Ma chère Millie

Ma chère Millie que j’aime

Voilà, encore moi, encore mes mots, et pas pour me plaindre, juste me raconter, juste montrer mes couleurs, pas de douceur dans cette lettre.
Je vais te narrer une de mes dernières soirées, une dure, une amère, une parentale comme j’en vis depuis dix sept ans.
Rentré du lycée vers 18 heures comme d’habitude. Devoirs. Enfermé dans ma chambre, pas sortir avant que cela soit nécessaire surtout. Musique à fond, un bouquin, le seigneur des anneaux un truc parfait pour partir loin et j’en étais là. 19 heures. Putain l’heure d’y aller, l’heure de bouffer. Bon je me traîne jusqu’à la cuisine, le père était déjà assis a table dodelinant tristement et misérablement de la tête, putain encore bourré le mec, encore une putain de bonne soirée, encore les cris qui vont arriver, putain fuir vite de ce traquenard. La mère avait ses saloperies de lèvres encore scellées mais le tonnerre n’allait pas tarder de tomber. Le repas commença dans cette belle atmosphère, un beau début de bataille quand tu sens les armes prêtes et qu’il n’y a encore aucun bruit, pas de sang, pas de traces, pas de cadavre.

-toujours bourré, soiffard ! devant ton fils ! Tu penses à moi, à ton fils, commença t elle à hurler.

Je commençai à rentrer les épaules. Et j’accélérai, passai la vitesse supérieure pour finir au plus vite le repas.

-Salope, lâche moi un peu, je mange, annone t il de ce rythme haché si cher aux alcooliques.
Si je rentre tard c’est que je te supporte plus, toujours à me gueuler dessus, jamais contente, tu crois que j’ai envie de rentrer ? T’es vraiment fêlée.

Coup de poing sur la table, tous les plats qui tressautent, ma chair et mes os qui se mettent à l’unisson. Putain je me fais toujours avoir, à chaque fois je rentre dans ce jeu de merde, je me fais toujours avoir, toujours avoir.

Les assiettes commencent à voler, les mots ne suffisent plus, mais miraculeusement jamais de coups, j’ai jamais compris pourquoi, mais jamais, que des mots qui tombent de très haut, des bombes de plusieurs tonnes qui font des dégâts collatéraux, et des gestes de violence.

Je craque ce soir là, me lève et hurle.
-y en a marre, ça suffit, peut pas avoir un repas tranquille, mais quittez vous, lâchez moi, laissez moi vivre. Les mots sortent, sans réelle suite, sans cohérence.
Moi qui me flatte de ma belle intelligence Millie là je perds tout mes neurones me reste que la chair… à vif.

Toi tu m’aimes, tu n’es que douceur, nous ne savons pas hurler nous, nous ne savons qu’aimer. Alors se soir encore envie de vieillir vite et de partir ce jour de mes dix huit ans. Partir chez toi, avec toi, je sais pas encore, mais partir, avoir mon bac et ensuite déjà je pars à la fac, mais imagine faudra revenir tous les week-ends, moi cet alibi que l’on attend pour engager les hostilités, moi l’enjeu d’un jeu que je n’ai même pas choisi. Moi cet enfant que l’on n’a pas voulu, cet enfant à qui on le rappelle chaque fois, à chaque nouveau déluge de vent, de violence, ça me revient à la gueule.

Toi tes parents t’aiment, te le disent, te laissent grandir, ne te serre pas dans des prétextes, dans des luttes, aimes les, chéris les, tu le sais tes parents sont pas parfaits mais avec ce que je te raconte tu le vois, tu le comprends même si mes mots restent softs par rapport à cette réalité que je subis, tu le comprends donc tu as de la chance et moi pas.
Allez je t’embrasse, on se voit demain, je te mettrai encore en douce cette lettre dans son enveloppe sombre dans la poche quand je t’embrasserai devant les yeux de toutes tes copines agacées.

Pant———( si peu fictif, mais quand même un peu)

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