débutèrent, qui ne finirent pas mais pourtant prirent le chemin du rien d’autre. Alors quand j’avais recroisé Céline, c’est comme ce que tu m’avais raconté concernant Julie. Il y a des histoires qui se feront en Histoire, et d’autres qui naîtront en Géographie, en Absurdie, où sur la presque-île du Tendre.

Alors l’essai de l’écriture pour éviter l’oubli de son visage, de ses lèvres, des lisières de sa lumière ? Parce que cette peur est là native en fait, déjà pour engager cette angoisse, elle ne pouvait qu’être là, tapie. Mais cette tentative étroite d’écriture nous engage-t-elle inévitablement dans la littérature ?
C’est aussi pour ça que je brandis là un étendard, où s’écrit en lettres de fer « la littérature ou la vie ?» . Si l’on plonge dans la littérature c’est au détriment de la vie, et c’est pourtant aussi un moyen de l’exalter. De choisir l’apprentissage du tissage, de trouver le chemin du Jadis, l’envers du silence, l’endroit où le langage prend naissance et lors modifier l’agencement des armes, des larmes, des errances. Calmer le silence, le masquer, et sur ses côtes marquer au feu, les empreintes individuelles, les primautés de l’instant Jadis.

Là où tout s’inscrit rien ne reste visible, et le chemin littéraire impose de se cacher dans le silence pour retrouver la paix, la différentiation du soi sur l’autre. Julie ou Céline, deux images, deux soeurs, deux coeurs, et un seul souvenir en fait, une seule histoire, un moment d’unicité dans une pluralité d’instants. Comme si le temps en fait avait fait un bond, un grand bond en avant, masquant toute raison en dehors de celle culturelle qui me fait prendre la plume ce soir. Alors comme mes neurones semblent partir en croisade, facilitons le raisonnement, le « descartisme » de ma triste configuration cérébrale.

Argument I. la littérature prend le masque de l’amour, de fait, lors, la recherche amoureuse s’appuie sur la litera.

Corollaire. L’amour échappe lui aussi à la vie ordinaire, qui elle s’efface dans les deux cas, et ce qui fait que le temps et surtout la durée devient l’empêcheur de réalité. Que la durée augmentant la longueur, devient génératrice de langueur, langueur qui déchire à petits morceaux la relation. Au mieux, les brisures entament une recomposition autour du noyau étendu s’il existe, noyau moléculaire, polynucléaire, qui autour des enfants, va tisser sans attiser la relation prime nucléaire, va tisser par glissement des néo-relations qui in principe se caractériseront par un équilibre à l’état initial. Mais je glisse loin sémantiquement, les enfants ne sont que nos pensées filles, celles ici qui naquirent d’un regard, d’un baiser, d’une étreinte, sans feinte.

Argument II. Amour/littérature, si cela doit s’écrire en secret, alors cela peut s’effacer.

Corollaire. Si je tiens une belle histoire, si je veux l’écrire, si elle l’entame en force, en clair, et sans obscur, si les personnages lumineux avancent vers un prévisible. Alors pourquoi dois-je refuser de l’écrire? Pourquoi doit-on s’empêcher d’écrire ces nouvelles pages, qui pourtant s’engagent comme de la belle littérature ?
Car peut être il y a l’existence pré-initiale d’une autre histoire avec parties d’autres personnages, qui s’est développée dans autant de beauté, et l’emmène dans un instant de tranquillité mais non de sérénité.

Ce corollaire se refuse lui-même, il n’y a aucune logique dans cet état des mots.
Car la litera ne s’impose pas de limites dans ses manifestations. Elle se pose juste dans une volonté intrinsèque de la création même de ce lien. L’imposant de fait à la multi-réalité de l’un et de l’alter. Et je pose là encore valeur identique entre litera et amour. Et je pose identité entre Julie et Céline comme je l’ai déjà dit, je pose identité entre Paul et moi, et ainsi entre toute la communauté des hommes envers celle des femmes, universalisons encore, identité complète entre tous les coeurs de cette humanité aimante.

P.2005

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