Archives de avril, 2005

Billet deuxième.

La beauté est ici très fraîche, et elle fleurit d’aise sur les décombres, les murs bas de décembre. Sur la bouche ça m’est égal, de vos bras si moignons que rigole la torture, que ricane le vainqueur, que s’écroule le vain coeur.
Si t’étais moche pauvre cruche, ça aurait pu vraiment passer, mais, même une triste putain se doit d’avoir des doigts lestes pour prendre en main l’objet du désir, ainsi que les billets qui l’anticipe.
Une vie, un baiser, quelques billets, une prison, voire un asile, un peu d’électricité, quelques fils, moult cris, voire même si dispositions des hurlements, du viol, de la chair, du sperme en tonneaux, non, un tonneau de la pute, qu’il ne reste qu’à vider par ses cris, qu’il ne restera qu’à remplir par ses orifices.
Et tristesse pauvre putain tu étais, pour eux, seulement pour eux. Même terroriste, même. Pour moi tu étais Sara, tu étais libre et belle, et souriante, et chanceuse, et amoureuse de la liberté d’aimer. Et voilà, pas de chars dans ce billet, pas de chenilles pour broyer nos chairs, mais du bris de nos âmes qui passe par la déchéance de nos coeurs et de nos corps.

Carl Jusek

“Sur nos voix de Liberté, tant de morts, de souffrances, la vie. Et les violons sur Leningrad, et les violons. Pleurant les vies, chantant l’aube qui nous attend, un jour prochain, lorsque finira la nuit” Anatoly Tchervenko.


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Sous les chenilles, ma part d’ombre.

Comme en plus, s’ouvre l’autorité du corps, et là sur l’ensemble, en enfer, l’enfermement solidaire des nos atouts indélébiles. Comme en plus, sur la route les chars en quinconce, lâchaient les coups comme des bombes sur nos têtes nues solidaires. Comme en plus, sur les ondes, radio liberté se met à crier, et nos morts ensuite se lèvent pour la danse macabre.
Lourdeur, et la crinière du vent, et les maures, et les chiens, désormais. Et légèreté, crinière du vide, panthère, et soulignant le canal, l’eau qui y parvient lèche nos échines, démerol, démerol, applique le suif et la solitude comme ombre sur tes joues. Comme harmonie y a que ça à fuir, y a que le temps qui paresse, la violence les armes aux abois sur l’acier la lampe et les doigts, brisés comme l’os, comme la hampe, comme la hanche, et le vent du hautbois qui se ne fait plus, qui fuit, qui fuit, comme ta vie qui s’écoule, qui s’écoule.
Et la rumeur avide qui s’entretient, je voudrais t’y voir, c’est un joli festin, les lignes du destin qui se tracent au mitan de la nuit basse qui vient, j’aurai tant aimé, que tes sourires ne se tracent plus au sang, et ne pas entendre, et ne pas entendre, non ne pas tendre mes mains pour ne rien saisir. C’est comme en plus, c’est comme ça en plus, les moignons porteurs de ta tendresse me tournent autour, mais je me perds au fond, au fond, et j’entends les chars, sans faire exprès, sans faire exprès, je m’habitue à cette idée, et je m’alarme, je hurle à la mort, et la peur livide, la mort languide, se hisse à mon niveau, et les chars qui se repaissent déjà de tant d’idées, des autodafés, et moi, moi, comme seul acte à ma foi, rire devant les chenilles qui crépitent sur le sol de gravier.

Carl Jusek.

“Et la tristesse ma chair/ aube caressante/ fumées sur Prague/les chants, les mots de Liberté/ les envies, l’amour/ et la fin sous les chars/ la fin mais jamais la fin.” Anatoly Tchervenko


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Les mots ne sont que des lèvres…

Pour que l’on s’en souvienne
les mots doivent devenir vos lèvres,
traqueuses de vos désirs,
menteuses et fières aux baisers.

Pour pas qu’on se méprenne
et ne voir qu’un fouet, qu’une cravache,
que l’on se plait à dénommer pensée,
mais dénommons là vraiment et elle n’est qu’un coup de trop.

Et frapper n’est plus caresse, n’est plus que violence.
les mots ne peuvent pas être à la main comme un sabre
ne le doivent pas, plus en ce jour.

Les mots doivent devenir vos lèvres
craqueuses et ivres de vie
de souffle unique chaleur le promotteur
et encore s’ouvrir aux baisers.

2005.P


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Hubert Felix Thiéfaine-Un vendredi 13 à 5 heures

Ce sera sans doute le jour
de l’immatriculée-contraception ou une connerie
comme ça, cette année-là exceptionnellement le 15 août
tombera un vendredi 13 et j’apprendrai par Radio Mongol
internationale la nouvelle de cette catastrophe aérienne
dans le secteur septentrional de mes hémisphères
cérébelleux, là où je mouille mes tankers de lucidité
comique les nuits où je descends la dernière avenue
du globe en traînant ma tête dans un sac en plastique
Un vendredi 13 à 5 heures

Ce jour-là j’pèterai mon cockpit
Dans la barranca del muerto
Avec ma terre promise en kit
Et ma dysenterie en solo
Et les anges de la dernière scène
Viendront s’affronter à ma trouille
Passeport, visa, contrôle des gènes
Et radiographie de ma chtouille

Je tomberai comme un numéro
4 21 sur le compteur
Nuage glacé à fleur de peau
Dans l’étrange ivresse des lenteurs
Et pour arroser mon départ
J’voudrais qu’mon corps soit distillé
Et qu’on paie à tous les traîne-bars
La der des ders de mes tournées

Be still my soul
Couchée mon âme, au pied, au pied tranquille
Tout ira bien, au pied, couchée, hé couchée

Je m’écraserai sur Oméga
Chez les clowns du monde inversé
En suppliant Wakan-Tanka
D’oublier, oh ouais, d’oublier
En suppliant Wakan-Tanka
D’oublier d’me réincarner

Un vendredi 13 à 5 heures

Paroles : H.-F. Thiéfaine
Musique : Claude Mairet


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Hubert-Félix Thiéfaine -Amants destroy

Amants destroy

Paroles: Hubert-Félix Thiéfaine. Musique: Claude Mairet “Eros uber alles”
© Editions Lilith-Dimanche

Fille-fleur, sauvage acidulée,
Bouche cramoisie, jupe retroussée,
Scratchée sur la banquette arrière
D’un cabriolet Roadmaster.
Transfert d’orage, émeute sexuelle
Sous la rumeur des immortels,
Quand ses lèvres arrachent un par un
Les boutons de mon 501.

“Détruire, détruire”, toujours dit-elle,
“Saboter l’œil universel”.
“Détruire, détruire”, toujours dit-elle,
“Faire payer ses grotesques erreurs
Au boss cannibale supérieur.”

Travail de nuit, petit matin
Jouissance, violence entre ses seins.
Visage éclaboussé de nacre,
Amour, bagatelle et massacre.
Sur les fusibles du hasard,
Entre les quarks et les quasars,
Elle détruira son teddy-boy
Cunnibilingue et lousy boy

“Détruire, détruire”, toujours dit-elle,
“Saboter l’œil universel”.
“Détruire, détruire”, toujours dit-elle,
“Faire payer ses grotesques erreurs
Au boss cannibale supérieur.”


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350 personnes brûlées vives au Kolanga

« 350 personnes brûlées vives au Kolanga, par les milices de Der Kalimbre »—notre envoyé sur place n’a pas voulu prendre de photos, et d’un commun accord avec la rédaction, nous lui avons demandé le texte qui suit, donc prenez garde, ce ne sont que des ‘impressions brutes déposées lors d’un profond trauma——-

Se reposer sur ce qu’on voit, non, fermer les yeux, refuser les images, refuser, jeter mon appareil et sauter dessus pour le briser. Larmes ? Non, yeux secs, l’alacrité de l’air fait que je suis sec, que je suis déjà ivre, qu’en conscience je bois déjà les nombreuses bouteilles de mauvais whisky que j’anticipe.
Des restes, il ne reste que. Il ne reste que ça, des restes, des résidus, des morceaux, brûlés mais encore intacts dans leurs aspects, leurs formes, leurs définitions, leurs origines. Le choc est là, relier ces restes à une pensée qui préfigure un être humain, un enfant ou une femme, un homme ou un vieillard. Non ! cessez de penser, la nausée ne peut que reprendre, car l’odeur qui domine ici et maintenant c’est l’odeur infecte de nos vomissements. Nous errons, sans pouvoir nous arrêter, nous errons, et moi je ne serai plus que ça in fine, infiniment, un Errant.
La haine est résidente en ces lieues, la haine efface tout ce qui était humain, la haine efface les traces de raison, efface les rumeurs d’amitié entre les peuples, les pensées culturelles, les résidences enfantines.
Là en ces lieues, en cet instant, en cette humeur, je ne vois plus ce que peut être l’amour, je ne comprends plus le sens, le concept du baiser, je ne fais qu’apercevoir quelques images de corps désunis quand je pense à l’acte d’amour et de sexe, je ne suis plus capable de m’affirmer dans les images d’unions et de joie, et de jouissance, je ne suis plus un humain. Personne ne peut être humain en ces rivages, personne ! Ne restera donc à ce jour et pour longtemps que l’errance, et la quête de sens, quête invalide comme l’errant que je suis.

C’était Olivier Desfleurres, correspondant du journal France-Cité, ex-correspondant, démission suit.

Voilà donc retranscrit ses quelques mots, et au delà de la perte d’un confrère pour des motifs que nous comprenons, nous ne pouvons tous ici à la rédaction, et dans notre pays, que nous sentir aussi des errants, et notre quête de sens doit devenir l’acte refondateur de notre citoyenneté et de notre identité.

La rédaction.


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Saez-Comme une ombre

voilà qui colle à mon humeur, faire grincer les coeurs rouillés.
.P

Comme une ombre.

Je serai l’accident
Sur le bord de ta route
La larme du poison.
Caché entre les gouttes
Le joueur de pipeau
Fait danser les serpents

Je serai le napalm
Qui s’accroche à la peau,
Tourne autour de ton âme
C’est moi le torero !
Qui remue dans la plaie,
Je serai le couteau.

Rien ne sert de t’enfuir,
Je te rattraperai,
Même en haut de ton empire
Nous viendrons te chercher

Je serai le virus
Va dans le computer
De la foire au pognon,
Je serai le crackeur
Comme une pourriture
Qui ne s’arrête pas
Au royaume du sombre
De la thune et des rats
Je serai comme une ombre
A chacun de tes pas
Comme une maladie
Qui frappe et qui s’en va.

Tu peux faire ta prière
J’ai fini de jouer
Viens voir dans le désert
Aux mirages éclatés.
Pour le mal
Pour le mal

Le clean et puis le sale,
Le tendre et puis le mal
Qui ne s’arrête pas.
Je serai avec toi ;
La clef et puis la chaîne
Sous le chant des sirènes,
A chacun de tes pas
Je serai avec toi
Le beau et la laideur,

Le sang et puis le coeur
Qui ne s’arrête pas.
Je serai avec toi,
Soleil noir d’orage,
De sagesse est la rage,
A chacun de tes pas
Je serai avec toi
Pour le mal
Que tu m’as fait ;
Pour le mal
Que je te ferai…


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Complainte pour un rêve d’étain.

Et les larmes de sang qui jouent le goutte à goutte
si j’étais fait d’acier c’est de ma main la rencontre
j’y refais le compte de toutes mes nuits sans lune
et ça ne s’arrête pas
j’y refais le compte de toutes mes blessures
et là je ne puis plus compter sur cette chair moite
et ivre au dessous
et ça ne s’arrête pas

Si j’enfilais les gants pour mieux encore cogner
et laisser toutes mes marques sur votre corps de brume
ce n’est que ma chair qui se ferait lumière
et ça je ne le veux plus
ma saveur d’aujourd’hui sera la déconfiture de vos nuits vaines et féminines

j’ai rêvé de vos bras mais je ne les veux pas
qu’en ferais je devant moi de ces mains qui se tendent
alors que je sais que rien ne saurait en dépendre
alors que je sais si bien
que votre rêve de moi s’éteint

si j’enfilais des gants pour serrer les poings plus fort
que j’aurai du mal, comment être plus grand quand on se rêve triste ?
comment se réveiller sans ces cicatrices ?

J’ai mis de suite la fièvre au placard de mes désirs déteints
J’ai mis de suite l’amour au rang des légendes urbaines
Et je crois en toi alligator magnétique
ton horizon métallique me poussera peut être un jour dans tes bras
se faire fumer comme on prend soif
comme une plume dans le gris des complaintes
dans le gris des complaintes.
Des complaintes.

2005 .P —————à la lisière du Vide
————————–un éclat au bord des lèvres


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Sur

je pense donc je me fuis : désertion de lettres

Je dote l’ombre entre les mots de morceaux de chair et ce qui en coule n’est que le nombre de mes sentiments, brulés aux néons, défaillir au néant.
S’enfuir pour ne plus être, ne plus courir pour ne plus paraître, fermer les yeux au final.
Même si ce final ment.
Surtout.
Sur tout.

j’ai donné souvent sans compter, mais recevoir ? j’ai donné plus qu’une vie que je n’avais pas, une vie surnuméraire car je suis un surajouté, un qui n’aurait pas du être, un échoué, une épave.
Alors si je fermais tout, si je devenais l’épine plutôt que la fleur, si je brûlais plutôt que de brûler, si je prenais au lieu de donner, si je jetais au lieu de garder, si je manipulais pour moi et plus pour vous.
Voilà où j’en suis, puisque la bonté ne mêne nulle part, puisque l’amour est sans espoir, alors enfin être celui qui a même s’il doit le prendre de force et de talent…

Adieu à moi-même bonjour à toi-même.

70 40 5002 Tnap.


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