Remix—La chanterelle

Pant—-remix du grand 1dex& «Chanterelle »
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J’arrive sur le sol comme une nuée sur le seuil. Je pose un seul regard ignoré sur la porte, la rue est « ignorable », la rue est sagace, peuplée des ombres de la réalité moderne, pas celle de Modène, celle de la rue « 18 salissures à la une », « 18, vomissures à la lune » .
J’avance comme on tombe, c’est vrai que je bois trop, déjà c’est trop, y penser encore avant c’est trop, toujours trop. Mais le blues comme le rock ça lamine, le blues écartèle, et le rock avide des dissections solitaires, voire des aversions solidaires, ça fait mal, ça découpe, ça lacère comme une coupe en vif sur l’onde, et tu sais que c’est vrai, déjà trop vrai, d’avance c’est vrai.

Pour quelques verres d’alcool, je repense Anatole à cette France qui décolle, et les riffs de guitare de Van Halen me portent en avant sans perdre encore trop l’haleine. Enfin je trouve la clé, je trouve l’entrée, je trouve le chemin vers cette bouteille qui tend son col, comme un premier rang à l’école, tout me porte vers sévère d’alcool. Accaparé, je n’avais qu’à parer, les coups se portent mieux que moi, je tombe livide sur le canapé qui m’attendait là, comme s’il se tendait à moi. L’inéluctable carte du tendre de l’an 2005, celle de l’ivresse qu’on défend, qui détend, qui percute les neurones encore en fuite, seuls survivants sur le circuit d’une mémoire en déroute. Et s’il n’y avait pas la guitare, s’il n’y avait pas le vent dans les glissades sur les cordes, s’il n’y avait pas la tempête dans l’instant.
Alors il resterait la douceur du bois, la courbure du coeur, comme celle du corps, il resterait la couleur , même si elle se brasse dans des nuées d’alcool, dans des vers célestes, des étoiles innommables. Sur le tempo le désir d’un accord mineur, l’envie de promener les doigts pour survivre encore un peu.
Mais c’est dans sévère d’alcool que je prends encore l’aube, que je m’y sens tomber comme en excédent, comme dans un trop plein, celui qui viderait à la pâle ombre mon cerveau, molestant sans nombre les notes prisonnières d’une mélodie piégée, hypnotique.

[i]Lentement les feuilles du frêne tombent sur le sol et dans une caressante glissade se portent vers moi, comme une onde naufragée qui se hisserait au delà du système fluidique. Je ris ! Pourtant, pourtant, seul le silence me répond, rien ne résonne dans l’air moite et collant. Deux vieilles filles résidentes voisines vissent leurs regards sur mon coeur, l’inquisition comme motif rapporteur ou « reporter » . C’est vrai, c’est beaucoup trop, mais je jure que c’est vrai, leurs regards ont de l’ombre au moteur. La plus vieille me menace, agite les bras comme en coupant l’air. Les deux sont armées, étranges Walkyries, d’une épée large au côté, brise lame, ou brise l’âme … Mon unique pensée me refuse le statut du gibier, l’heure n’est pas encore venue. Et le temps se renverse, un voile intense de pluie nous sépare les unes de l’autre, ça y est c’est la mousson…[/i]

Merde, c’est vrai que je bois trop, et la sueur alcoolique témoigne de l’effet autant que de l’affect. Voilà, clair, c’est pas la mousson… la bouteille est presque vide mais elle m’attend encore, seule compagne impassible et fidèle. Dessus, le post-it de Céline. J’en tremble encore. Je décolle le papier, y perd encore une fois le regard, et une âme altérable à l’altérité, la mienne… C’est aussi le moment du diable tempo qui déchaîne sa batterie dans un solo inéluctable, tapissant les bordures intérieures de mon crane d’une bouillie pulsante de neurones incisifs. Ça fait la centième fois que je relis cette antienne: « Rupture dit-elle… rupture dit-elle… » . Paraphrase d’un ivrogne pour dénoncer la vile violence, et surtout la manière de défaire. Tout heureusement, chaque regard sur ce post-it gagne une bouteille en bonus, m’isolant du fait encore plus, et avec la grâce d’un prestataire délicat. En mourir c’est ça, en pourrir en tout cas !

Je descend du wagon. Lunatique arrière, mes bras tombent, moi-même je tangue et voilà que sauvage en moi le rire s’éteint. Il est vrai que je t’aimais un peu trop, trop c’est vraiment, enfin c’était. Et tout me frappe, les vapeurs et l’inutile inquisition de mon âme. S’asseoir, trouver un banc, sans surseoir, sans tressauter du coeur au défaut de l’alarme. Et lors voilà, la frappe véloce de la batterie reprend son feeling presque féroce, et les tambours contre mon crane, et s’ébauche encore à l’intérieur comme une gigue funeste. Mon corps tangue, c’est la houle, c’est mon sang qui divague, c’est le quai qui tangue, aussi les rames qui passent si vite qu’elles rythment les battements de mon coeur.
J’ai dans l’esprit les effets de la perte, les effets du manque. Et c’est en sentant passer tous ces gens autour de moi, qu’enfle encore le malaise. Trop de jeunesse, trop d’étudiants. Me voilà trahi par le métro Sorbonne.
Bouger, pourrais-je encore faire un geste, ne devrais je pas déjà pleurer ? Les larmes se sont « escapées » . Il faut que je rentre, il faut, relire encore ce post-it, reprendre une fois encore le bout de ce fil qui tire à moi les rebours de mon âme, reprendre une bouteille pour le coller dessus, pour continuer encore, pour éviter la fin, en refusant la rupture intensive, en noyant la substance amoureuse encore en suspend dans mon être.
« Vous avez besoin d’aide monsieur ? », c’est un contrôleur, qui brille par une gentille inquiétude dans le regard. L’inquiétude laisse place à du recul quand il me voit de face. Face contre face j’ai pas l’avantage, les lividités sont miennes, la pâleur du pâmé. Mais la pâleur a-t-elle vaincue sa proie ? Je ne sais, je tente de m’élever, sans succès, la rechute est mauvaise, comme maudite…

[i]Le frêne. Encore les feuilles qui tombent, en pluie, en silence, mais dans une cadence identique. C’est une redite, une maudite reconduction. Le même mouvement reptilien de la masse par terre. Et l’eau dense comme un mur qui nous entoure, dans une étrangeté aquatique, fourmille en gouttes énormes sur le sol de terre noire, j’aperçois encore… et toujours ces deux vieilles et voisines…[/i]

Des flashes, des lumières. Des éclats, et des voix, et du tremblement en moi. C’est le bruit du vide qui m’enserre, qui s’incarne et me vide aussi. C’est un choc en fracas, c’est un gong… « poussez-vous, je suis médecin, laissez-moi passez, urgence ! » . Je sens qu’on me saisit par les épaules, que l’on m’étend sur le sol, il est si froid ce sol.

[i]…Et les deux vieilles qui tendent les bras, m’apportant même un sourire, dans une avance implacable…[/i]

.. Une main se porte à mon front. Une menace, est ce un coup qui me frappe ? Non ! Elle se pose, délicate comme une main douce d’infirmière fidèle à la saudade en pratique. Un autre attrape mon poignet, il y a du monde qui s’affaire, comment encore respirer. Je perds presque connaissance, je suis las à la cause du vide, je ferme les yeux, et je me perds. J’arriverai pas à trouver les accords, voire seulement le dernier. Les cordes cassent une par une, sauf la chanterelle… sauf la chanterelle…

[i]le frêne n’a plus de feuilles. Il ne reste plus que sa silhouette sur l’horizon qui dessine une mince ossature aux finesses du vide. Le silence est là, et la terre est grise, presque noire. Dans mon regard figé il ne reste plus que ces deux vieilles voisines qui arrivent sur moi, vais-je les reconnaître ? Skuld ? Verdanti ? La fin ne laisse même pas de certitude…[/i]

Pant—-remix du grand 1dex& «Chanterelle »

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