Ecchymoses

J’ai bien plus mal au corps maculé qu’au coeur déjà meurtri.
indigo et violet, bleus, couleurs vives s’étendent sur peau, virent au jaune pale quand la matière s’éloigne de l’artiste.Auteur du mal habile, tu joues de mille nuances sur la gamme d’émotions, tu peinds sur un fond couleur chair les formes de tes mains, chaque doigt est un pinceau oppressant qui dépose la violence encrée sous presse pour exposer un tableau polychrome.
Elle te sert servilement, tu la serres contre toi dans l’étau de tes bras, elle etouffe, sans maudire, de ces serres qui marquent ta signature dans chaque ligne et courbure de son corps planté là dans le creux de ton lit.
L’anatomie horizontalement étirée aux lanières tressées drues se tortille puis remue fébrilement à l’élan de ton inspiration.Elle se fait informelle.
Marques grenats, taches déployées du rouge vif au fushia s’amoncellent aux ébats.Coup d’éclat, coup de maitre qui fouaille sauvagement le relief trop marbré, coup fatal sans nuance.
Tu acheves ton oeuvre, la dernière touche s’impose en carmin au beau milieu des seins, une coulure de peinture dégouline sur le drap froissé, imbibe le blanc tissu qui reçoit la douleur de statue.
Regnera le silence, la nature morte restera accrochée des jours entiers au lit de ta chambre, sans souffle, sans mots, sans yeux, l’artiste aura fermé les siens à l’art triste qui l’animait hier et le prive aujourd’hui des carnations si chères à son coeur perverti.

Marie

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Je rêvais d’une danse, d’une éternité dans la balance, et nous voilà noyés dans la souffrance. Nous deux c’est comme une sale histoire, où la chair reste collée aux doigts et où s’oublie la fin la jouissance. Il était une fois dans l’ouest, dans l’ouest de l’enfer les cadavres ne portent pas leur beauté en bandoulière et les marques ignées sur ta peau ne rejoignent que les traces de feu qui brûlent mes artères.

On rêvait de douleur, sans anesthésie, de douceur sans rester au nid, mais jamais reste un linceul pour les abrutis, les males aboutis. J’avais appris les notions du bonheur, mais me manquait les leçons pratiques. Les risques las, d’en faire un peu trop. Comme lui. Mais moi je me serai saigné, pour ne plus rien sentir, pour ne plus provoquer.

Ma peinture sur peau, c’est de mon sang qu’elle serait née, lacérant aussi par lanières pour te vêtir mon torse et ma sérénité. Par défaut même plus besoin de ma virilité, sans conscience, ne laisserai jamais les hauts fourneaux, casser le coke sur ta chair, brûler en esthète oui mais en enfer, et pour ne pas avoir à le faire, c’est sous le train que ma chair irait se décoller, ainsi que ma tête apprivoisée

Je suis arrivé trop tard mais est ce en effet. Ton corps était presque froid. Mes paumes peinent à le réchauffer. Pourtant j’ai la chaleur, le feu, ce malin génie. Et ton corps même meurtri, reste un appel pour mon corps et une ode à mon cœur.
Aujourd’hui je pleure après des années sans saveur. Ma langue courrant marathon sur ta peau marquée, guérissant les thèses rougies, et parsemant sans cesse, ces quelques antithèses en matière de synthèse. Ravivant l’horreur en rouge écarlate, les vilaines fautes de frappe. Alors ce type ex, ce sale O qui ne connaît pas l’histoire et la transforme en décadence. Autre que lui, moi en sorte, connaissant l’aube et sa matière, resterait capable de transcendance, et de risquer la « décadanse ». Mais comment insuffler l’espoir ? En ambulance ? Même pas permis, j’arrive trop tard, restait le mépris, au défaut du hasard.

Et là si fort mon sang qui bat « Bam bam bam » et frappe sur mes tempes, reste t il au fond un effort, s’il est de mon courage de tout changer, je suis prêt à tous les dangers. Marie, Maria, loin de la mer, laisse l’eau couler sur tes lèvres elle vient de là haut, un délicieux cadencé haut sel, et loin de tout missel, mais là je vois rejoindre le cœur et l’aube, et je sens au fond de moi le transfert de vie qui se fait en souffrance.

Me voilà si ivre que je crie, me voilà hurlant si fort que je réveille l’avenir, et le porte à confusion. « Tu perds la moitié de ta vie pour la ranimer », j’entends le souffle de ces mots autant que je sens mon corps plier, mais quelle importance si je sens ta vie chaude sur mes lèvres. Je suis presque tombé, mais je vois du coin de l’œil tes yeux ciller, peut être ai-je gagné en perdant un peu de ma vie, de te ranimer, et peut être enfin aurai je le droit de t’aimer, s’il me reste assez de vie et de force.

Mais au moins avant de partir, j’aimerai t’embrasser, s’il ne me reste que ça, qu’on me le porte, jusqu’à la tombe, où même au-delà.
Ce baiser.

Pant 2004-09-21

2 pensées sur “Ecchymoses”

  1. il était vraiment trop fort et puissant ton texte Marie, j’ai fait ce que j’ai pu pour rebondir, mais mes valeurs et mon style n’arrivaient pas à coller à cette triste et violente image que tu nous a laissé.
    même si c’est un de tes plus admirable écrit au niveau style.
    bravo 🙂

    merci de me faire sentir si petit.

  2. Merci pant, je suis toute rouge…
    En fait rebondir se fera toujours parce que le primordial étant justement d’être soi en rebondissant bien plus de coller!
    je t’embrasse tres fort.

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