350 personnes brûlées vives au Kolanga

« 350 personnes brûlées vives au Kolanga, par les milices de Der Kalimbre »—notre envoyé sur place n’a pas voulu prendre de photos, et d’un commun accord avec la rédaction, nous lui avons demandé le texte qui suit, donc prenez garde, ce ne sont que des ‘impressions brutes déposées lors d’un profond trauma——-

Se reposer sur ce qu’on voit, non, fermer les yeux, refuser les images, refuser, jeter mon appareil et sauter dessus pour le briser. Larmes ? Non, yeux secs, l’alacrité de l’air fait que je suis sec, que je suis déjà ivre, qu’en conscience je bois déjà les nombreuses bouteilles de mauvais whisky que j’anticipe.
Des restes, il ne reste que. Il ne reste que ça, des restes, des résidus, des morceaux, brûlés mais encore intacts dans leurs aspects, leurs formes, leurs définitions, leurs origines. Le choc est là, relier ces restes à une pensée qui préfigure un être humain, un enfant ou une femme, un homme ou un vieillard. Non ! cessez de penser, la nausée ne peut que reprendre, car l’odeur qui domine ici et maintenant c’est l’odeur infecte de nos vomissements. Nous errons, sans pouvoir nous arrêter, nous errons, et moi je ne serai plus que ça in fine, infiniment, un Errant.
La haine est résidente en ces lieues, la haine efface tout ce qui était humain, la haine efface les traces de raison, efface les rumeurs d’amitié entre les peuples, les pensées culturelles, les résidences enfantines.
Là en ces lieues, en cet instant, en cette humeur, je ne vois plus ce que peut être l’amour, je ne comprends plus le sens, le concept du baiser, je ne fais qu’apercevoir quelques images de corps désunis quand je pense à l’acte d’amour et de sexe, je ne suis plus capable de m’affirmer dans les images d’unions et de joie, et de jouissance, je ne suis plus un humain. Personne ne peut être humain en ces rivages, personne ! Ne restera donc à ce jour et pour longtemps que l’errance, et la quête de sens, quête invalide comme l’errant que je suis.

C’était Olivier Desfleurres, correspondant du journal France-Cité, ex-correspondant, démission suit.

Voilà donc retranscrit ses quelques mots, et au delà de la perte d’un confrère pour des motifs que nous comprenons, nous ne pouvons tous ici à la rédaction, et dans notre pays, que nous sentir aussi des errants, et notre quête de sens doit devenir l’acte refondateur de notre citoyenneté et de notre identité.

La rédaction.

4 pensées sur “350 personnes brûlées vives au Kolanga”

  1. Pourquoi « muette  » et entre guillemets encore, alors que tu ne citais personne ? Je ne comprends pas ton message Chris .

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