Archives de mars, 2005
Hors…
Il faut parfois mille ans et mes mots pour les poser
Pour retrouver des lèvres où reposer mes baisers
Il me faut aussi une idée juste de l’amour
Courtois jusqu’à quel point ?
Faire de moi un naufragé de cour ?
Je me sens vidé au bord du lac et hors de peines
Et si la fièvre m’avait arrosé me prenant pour un jardin sec
Je peux pas pleurer c’est qu’un poème
Je me sens vidé au bord du quai et hors d’haleine
J’avais prié un soir, un mois en fait
Car je sais que tu m’aimais
Y a des défauts qui naissent que dans les larmes
Des erreurs qui se nourrissent du presque charme
J’avais tracé au creux de ma chair le mot rendez-vous
Mais où me suis-je rendu ?
Rassurez-vous je sais pleurer
Pourquoi en fête me suis-je rendu ?
Allumer St jean le feu, et sauter tel le roi sacrificiel
Au sort après soir
J’ai vieille carcasse maquillé aux bords de la quarantaine
Y a des frontières à ne plus franchir avant l’aube
Ou vaut mieux savoir mentir parler pour mieux dire
Allez reviens me voir j’ai mis les freins l ‘ancre et la cale
Et avant que je hisse trop haut la voile
Inavouable de ce brûlant désir
Fleur du Maryland ou du Neverland
Je me sens vidé au bord du lac et hors de peines
Et si la fièvre m’avait arrosé me prenant pour un jardin sec
Je peux pas pleurer c’est qu’un poème
Je me sens vidé au bord du quai et hors d’haleine
Si vous saviez comment mon coeur me fait mal
Et les souhaits les prières chaque soir au coucher
Pour qu’en fin tout disparaisse. Ah, si tout disparaissait.
S’il ne restait rien de moi, et bien sur
Que s’efface tous les mots indignes d’un poète de jardin.
P. 2005 03 14
Uppercut
Et la masse ma chair
sous ta scie l’épaule aux aguets
sous ta lame les odeurs du marais
cisaillera cisaillera pas
et je vomis là tous les mots de la chair
collés sur le ciel comme des humeurs de carbone
acides dosés millimétrés « calendarisés » volontaires
brisera brisera pas
poings de sang, sens emmêlés
j’ai peur de mes larmes
comme une vieille carne
frappe frappe plus
j’ai trop mal ici tout vibre se déchire
l’ultime cauchemar pour mon avenir
le sang coulera si je veux en finir
le mur s’éloigne, et tes lèvres mon océan
je ne peux que crier ces mots délavés
par l’ignorance du péché unitaire saudade
la cause est attendue, et j’en ai trop vu de tes sourires. Chaque jour que demain fait, laisse encore des larmes couler. Détresse unitarienne et solidaire, éternité en salades, verdie par les lumières vacantes de la lucarne médiatique. 1Ère compagnie, horreur en campagne, chair qui pourrit loin des vrais charniers, mais c’est trop loin encore du vrai danger. Frappe frappe plus, je foncerai contre ce mur mes cornes penchées comme seules pensées.
je vomis là tous les mots de ma chair collés sur le ciel comme des humeurs de carbone acides dosés millimétrés calendarisés volontaires, salopes crétinisées par le stupre et la célébrité. Haine qui se refait chaque jour quand je crache sur ce cloaque. Jeunesse qui se meurtrit, qui se détruit, qui court vers les faux en peintures. Et la masse ma chair caresse au sang ma parole et sous ta scie l’épaule aux aguets s’enquiert de mon cul pour y déverser son équerre sous ta lame les odeurs du marais se mêlent iniques aux vieilleries uni-surcitaires. Tu nourris sans doute ces vapeurs éphémères comme culotte portée sous le jean, outrage de chair à la vérité de l’âme volatile. Alors se casse encore en un vol nuptial les ibis rouges de notre ancienne amitié.
Uppercut comme on boxe dans les cordes lancer la masse du corps. Hors mes poings de sang, qui sortant lents de ta chair ont les sens emmêlés, j’ai peur que mes larmes comme une vieille carne te séduisent encore, triste image de ma vie. Toi la quarantaine et moi en quarantaine, qui causera le plus de dépit, qui cauchemar d’une vie à se vouloir, tiendra le choc… comme un uppercut, ou comme un tango…griss.
Pant 2005 03 11
Comme la Gazelle
En réponse à des mots ailleurs et non loin.
P.
Sur le dos de la perle avancer sur le chemin
Je t’ai volée mon mystère comment parler pour demain ?
Ta peau étincelante et les ruines du satin
Déchirés lambeaux autour de tes reins
Je veux ta chair et mes baisers comme passagers clandestins
Abandonne futile ton sourire, et une larme dans un soubresaut
Tes seins comme les pommes du jardin
Brûlants d’or et du soleil marasquin
Tes seins comme des pics surplombants le matin haut
Alors les ruisseaux, les torrents, les rivières
Les chemins, les routes, les bordures des jardins
Les parfums ultimes musc et tamarins
A l’enfer brûler nos âmes nos chairs nos os
Te faire criminelle à force de crier
Te faire étincelle à force de lumière distillée
Te faire source souveraine et boire au seuil de cette éternité
La sève qui perle pour notre divinité
Cambrée et tes mots sur l’or
Le plomb de tes baisers
Le mercure de tes pensées
Fermer toutes les portes du Jardin
Et s’ébattre encore un matin.
P.2005 03 09
Da verde…
j’ai récolté quelques milliers d’invitations, quelques images pour aller avec, quelques étagères pour y déposer mes misères, quelques oreillers pour reposer mes messagers de pierre, quelques soucis antiques pour recoller la peine sur ma chair de bois.
Et me voilà parti à rire, comme un étranger, je regarde tous ces objets, et je me gausse de leurs courbes d’inexistence.
Ni vitesse, ni frontières, ni tendresse, ni délicatesse, aucune des images du classique, et je reste cet étranger. Comment supposer que ce qui est ici en dehors serait en soi ? Comment imaginer que ces objets soient autres choses que des images rémanentes ?
Alors j’ai tout récupéré, tout compilé, tout brisé en petits morceaux, pour en finir, et en faire une poudre fine à l’enfer comme envers. J’ai ensuite pris quelques moules d’acier lissé, et j’ai déposé la mixture mouillée d’eau salée à cuire dans un four posé non loin. Quelques heures plus tard et quelques milliers de comprimés blancs dans un grand bac de fer.
Et moi assis sur un fauteuil club, quelques bouteilles d’aquavit, et mes comprimés, et me voilà parti dans l’étincelle de la ré appropriation, du renversement vers soi.
Le temps lui même suffira-t-il ? J’ai déjà chassé les malaises pour faire ça sans trop d’aise, et laisser l’ivresse s’installer. J’ai trop d’images, trop d’inexistence, trop de flatulences cérébrales à exprimer.
Rien de prévu pour faire un homme, rien de prévu pour décoller l’expression sympathique qui y aurait résidé. C’est une mauvaise idée, comment ne pas l’écouter ?
Quelques riffs d’aquavit plus tard, quelques années noires, quelques araignées du soir, quelques soupçons d’envie d’espoir. Une sale mauvaise idée, comment ne pas l’espérer ?
Et le ventre plein, et la tête qui se fend, comme mon coeur, une sale mauvaise idée, comment ne pas déchanter ?
j’ai tout récupéré, tout recompilé, mais vais je y retrouver mes douceurs, mes candeurs, mes innocences ? Reste-t-il encore une fin pour calmer ma faim ? Et enfin retrouver les saints éléments pour me permettre de retrouver la recette de l’amour…ou de moi-même. Sans préférence.
P. 2005 03 09
Boom…
Dan laissait filer les mots sur le papier, fallait que ça sorte, tout explosait en lui :
“des larmes de sang qui trainent sans cesse
but my heart boom
s’il peine hurlant des hauteurs
les ames de tout mes saigneurs sans chaines
but my heart boom
limaces collants les arthropodes débilités par le temps
onéreuses détresses d’un stress qui se cache à lui même
sans cesse je cherche un baiser qui couvrira ma faim
but my heart boom
tu étais la femme princesse qui tentait mes nuits
tendresse mêlait son rêve à l’envie
cheveux d’elfe qui volaient dans le vent de la lune
but my heart boom
la guerre toujours les armes les bombes les morts
et l’envie de crever vagabonde
défendre son pays comme une détresse
un besoin de sang pour tracer le mot liberté
pas assez de sang je ne trouverai de toute façon
dans mes veines tout est vain et je bois sans raison
ivre de haine je dérive à la tentation
liberté à écrire alors que c’est amour que j’ai enfoui en moi
but my heart boom
but my heart boom”
des nuits pareilles, des mots sans appareil, sans fard, sans haine, juste défaut des émotions qui le trainent vers son futur, rien de plus, que la déprime d’une vie qui se perd, d’un poete qui ne peut plus être le porteur de mots, mais juste le porteur de mort. Triste enfin, triste faim, triste fin surement.
P.
Double face…
[...)
deux faces d'une même médaille non ? dit Jeanne
c'est comme ça à l'origine qu'une nation se construisait, sur des valeurs communes, mais des origines différentes. Alors tous ici nous avons eu un choix à faire, alors que tout un chacun ne choisit jamais, préférant le confort restreint de sa petite vie.
t'as déja vu ce vieux film "la traversée de Paris" ?
Léon opine :
oui avec cet acteur formidable Gabin ?
Jeanne confirme :
oui ce vieux bonhomme plein de force, tu te rappelles la scène dans un café où ils arrivent pendant leur traversée de Paris, ils entrent, et quelques pauvres types les regardent, et Gabin de s'exclamer : " j'aime pas les pauvres, ces pauvres qui ont de petites ambitions, de petits besoins, de petites idées, qui donc sont petits ne veulent rien" bon je te donne ça en gros me rappelle plus trop, mais en fait ces gens dans leur minable petite vie, sans idéal de pensée, sans pensée même etaient les parfaits petits soldats de l'occupant, de la chair prete à denoncer, prete à se coucher. tu vois ?
oui, dit Leon, en quelque sorte c'est toujours pareil, peu sont capables de faire des choix, on sait pas pourquoi, nos histoires sont pas differentes de millions de gens, pourtant à un instant ça change de direction, et on se retrouve là, dans le reseau, dans le groupe de Dan, et on tuera sans pitié, et on recommencera demain encore, car nos idéaux ne peuvent plus se satisfaire de ne rien faire. c'est ce que je me suis dit des mon enfance, à un moment faudra que je fasse quelque chose, en rupture avec cette vie de soumission, cette vie d'oppresion.
alors sur c'est loin d'etre drole, loin d'etre confortable, loin d'etre jouissif, mais enfin il y a des choses à faire. et donc il faut des gens pour le faire.
Dan s'approcha de Leon et Jeanne:
alors on discute, c'est l'heure d'aller se coucher, demain sera une dure journée, on monte une opération, donc salle des cartes demain 10.00
mais on commence a 6.00 au stand de tir, Druc m'a trafiqué un peu mon M82, avec le sourire qu'il avait je pense que je vais avoir une surprise, et puis vous faut que vous validiez vos sequences de tir aussi, donc hop au pieu et à demain.
Bien Dan, dirent ils d'une seule voix, je sens qu'on va se marrer demain dit en souriant Jeanne.
[...]
Druc s’approcha de Dan. Alors commandant, vous êtes prêt ?
Dan releva la tête :-prêt ? Tu peux pas imaginer tout ce que je suis prêt de faire, dit il doucement avec un petit sourire acide.
-Bon pas de problème, vous allez aimer. Votre Barett je l’ai un peu modifié, avec des potes du Brésil, et les amis Tchétchènes, une modification qui change un peu les choses. D’une les munitions, on garde bien sur le calibre .50 mais technologie nanotech en plus, dit il avec un grand sourire lui.
Dan suivait ces explications techniques avec ennui, peu lui importait les moyens, le résultat seul comptait, avec un arc, avec un sabre, avec une hache, une massue même il ferait son office, et rien ne l’arrêterait, mais il se devait d’être diplomate avec les gens de son groupe, et il relança la conversation :- enfin, ils ont réussi à intégrer les nanotech ? Et pour quel résultat ?
Druc sourit content de son effet à venir :-eh bien commandant, ces munitions, dit il en montrant une cartouche qu’il tenait entre deux doigts énormes, génèrent automatiquement en liaison neuronale avec le tireur une sphère de destruction à l’impact, le dit impact pouvant être défini par la même liaison neuronale, ce qui veut dire, que le tireur se contente de viser et la liaison neuronale fait le reste, le tir en lui-même, la zone d’impact, devant ou en plein cœur de cible, et la sphère d’éclatement, le maximum de diamètre possible étant deux mètres de diamètre. Vous imaginez la scène commandant ?
Dan avait laissé ce manteau d’ennui derrière lui, son regard était maintenant vif, très vif même.
-Une démonstration Druc, je peux essayer ? dit il le regard tendu et la voix froide.
Toute l’équipe était là autour du terrain, Léon et Jeanne regardait, écoutait, attentif à ces petites choses qui pourraient peut être leur permettre de vivre un petit peu plus longtemps, un jour de plus, une semaine, c’est pas du luxe. Et des fois cela ne tient qu’à la quantité de destruction que tu peux apporter en période de crise, pas plus pas moins. Bien sur eux ils n’avaient pas accès à la Barett de Dan, c’était un modèle spécial, un cadeau d’un général US, qu’il avait croisé un jour à Bruxelles. Ce même général envoyait périodiquement au réseau des munitions à Dan, et d’ailleurs c’est par lui que Druc avait rencontré ces petits copains techniciens nanotech, et qu’on en était arrivé à ceci.
Pendant ce petit tour de scène, Druc avait accompagné Dan sur le pas de tir, lui avait montré la cible. C’était un camion à 1 km, du moins la première cible, la deuxième était un mannequin robotisé d’essai de tir prêt à être sacrifié à l’occasion. Dan prit sa Barett, l’équipa du chargeur que lui tendit Druc, et releva la tête vers Druc :
-Dis grand et ta fameuse liaison neurale ?
Druc lui tendit un patch, il lui colla sur la tempe droite, et lui dit : -Voilà liaison active, des que vous pointez l’arme la liaison devient active, et vous verrez dans votre esprit toutes les infos et les demandes sont prêtes à être données directement par la pensée, vous pouvez même tirer les yeux fermés maintenant commandant, et je vous dit pas pour le tir de nuit.
Dan s’allongea, se décontracta, comme toujours dans ces moments là, le froid tombait sur lui, il gagnait ses veines, et son esprit, et n’était plus qu’une machine implacable sans aucun ressenti. Il visa le camion, et dans son esprit deux questions rapides comme des idées apparurent : zone impact ? Devant ? Derrière ? Plein cœur de cible ? Taille de la zone d’expansion ? Il répondit dans un éclair et le coup partit.
Le camion explosa littéralement, Dan avait choisit une explosion en plein cœur de cible et la taille de la zone d’expansion était maximale, il y avait un truc immense dans le camion, le reste s’effondrant et explosant à la suite de la détonation.
Sur le pas de tir, c’était le silence qui régnait, un silence éberlué. C’était des gens de guerre, des combattants pourtant qui connaissaient le feu et son pouvoir destructeur mais là sur un simple tir, voir ça, les laissaient sans voix.
Dan changea d’angle directement sans respirer plus, et visa maintenant le robot qui partait en courant respectant son programme, la distance était toujours de 1 km, mais sur une cible mouvante c’était un peu plus délicat surtout avec un Barett qui était une arme lourde. Les mêmes questions apparurent dans l’esprit de Dan, il y répondit tout aussi vite, et le coup partit. Celui-ci fut complètement différent, même s’il avait gardé l’impact en cœur de cible, Dan avait choisi une zone d’expansion minimale, trois cm3, mais il avait visé la tête, et le robot s’effondra, sans plus de dégât apparent.
Le silence était toujours complet, mais un frémissement se fit jour,et les cris arrivèrent comme le vent vient en une bourrasque de hourras que rien ne pouvait retenir. Enfin une arme qui ferait peut être la différence, il était temps que la résistance s’en sorte un peu mieux, et qu’elle frappe un plus grand coup, avec ceci, les rêves les plus fous de Dan et du Groupe allait pouvoir prendre corps, et d’ailleurs Dan pensait déjà à cette prochaine opération qu’il préparait, elle allait maintenant prendre une autre ampleur.
P.
Les mots ne sont que des caresses…
“les mots ne sont que des caresses
mes balles ont le froid dans le sang
elle brulent et saccagent les coeurs les chairs
elles ecrasent les tyrans de la loi
tyrans sans foi sans droit qui abiment nos vies…”
Dan laissait les mots tomber d’eux mêmes sur le papier, pas durs, pas dur du tout de se laisser aller, les larmes étaient là, marre de tuer pour se libérer, marre de saccager la vie pour continuer celles des siens.
Punaise comment ne pas se laisser crever dans cette putain de situation. comment ne pas laisser les reves de coté, comment ne pas s’abimer le foie et le coeur dans les bras mauvais de l’alcool.
mauvais soir, mauvais soir, Dan se sentait vraiment pas bien, et ses gars le laissaient seul, personne osait le déranger. Dans ces moments là même sans fusil,Dan était un tueur, et d’un mot, d’un regard il vous brulait le coeur.
voilà ce que c’est de laisser les poetes prendre les armes, ils deviennent vite fous, encore qu’ils le sont bien souvent avant. Etres incontrolables, et incontrolés, ils se battent toujours pour des sensations, des émotions. Mais ils ne sont jamais si dangereux que quand ils se battent par passion, dès que l’amour et la liberté sont en jeu, ce ne sont plus des poetes, ce ne sont plus des hommes, ils deviennent par déveine, des monstres, des armes froides et huilés, pretes à mener les autres comme ils menaient les mots, vers un même but, une même histoire.
Ce sont les seuls rescapés à voir à la fois le passé et l’avenir, les seuls à savoir garder dans le froid la saveur du mot espoir
et je ne repeterai pas ici le goût subtil des poetes combattants qui nous ont laissé, le chant du départ, le chant des partisans. ils sont un coeur, ils sont une lutte, un savoir, et un mouvement, vers un meilleur, un instant d’espoir.
…
pant
Europe 2015…
Les mots s’alignaient sur son cahier. Un simple stylo bic comme on n’en voit plus guère à cette époque où le papier n’a plus cours. L’encre noire traçait des mots épars qui souffraient comme cette Liberté qui s’était enfuie. Il écrivait, il recopiait, sans relâche, page après page, trois strophes d’un poème d’Aragon.
Il y avait de la douleur, il y avait de la peine, des mots que l’on vit que l’on transporte, des mots que l’on porte que l’on enfouie.
« C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger »
ARAGON
Ils étaient une petite dizaine dans cette grande pièce. Un feu couvait dans la cheminée. Le vent soufflait dehors. On entendait les bruissements lourds des arbres qui plient, et refusent de rompre. Dan était assis, entassé dans un fauteuil club de cuir ancien, craquelé par les ans. Les autres étaient assis autour d’une table, partageaient une sorte de frichti qui semblait leur faire grand bien, vu la vitesse et la manière dont il l’engouffrait, y a pas d’autres mots, dans leurs gueules accaparantes.
Il y avaient trois femmes : Jeanne qui avait été expert-comptable, Lotti une ancienne secrétaire, et Sarge une ancienne mannequin. Les autres étaient donc des hommes de tout horizon, Druc était un ancien gendarme, Stan un prof de math, Yves un maçon, Denis un avocat, Léon un infirmier, Baz un ancien assistant parlementaire.
Dan avait finalement fermé son cahier, l’avait plié, et remis dans une des poches de sa combinaison en nomex. Ils étaient tous vêtus de la même manière, aucune fioriture, que du fonctionnel. C’était une ambiance sobre, dure, intense, et sensiblement militaire. D’ailleurs en tournant le regard du coté opposé de la pièce on voyait posées contre le mur quelques fusils d’assauts AK47, des Famas, des HK. Ceci étant vu, en regardant mieux les individus dans cette pièce on voyait aussi des revolvers glissés dans des holsters, pour sa part Dan avait un Glock, tout en angles c’était une arme qu’il affectionnait car comme lui elle avait du perdre toutes ses rondeurs, pour ne garder que la ligne dure, efficace.
Sarge s’approcha de Dan, elle le regardait depuis un moment déjà. Deux semaines qu’elle était dans le groupe Herm535. Son ancien groupe avait été éliminé lors d’une mission en Lorraine, les sympathisants n’avaient pu que la cacher, et l’aider à remonter à Bruxelles, là elle avait contacté dans un cybercafé le site du réseau, passé les différents niveaux de cache, et avait convenu d’un rendez vous. Deux jours plus tard elle était débriefée. Et on l’avait orientée vers le groupe de Dan. Bien sur elle en avait entendu parler, il était assez atypique comme combattant, et des histoires avaient fini par franchir le simple cadre du réseau. Elle avait donc les yeux fixés sur ce petit bout d’homme. Car Dan c’était pas un Schwarzenegger au contraire ; un petit mètre soixante dix, sec, léger même, mais une finesse qui cachait une incroyable dureté envers lui-même. Toujours seul dans son coin, à écrire, des poèmes, les siens d’abord, et ceux des autres qu’il se plaisait à recopier intensément. Il avait presque la cinquantaine et menait maintenant ce combat depuis sept années.
Dan leva la tête.
-Alors damoiselle je vous intéresse moi le vieux débris de l’arbre sec ?
Des mots ironiques mais sans un sourire, juste le ton léger.
-Eh bien, difficile de ne pas te voir, je peux te poser quelques questions ? Tout ce qu’on dit sur toi c’est vrai ?
-Tout ? Sûrement pas, rien n’est totalement vrai, aucune vérité révélée n’apparaît maintenant, tout est à reconquérir. Mais je vais te faire la bio officielle courte et après plus de questions là-dessus !
Bon, alors tu te rappelles en 2003, enfin je sais plus le mois, mais le gouvernement d’alors commençait ses grandes réformes, les retraites, l’éducation nationale, vient ensuite le système de santé. Quelques années après la situation s’était suffisamment sclérosée pour que la France ne soit plus qu’un concept vide. Et aux élections de 2007, le Front Facho arriva au pouvoir, pas de beaucoup, mais hélas ce coup ci, les manifs ne purent rien changer, ils avaient faits trop de conneries tous les politiques, trop mené la barque vers le large, qu’on ne pouvait hélas plus revenir vers la côte. A partir de là tout foira.
Les milices urbaines, les missions de pacifications de la police, les arrestations arbitraires. On commença à chasser l’étranger, et la suite ça fut le citoyen français qui commença à trinquer. Moi j’étais postier, responsable dans un petit bureau de Paris, femme, enfants, une vie normale. Sauf que, sauf que.
J’étais sur les listes noires des RG depuis quelques années, étudiant engagé, syndicaliste, et surtout j’avais été de toujours anti-fasciste. Alors un jour on vint m’arrêter moi, et aussi toute ma famille. Moi j’ai réussi à me tirer avec l’aide de mes anciens amis, mais ma famille a disparu. Et moi donc je suis parti. Fou de douleur, de haine, j’ai pris les armes comme des centaines d’autres, j’ai tué, je me suis découvert une belle qualité de tireur d’élite, j’en ai usé, abusé, j’ai aussi créé mon groupe le Herm535, et en quelques années on est passé à travers de pas mal de coups durs. Et on a botté quelques culs, cassé pas mal de ces fachos, rétablis quelques torts. Et voilà comment on devient un héros de nos jours, pas en écrivant des poèmes, mais en tuant des salauds. Pas en allant à la télé, à la star AC, ou au Loft, mais en prenant les armes et ensuite en restant vivant suffisamment longtemps. Voilà tout. Voilà tout.
Dan avait les larmes aux yeux, toujours dur de revenir sur les pertes des siens, toujours dur de reprendre la joie que l’on avait en soi, et voir qu’il n’y a plus rien, que tout est vide, si vide. Bon il oubliait de dire, que quand même il eut son heure de gloire en Belgique et dans les pays de l’Union Libre Européenne. Quand un de ses acolytes donna a publier un de ses cahiers, ses poèmes d’exil, ses poèmes de larmes. Que ses textes figurèrent treize semaines dans le top des ventes, et que quelques écoles les étudièrent. Une timide heure de gloire, mais pas une de plus, ça n’avait pas bougé les médias dans les pays de l’U.L.E, les mêmes coureurs de spectacle, d’inédits, mais après tout ça, un scoop, un événement chasse l’autre, et on oublie.
-
à suivre……
Pant.
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