je vais—est ce que je viens ?


Approche, approche toi encore un peu de cet écran lumineux. Que sens tu? Qu’y vois tu? Mes silences entre chaque mot, mes doutes et mes hésitations. Tous mes élans retenus, ces précipitations qui finissent par se réfléchir et se vident de spontanéité. Je sais que tu es près, relié par des cables enchevétrés, des milliers de fils tendus entre toi et moi dans lesquels nous emmêlons nos mots, ils en rencontrent d’autres, des milliers, des millions, des centaines de millions qui se croisent sans jamais se toucher.Et la solitude s’efface au temps passé dans l’interstice d’une fenêtre entrebaillée, l’amour s’y glisse, y glisse et y dérape.Tu m’échappes, je m’échappe, je fuis.

J’imprime soudain, tous ces échos qui n’en reviennent jamais, de mon cœur vers le tien, du tien, vers le mien, où est passé l’effet retour. Choc. Les lumières de nos cœurs s’éteignent et se rallument, clignotants sur un rythme qui doit avoir son code, sa signification. Tout à un sens sur cette petite planète. Une rencontre ne se fait jamais au hasard, elle se fait départ, elle se fait commencement, elle se fait construction, elle se veut débutante, comme au bal, sur le coté de la piste, en attente, jeune, dans une robe immaculée, où se niche donc la conception de ces futurs instants ?

Les mains se sont lachées pour finir sur clavier, nos ventres ne s’épousent plus, les visages disparaissent aux yeux qui ne se voient plus, tu me fais peur, je m’enferme, t’ouvre ma porte virtuelle seulement. Et là encore traine ton ombre sur ma lumière, là encore tu t’introduis, tu te faufiles où j’écris, où je laisse ma pensée s’inscrire. Là encore tu pénètres mon monde, envahit mes liens, caresses devant mes yeux l’âme des autres, le sein de la douleur.


Mes mains se veulent volages, se veulent volantes, se transformant en papillon, allant butiner sa nourriture affective, sur une peau sucrée. Et mon ombre ainsi volontaire, se fait féroce, insiste pour le partage, s’insinue dans tes bonnes grâces S’introduire, sans mystère, même si il y a force, elle n’est pas violence mépris, elle est puissance du désir, puissance des deux cotés qui veulent se rejoindre, se mélanger, se manger, se dévorer, se digérer.

Et que naisse un dialogue de sourds où les mots savants se heurtent aux mots d’amour. Mais que peut on attendre au travers d’un écran quand on refuse de prendre la route du coeur. Quelque chose me retient, met en garde ma raison de revenir chez toi, de monter toutes ces marches, de m’allonger contre toi. Alors je reste seule au dedans d’une maison aux volets clos où je tremble, je tremble mais je reste en vie. J’ai peur de ta froideur, j’ai peur de ton jugement, j’ai peur des tentacules qui entrent dans mon ventre et qui tuent lentement étouffant les derniers soupirs.


Où sont les savants dans mes mots, dans ces doigts qui sentent l’encre à défaut du miel des tiens ? Tu es cruelle ici, et tu oublies que de cette encre encore, je m’en sers aussi pour dessiner sur ta chair, des illustrations de mon désir, et pour y peindre aussi des mots éphémères, mais sensuels. Alors je t’en prie, où se niche la raison quand ta chair n’est plus que rivière, et que la furie de tes envies, de tes passions, renverse toutes les digues que tu as cru faire solides.

C’est d’une souffrance qu’est peut être né notre amour, si je ne souffre plus de quoi te nourriras tu? Et pendant que j’écris des mots et des mots, les réponses ne viennent pas, tu t’absentes, que fais tu? Tu es dans d’autres mots, d’autres mots déchirants, d’autres mots en souffrance, des mots à guérir…Tes mots reviennent enfin mais pas pour répondre aux miens! Tes mots reviennent baignés de la douleur d’une autre…Une autre à sauver, une autre à aimer.

L’amour d’écrire a besoin de cette souffrance pour apparaître, la souffrance attire l’inspir, le souffle, cet air sublime qui s’infiltre dans mes failles pour les combler. Et ainsi peut être suis-je en effet absent de tes yeux, mais je suis présent dans ta poche, sous tes ongles, et au bout de tes cheveux, ceux sous ta nuque. Alors ne crois pas que je sois loin de toi, il n’y a pas que les mots qui ont du pouvoir, les sentiments forts sont plus forts encore que la magie de la raison. Et si tu doutes , tu le ressentiras au plus profond de toi, cette flamme qui naît, si chaude, si liquide, si vorace, si volatile.
Mais tu l’auras voulu…

Merci, moi je vais bien…

Moi je ne sais plus, je me tâte le cœur pour voir s’il bouge encore…

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