Musique et copie

Au début il y eut la musique.

Ensuite pendant longtemps le disque vinyl fut son vecteur. A cette époque les maisons de disques étaient encore des découvreurs de talents. Le marché était naissant, et les hommes qui dirigeaient les dites maisons de disques étaient avant tout des amoureux de la musique. Ensuite, problème. Tout ceci a commencé à rapporter beaucoup d’argent. Donc les marchands aux dents longues arrivèrent. Et conquérir un terrain occupé par des amoureux est facile pour ces maîtres vampires. Donc ces marchands commencèrent à sous rémunérer l’œuvre artistique, prétextant des coûts importants, des difficultés à trouver de nouveaux talents, et un marché à peine émergeant. Et les temps avancèrent.

Toute la technique à ces moments simples était dans la platine disque. Améliorer un outil technique est la règle pour offrir mieux et gagner encore de l’argent. Les maîtres techniciens se mirent à réfléchir. La chaîne hi-fi fit donc son apparition. Les amateurs de musique étaient heureux. Les techniciens aussi. Les maisons de disques voyaient s’asseoir leur marché sur un développement constant et conjoint avec la technique.

Les maîtres techniciens inventèrent donc pour aller plus loin, la cassette, le walkman, et améliorèrent le principe de la chaîne hi-fi. Hélas ici apparaît le ver dans le fruit. La cassette support vierge permet la copie d’une œuvre originale achetée. Pas grave, les maîtres techniciens ne voient de leur coté que le développement de leur propre marché. Après tout, ils vendent mais personne n’est obligé de déroger aux lois, et surtout eux n’y dérogent pas, offrant juste un outil. Ce n’est pas le fabricant du fusil qui est responsable de l’enfant qui a été abattu, c’est bien le type qui a tiré. Toutefois les gouvernants non tous encore soumis au système capitalistique, eurent la décence de ne pas poursuivre le citoyen. Dont acte. Cela dura un certain temps. Les maîtres techniciens vendaient des cassettes, des chaînes hi-fi, des walkman et gagnaient plein d’argent. Les marchands de musique voyaient se développer le marché avec plaisir, car le résultat est d’or et trébuchant.

Deuxième bond en avant. Invention du CD. Engouement énorme, meilleure qualité de musique, baisse des prix promise sur l’achat d’un album, miracle. Mais pas de miracle au résultat. Les marchands de musique ne voyant pas l’intérêt eux de diminuer leur prix, faut pas déconner.

Première escroquerie au citoyen amateur de musique.

D’accord on lui a fourni un outil de qualité remarquable, mais on l’a arnaqué. Mais là tout le monde s’en fout, les gouvernants ne prenant pas fait et cause pour leurs citoyens. Car en effet à ce moment là les gouvernants ne sont plus que des pions d’un système capitalistique qui a enflé jusqu’à la justification suprême d’être le garant de la démocratie.

Un monsieur maître technicien invente alors le graveur de CD. Bon c’est cher, très cher au début, donc ce ne fut que réservé à un public professionnel. Mais ces professionnels sont aussi des amateurs de musique pour la plupart. Donc arriva ce qui devait arriver. On commença à copier les albums CD originaux sur ces supports vierges à moindre coût. Bon même réaction que lors de l’invention de la cassette, on n’en fit pas un fromage. Cela restait somme toute pas phénoménal, même si petit à petit cela devient conséquent.
Un autre monsieur maître technicien invente lui de son coté le format mp3, et cela arriva à une époque où le réseau Internet se développait aussi, devenant un phénomène global et de masse sur notre planète. Le citoyen amateur de musique et aussi grand consommateur du réseau des réseaux prit le parti d’utiliser ces outils comme il le faisait auparavant. Il diffusa par le net de la musique qu’il avait encodée en mp3. La tierce personne qui recevait ces fichiers n’avait qu’à user de son magnifique graveur et du Cd vierge, et hop il avait devant ses yeux d’amateur un cd de musique de son groupe favori.
Mais là le problème pris de l’ampleur. Le crime apparut, le criminel fut désigné. Pourquoi ?
Le système capitalistique est vicieux, et égocentrique, il se veut seul et dominant pour gagner tout seul de l’argent, tout l’argent de son secteur, voire d’autres secteurs connexes. Alors il y eu des fusions, des acquisitions, et certains maîtres techniciens devinrent aussi propriétaire d’une maison de disque. Mais bon dans ce cas on déshabille Pierre pour habiller Jacques. On vend plus de produits techniques et moins de produits musicaux, quelque part, pendant quelque temps cela suffit au système.
La suite est due à la concentration extrême des maisons de disques. Il n’en reste que trois, bientôt peut être deux, et qui sait ils en rêvent les bougres, un jour une seule pour tout contrôler, pour tout maîtriser. Mais les dirigeants de ces méga-entreprises ne sont plus que des gestionnaires, conçus, programmés par le système pour ne faire que de l’argent. Donc ils délaissent l’artiste, et ne font que gérer un catalogue. Compilations diverses, reprises, sorties orchestrées avec implication générale des médias, fausses émissions de découvertes de nouveaux talents, fausses académies de formation, rien n’y fait, ce qui sort des mains de ces gestionnaires n’est plus un produit artistique mais seulement un produit manufacturé et artificiel. Il lui manque ce supplément d’âme que l’artiste véritable apporte à son travail. Donc le chiffre d’affaire des marchands commença à diminuer.
Alors qui accuser ? Il y a bien ce coupable qui existe depuis le début, ce voleur qui contrefait nos produits. L’amateur est cerné, il est désigné, et il se découvre presque interné, alors nous voilà le moment de se sentir concerné.
Mais à qui faire un procès ?
Moi qui ne suis pas un marchant de musique, je vais donc tenter de poser quelques questions et de démontrer quelques choses.

Combien de couvertures de magazines et d’articles informatiques vantant la qualité du mp3, de la manière de trouver de la musique et autres fichiers sur le net ? Combien de publicités de fournisseurs d’accès au net ne montrant que cette facilité à trouver et à satisfaire son besoin de musique ?
Nouveaux graveurs qui arrivent tous plus puissants et faciles à utiliser. Nouveaux Cd pouvant contenir toujours plus, plus fiables, durée de conservation améliorée. Et je ne parle pas ici de l’arrivée du DVD, et de la même analyse qui pourrait être faite, ainsi que sur les supports films, cassettes vidéos, magnétoscopes. Tout se recoupe, car tout appartient aux mêmes marchands, et que la systématisation du média se fait évidente.
Et quid de ce fameux droit d’auteurs ? Quand on voit un Cd à 15 euros quelle est la partie qui revient vraiment in fine à l’artiste ? Et maintenant on met la musique marchande en ligne, et quand est il des droits des auteurs ?
Il est évident qu’il faut protéger les auteurs, mais pour les protéger il faut déjà les respecter. Et tout le monde, les marchands aussi. La rétribution des auteurs doit être juste.
Pour autant comment voulez vous que le CD de untel soit acheté quand tout le monde l’a écouté et en a facilement déduit que c’était un produit frelaté ? Les maisons de disques indépendantes s’en sortent mieux et pourquoi donc ? Elles dénichent des jeunes talents, et s’occupent d’eux. Des artistes vrais qui ont une œuvre avec du contenu. Parce que les gars faut pas croire, le con tenu c’est pas toujours moi ! Moi dans le sens générique de celui qui se sent concerné par la situation actuelle d’hypocrisie du système. Le con tenu se doit d’être aussi ce directeur de maison de disque qui n’a qu’un goût de chiotte, et ne pense qu’à gérer un catalogue au meilleur coût/rendement.
Pour en finir avec cet article, du moins pour cette fois. Le sujet n’est pas épuisé loin de là. Je dirai que la juste rétribution de l’artiste à l’heure actuelle ne devrait plus passer par la maison de disque. Le modèle numérique est suffisamment abouti, et imaginons que chaque artiste propose ses œuvres contre une rétribution directe de disons 5 euros, vous ne pensez pas que cela va doper les revenus de l’auteur et satisfaire réellement les promesses faites de baisse du coût de la musique pour le consommateur ? D’ailleurs il y a des artistes qui vendent en ligne directement sans maison de disque, et des Bowie et Prince ne peuvent hélas le faire que contre les maisons de disques et il leur faut à ces auteurs là d’être bien installés.
À quoi sert réellement une major ? Elle ne découvre plus guère de talents, elle ne gère que son catalogue et souvent très mal. Elle est un modèle obsolescent. Et c’est justement ce modèle qui se sent menacé et se veut conquérant. Et le transfert actuel vers la vente de musique en ligne en est un autre exemple. Mais ces ventes en ligne par les maisons de disques profitent elles plus à l’artiste, à l’auteur ? Que nenni.
Alors nous avons in fine plusieurs « victimes » dans ce funeste procès. L’auteur, l’artiste qui est dépouillé de ses droits et revenus réels par la maison de disque et incidemment aussi par le système informatique et médias. Le citoyen musicophile et internaute, qui en plus d’avoir été intellectuellement et financièrement arnaqué dans le pseudo miracle de l’invention du cd qui devait diminuer drastiquement les prix des albums, est aussi devenu la cible des maisons de disques, alors que le système tout autour de lui a été conçu pour l’utilisation du CD, du graveur, du p2p, que l’incitation permanente des médias à user de ces dits outils est une provocation et un conditionnement qui ne pouvait qu’aboutir à ce triste résultat. Bien sur je ne tiens absolument pas comme victimes ces « pirates » qui ne copient que pour la revente, et d’ailleurs à ce propos c’est souvent des pays entiers comme la Chine, la Russie ou le Brésil. Ces gens là, ces pays là sont des criminels et ne font que ça dans un but mercantile et doivent eux être punis sévèrement.
Alors nous en sortir comment ? Pas en pénalisant les « victimes » musicophiles, mais en se mettant honnêtement autour d’une table, et surtout en se mettant d’accord avec les auteurs pour créer un modèle fonctionnel et adapté aux besoins de chacun, et je le redis faisons fi des maisons de disques monopolistiques autour de cette table.

A suivre…

Patrick Duquoc

3 commentaires

  1. chrisild dit

    …les maisons de disques sont sans doute les dinosaures du 3eme millénaire, elles savent que leur temps est révolu mais elle tente une dernière pirouette odieuse, scandaleuse, lesmots me manquent pour dire mon mépris de ces gens. Non seulement ils vivent comme des tiques sur le dos des artistes, utilisant le meilleur d’auteurs souvent exceptionnels contre quelques cacahouètes. Vous allez me retorquer « oui mais quelles cacahouètes!! » et alors? le montant de ce qui revient aux artistes n’est pas si important, ce qui est important c’est qu’à l’heure actuelle sur un cd à 20/30 euros il ne revient qu’entre 3 et 4 euros à l’artiste!! Bien évidemment les grosses pointures negocient, mais le jeune qui débute, qui est presque reconnaissant à sa maison de disque pour avoir eu l’opportunité de « sortir » son album, lui il n’a pas le choix, il est purement et simplement exploité.Quand à la musique en ligne vendu par de grosses entreprise telle que virgin, j’ai appris recemment qu’aucun royalties n’était reversé aux artistes! Si c’est pas du vol manifeste ça! Le pire je trouve ce sont les artistes qui râlent contre le p2p, parce qu’ils n’ont pas compris que la musique c’est sur le net que desormais ça va se jouer!
    Bref, je trouve scandaleux d’arrêter comme un malpropre un type qui tlecharge des albums pour son propre benefice alors que d’énormes entreprises comme Sony par exemple, innove sans arrêt dans le materiel de « contrefaçon »! De qui se moque t’on?? :o(

  2. pant dit

    merci 🙂

    oui tous les interets sont croisés dans la chaine de production, posseder dans le cas de sony à la fois l’outil de production de cd et de graveurs et de l’autre une maison de disque c’est un peu schizoïde.
    Pousser à la vente par les médias de ces matériels, et se plaindre de l’autre coté de la mévente, c’est inquiétant, et à la place du législateur je dirai ceci :
    eh les gars c’est vous qui avez provoqué cette merde, donc débrouillez vous avec, à vous de modifier le modèle avant que l’on prenne les choses en mains, mais à l’avantage du citoyen qui a été floué, provoqué, conditionné par les médias. les gouvernants sont d’abords là pour la protection du citoyen et non pas d’un monopole capitalistique qui a des interets divergents et joue contre son camp.

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