Absence

Marie :

Blancs, tous blancs, seules leurs formes les distinguent les uns des autres dans la paume d’une main repliée.
Distribution.
Des doigts se serrent et se referment sur eux les privant de lumière. Dans un mouvement ralenti la main se porte aux lèvres, commence alors leur voyage. Ils s’entrechoqueront les uns aux autres en rejoignant une cavité humide dont l’ouverture se fait sans force et en silence.
Résignation.
Une fausse brèche au mutisme leur permettra l’entrée là où aucun mot ne sort plus. Ils s’engouffreront sans mal pour se désagréger libérant leur substance, infiltrant le sang, les sens, l’essence même que l’on croit évaporée dans l’expiration des cris qui ne résonnent plus.
Un petit rond lisse, un ovoide, un autre rectangulaire strié de quatre traits pour mieux le découper, celui là rythme la journée, quatre petits carrés métronome de l’angoisse . C’est le cachet indiquant le temps, une aiguille virtuelle marquant les tristes heures calmement avalées. Ce temps qui file en me laissant derrière, le petit carré blanc m’aide à le rattrapper, course incessante et vaine, j’ai envie de rester là, de le laisser filer, voir défiler ses heures sans qu’elles ne m’emportent plus dans un tourbillon qui m’indiffere …
Fatigue.
Assise derrière la fenêtre, mes cils comme des barreaux fins et droits se tendent sur mes yeux morcelant un paysage flou et brumeux. Je regarde le temps sec et aride jaunir l’herbe et plier leurs brins dans le sens du vent, la course des cumulo-nimbus qu’un oiseau blanc dépasse. Il disparait au loin, il ne reviendra pas.
Le soleil décline derrière les nuages et se couche dans les arbres qui se drapent d’une obscure parure, deviennent des ombres sans corps, leurs silouhettes se découpent à la lumière d’étoiles. Je ne vois plus rien.
Pas de couleurs, pas de pigments dans ces petits cailloux chimiques. Blancs, ils restent blancs comme pour annoncer que la neige a recouvert la terre, qu’il faudra du temps, peut être l’éternité pour qu’un jour le printemps eveille à nouveau la nature morte. Lisses, ils restent lisses pour effacer les traces, faire comme si, oui, comme si rien ne s’était produit.
Programmation.
Amnésie volontaire, on vide, on étripe, on éviscere la pensée hantée de souvenirs. On sèche les larmes et avec elle l’encre noire qui filait sur papier. On musele l’angoisse d’une camisole chimique et éphémère. Demain les mêmes flocons devant les yeux ouverts tomberont lentement dans la main qui se tend.
Absence.
Je ne vois plus rien, mes paupières sont fermées, la nuit a envahi les murs, les draps, la pièce, ma vie comme une vague qui ne connaitra jamais de ressac pour rejoindre son lit. Tout baigne dans l’obscurité, tout, mon corps est endormi, engourdi, mes paupières sont closes. Derrière elles ni rêves, ni cauchemars.
Silence.
Des secondes, des minutes et des heures: du temps. Du temps concentré dans trois petits cachets blancs.
Oubli…

Pant :

Question de sport, encore une pilule,
Une de plus,
Une de plus chère,
Une de plus lourde.
En un sens, rien encore,
Si ce n’est du sens en moins,
De l’essence d’être en plus

Question de réconfort
Gommer le temps, le malaise,
Le courant dans les nerfs,
La précipitation dans les artères

Oh lâchez les chiens, une bonne bière
Oh léchez les bien, une bonne bière et Valium trallalère

L’hiver pour un tranxène
Grande gueule à fermer
S’agiter trop, censuré !

Livide tu t’agites
Grande cause
Sinistre social dans ta chambre
Cynisme local à la chambre du maire
Censuré, avale !

Gommer l’homme, cacher la femme
Ranger la personne pour pas l’abîmer
Des fois, des fois qu’elle serve
Encore
Un jour
Un soir
Une femme dans un pieu
Un rôle à jouer, à simuler
Allez avale, cache toi

Un homme pour une fois
Qui ferme les poings
Sur un cachet
Sur un sachet
Ne veut pas manquer
Pauvre gars, tu es en manque
Alors pas manquer ce qui te manque
Désolant
Avale, cache toi.

Pant 2004

2 pensées sur “Absence”

  1. vos écritures se répondent , sentremêlent dans une belle harmonie. je ne sais si vous vous connaissez autrement qu’en poésie
    mais c’est de la poésie pure.
    bravo
    pour cette multiplication de plaisir
    on peut lire Marie ailleurs ? dans un autre contexte ? suis curieuse
    pant toi je te connais un peu pais tu as évolué

  2. Marie c’est une rencontre textuelle, mais des rencontres de ce type font des fois plus que se voir, se sentir. Et oui mon écriture a évolué par rapport à l’époque de poésie.fr, grace entre autres à des rencontres comme celle de Marie. Et à un épisode précis littérairement que j’ai nommé « dissociation++ » qui est dans le recueil « chroniques déstructurées », il y a un avant et un après.

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