Là où se glace l’hiver

Là où se glace l’hiver

C’est dans les couleurs de l’alcool que sanguine l’ivresse colle aux murs tes mots
et les rumeurs comme toutes seules odeurs
et tes humeurs et leurs uniques et subites saveurs ?
que me laisses tu ?

[i]Tempes en ruine
et ton souvenir qui cogne qui cogne à la porte de mes yeux
de ces mains ruisselantes
Que reste-t-il au fond du verre?
Des baisers – absinthe
marais de l’absente
Je t’ai tout pris pour ne rien avoir
un coeur en courant d’air se demande
et si pourtant peut-être
que…[/i]

les tempes en ruines, ou les temples sous la bruine ?
tu t’écartes encore
et nos baisers comme l’aube souffriront du manque de lumière
mais pas du manque de peau
pas du rêve en désir et de la laine en substance

[i]Combien de fois t’ai-je attendu sur le parvis?
Combien de fois, combien de fois?
Dis-moi!
Mais non, tu ne sais rien !
La Statue de la déesse a succombé depuis bien longtemps à mes blessures
J’ai trop froid pour que tes grands bras me rappellent à toi
J’ai trop froid comme un rêve émietté
Et tu me désires encore…
À quoi bon? Le soleil s’est couché pour toujours
il y a trop longtemps déjà
trop longtemps…[/i]

Pourquoi parles tu de désir
alors que je sens encore ta peau bruire
qu’elle parle au plus fort de nous des douceurs et des palmes
qu’elle redemande le contact unitaire de ma peau et de mon feu
qu’elle aimait comme toi se faire lécher les tempes et d’autres lieux cachés

[i]Mais que crois-tu?
Toutes ces pages que tu tournes dans l’espoir de trouver le mot oublié par tes yeux avides
ne sont que mes peaux mortes
mortes, tu entends?
Ma peau, râpée par ta langue, ton verbe, tes mots, mes maux
Laisse-moi rire… tu m’as volé mes liqueurs
tu as fait de moi un désert
et tu veux encore déposer une gerbe d’espoir dans la vallée de mes dunes?
Tu y trouveras un recueil squelettique de tout ce que tu n’as jamais voulu entendre
Écoute la voix bleue
Moi, je retourne à mes voiles nomades[/i]

Et la voile là qui parle pour l’occident
mais écoute, écoute
you love my lovely sweet
entends le vent qui passe par l’oxydant dans mes veines
qui verse l’acide dans mon haleine
je sais, je sais
c’est ce goût de feu rongeant qui te fait refuser mes baisers
mais les laines de cartables
les soieries sur ta peau
j’ai jamais voulu aimer une simple étudiante moi
c’est un corps que j’ai voulu à étudier
et pas des maux subits, les tiens, je veux les éluder

[i]Mais mon silence s’élime comme tu éludes, élides mes maux…
N’as-tu donc pas compris que mes maux sont mon seul chant?
Je suis là, vidée de mes mots,
l’élingue au cou puisque je suis ton fardeau
et je suis là d’élision en élision
je m’efface et c’est tant mieux, peut-être
Il est des dentelles qu’il faut savoir protéger des flammes
Mes pages s’émacient
Resteront deux élytres comme la couverture d’un manuscrit
vieilli aux mythes, ton mythe de l’étudiante
Deux élytres, oui, c’est cela, comme deux pétales d’ellébore[/i]

Moi mes mots s’estiment comme tu commandes
par affects, lancés, balistiquement outrageants
je suis las, vidé par tes mots
perclus de mes poids niais, perclus de tes mots si humides
que mon éponge en coeur se fond vers l’intérieur
dérision envers dérision
des raisons oui plutôt que déraison.
Et si je t’aime autant en dentelles
je t’adore aussi nue que le ventre
je t’aime lisse comme le fruit
au goût de sucs.
Je ne fais que me tromper en l’espèce
en l’espoir
mais jamais te tromper
jamais je ne mens sur l’amour
et l’oeuvre des derniers jours.

[i]Tu m’as dérobé les mots de la fin
J’ai trop écarté mes lettres pour que tu cueilles mon néant
quand tu me disais « tais-toi, mon amour! »
quand tu mettais ta main de résine sur ma bouche pour que je te mordes au lieu de crier.
Il y avait des noeuds de phrases qui se pelotonnaient dans mon ventre
comme des racines de vignes
et de maillons en haillons tu as tiré comme pour défaire l’ourlet
grain de raisin écrasé fondu sous le palais
J’ai trébuché sur les eaux d’une écluse ouverte comme un galet en ricochets de pépin
flaque desséchée par ta faim
Il ne reste de moi que toi
que toi
que toi…[/i]

Entre deux pays, ce 5 Mai 2005

Féludorée/pant

original sur accents poétiques

http://www.accents-poetiques.com/agorasv5/index.php?showtopic=2289

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