Ecrire et Subir

„Ecrire, maintenant, il semblerait que ce ne soit plus rien bien souvent.“
Marguerite DURAS, L’Amant

« J’ai tout oublié
ce que je voulais dire
ce que je voulais écrire
ce que je voulais crier
mais qui se tait
c’est comme quand
on ne sait
plus
la couleur du soleil
en ces jours tristes
où le ciel
n’est qu’un nuage gris
et qu’il faut faire fleurir
un tournesol
dans le champ de cendres de ses rêves »

Ne me laisse pas à la lisière du rêve, au coeur même de tes bras, et la postérité, le miracle de l’unité, une histoire ici comme ça, qui se fait souvenir, alors qu’elle veut encore écrire,
laquelle est la foi, qui collera au vide,
pour en faire mieux encore, mieux coller au corps,
mieux demander pardon, et jamais finir non, que les mots ont trop à dire, que ça vaut pas de partir, comme guère plus de mourir, que vaut mieux encore mentir, et se rire jusqu’au feu, à la postérité,
comme un rire de Gala, une histoire de Dalí, qui finira comme ça, à peindre sur une toile, comme au sommet de l’étoile, et les mots en cadence, que tu poses sur cette danse, laisse mon coeur derrière toi, et la vie devant soi, je te le redirai pas, continue d’écrire comme ça.

« Et pourtant j’écris
que j’ai oublié d’écrire
ce que j’ai oublié d’écrire
comme si je pouvais me rappeler
comme si je pouvais
comme si
seulement
écrire
ne s’oublie pas
écrire
pour se souvenir de l’oubli
écrire
pour oublier le souvenir
écrire
pour écrire
écrire
pour s’écrire
s’écrire
pour s’écrier
s’écrier écris !
l’écrit du cri
des cris
écrits
et tais-toi
en criées renversées
Il y a des morts
qu’il vaut mieux ne pas réveiller
sceller un cercueil pour enterrer un secret »

Clandestin, sceller les fleurs dans le vide, ne laisse pas parler le soleil, ne fait que valser les mirages, et nos mêmes unions, comme des dérives d’amour, sur ces terres miracles maintenant, que nos mains qui se veulent, laissent tomber les mots, sur le seuil de l’automne, comme un hiver qui résonne, au plus fort de tes pas, allez viens, dans le contrefort de mes bras, clandestin, femme miraculée, qui se heurte au hasard comme une vieille vengeance et laisse passer le train sur la rondeur de la planche, l’être ne perd plus ses feuilles, mais recueille tes mots, comme une étrangère derrière elle se masque de bruit, pour casser l’horizon fermé de ses lèvres tendues sur un masque bleui de nos nuits à venir, avenir comme les vagues nées dans le reflux, comme un nuage bâti pour la folie, comme une tristesse me saisit, quand je vois sur tes seins comme des marques de mains qui se gonflent d’ombre, encore de tes mots pour vivre le silence.

« T’écrire
pour briser le silence
sacrilège
de l’oubli
qui se refuse
au souvenir
sacrifié
une plume se cogne
au miroir
comme pour sortir de paupières trop lourdes
écrire
comme se fêle le frêle reflet
aux larmes des nuits blanches
remplir les fissures
ces lézards
qui fendillent
de craquelures
en gerçures
par ces froids
qui ventent
éventent
éventrent
et m’évident
remplir la page
de quoi
c’est vide
tout vide
de pensées effritées
qui s’évitent
en se frôlant
c’est plus rien
des riens
que
la seringue d’encre
plantée aux maux
la plume-morphine
pour calmer les mots
qui se déchaînent
m’enchaînent
recroquevillée
dans ma camisole
sans force
j’ai oublié
de me souvenir
je me souviens
avoir oublié
plier
la lettre
et la mettre dans l’enveloppe
la bouteille
à l’amer
océan
quatre yeux d’eau
qui m’ont fait verser
tant de bleu
écrire
le pourpre
des sangs mêlés
emmêlés
comme pelote de laine
de verre
en vers
et contre tout
revers
du souvenir
oubli
ou l’un
vers ce
sous
venir
saoule
trébucher
comme une tombe »

Du souvenir comme l’oubli qui retombe, on se vendredi comme un lundi, et le peuple le cerveau et la chair, nos peuples comme de la lumière, qui rigolent sur le sol, comme une eau vagabonde, une table de roi, comme un rêve au pire, ne jamais te laisser mourir, toujours au fuir se laisser nourrir par tes mots, comme muette la souris en braille recolle tes yeux sur la taie blanche de l’oreiller, et le coeur sur une branche, comme un nid qui se construit, on végète souvent, le coeur est solitaire, et même s’il tonnait les mots, et les pose sur le sable, le vent qui s’en rempare, ne laisse souvent que le temps comme dernière misère, une obscurité qui tend le coeur vers sa lumière et ce ne sont que tes mots qui sont le coeur d’écrire, et de poser tes doigts sur un sucre qui fond au rebord de mes lèvres, quand tu me tends ça, je revois ton sourire, et j’oublie tes mots, pour te regarder comme toujours en action, revenir vers cette envie profonde, écrire.

« Muette
lire le braille
que tes yeux
avaient fait
espérer
à ma bouche aveugle
écrire
à quoi ça sert
quand c’est pour oublier
qu’on ne peut pas se souvenir »

De tout ces mots qui m’ont collé le coeur d’ambre, ou le corps de cendres.

Féludorée, Leipzig, Avril-Juin 2005
Pant, Paris Juin 2005

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